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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 18:14
Thriller de Matilde Asensi, traduit de l'espagnol. Folio, 2006, n° 508. ÉDITION ORIGINALE 2001.

El último Catón ! Un titre à faire rêver le latiniste, mais il n'est question ici ni de Caton l'Ancien ou le Censeur, ni de Caton d'Utique qui se suicida pour éviter de se rendre à César. L'histoire commence avec Hélène, la mère de Constantin, censée avoir recueilli la Vraie Croix de Yessouah bin Youssef, alias Jésus-Christ.
La date de publication est essentielle : nous sommes dans la période où le trop fameux et fumeux Da Vinci Code, qui n'était d'ailleurs pas le premier du genre (j'ai rappelé ailleurs que Didier Convard, avec sa BD puis son scénar du Triangle Secret, avait devancé Dan Brown), faisait des scores de vente inimaginables.  Disons à l'avantage de Madilde Asensi que l'écriture, même pas trop bien traduite, semble indiquer un auteur unique… ce qui n'est pas le cas du Da Vinci Code et des autres ouvrages signés de Dan Brown, qui à mon sentiment sont œuvre fort collective.
Je peux me tromper, n'ayant pas lu les textes originaux (cela ne me gêne pas de lire de l'américain ou de l'espagnol, mais il faut bien s'y résoudre, les librairies internationales ont disparu de Paris, la toute dernière étant Brentano's, avenue de l'Opéra). On voudra cependant bien croire mon expérience d'écrivain et d'éditeur : on sent quand il y a plusieurs plumes, je vous le démontrerai un jour à propos de Christian Jacq et d'Alexandre Dumas (pour qui la chose est connue depuis longtemps).
Donc, Matilde Asensi pique tous azimuts : son personnage central est une bonne sœur d'une congrétation mineure, curieusement Docteur d'État (de la Sapienza, l'université du Vatican ? cela n'est pas précisé), fort érudite comme la Sœeur Fidelma de l'excellent auteur irlandais qui signe sous le nom de Peter Tremayne. Elle travaille dans les fameux souterrains du Vatican, les archives secrètes, sortis de l'imagination de Gide et qui se sont prodigieusement allongés depuis. Bizarrement, elle ne connaît rien en informatique, ce qui est assez contradictoire pour quelqu'un qui maîtrise le latin, l'araméen, l'hébreu ecclésiastique (mais apparemment l'auteur ne fait pas de différence entre les deux), le grec classique et le grec byzantin… ; et la paléographie d'un tas de langues disparues.
Nœud : elle se trouve recrutée, comme spécialiste des spécialités, recrutée indirectement par Jean-Paul II en personne pour résoudre le vol des échardes de la Vraie Croix, un peu partout dans le monde. Son chef sera un garde suisse héréditaire, "le Roc", une espèce de monolithe impénétrable à tout sentiment humain ; et son coadjuteur un universitaire copte d'Égypte, bien séduisant… rassurez-vous, la nonne quadragénaire (ou prersque) finira par connaître l'amour auprès de Farad, mais il y faudra 550 pages et un parcours initiatique qui les amène, disons-le bêtement, au Paradis. Lequel se situe dans des grottes volcaniques du Soudan, mais combien de voyages avant !
Un guide, la Divina Commedia du Florentin Dante Alighieri, qui à la Renaissance s'était imaginé mené par Virgile dans les entrailles de la terre pour remonter jusqu'au Purgatoire et finalement au Paradis, qui est un jardin (c'est d'ailleurs le sens du mot grec !)
Les trois héros, d'abord menacés par la police du Vatican puis accueillis par tout un paquet de Popes et d'Archimandrites issus de l'église byzantine, vont subir plusieurs épreuves fondées sur l'alternance et la complémentarité 7/9 que le garde suisse, le capitaine Roïst (curieux, je lis toujours Rösti), mène tambour battant ; au passage, entre Ravenne, Athènes où la vierge court le marathon et Alexandrie, après un passage par la Cloaca maxima de Rome, on retrouve le corps de Constantin dans une série de sarcophages emboîtés comme des poupées russes, puis on remonte le Nil pour franchir un tapis de braises quelque part dans l'antique Nubie.
À chaque étape, de curieux gardiens de la Vraie Croix (qui n'est pas la vraie, on le saura à la fin), assomment les héros et les marquent de scarifications de forme adéquate, et ils se réveillent drogués, mais affamés. Les repas, c'est curieux, sont décrits avec assez de minutie, comme dans les romans actuels où il faut absolument que les héros dégustent des spécialités et les vins qui vont avec (je connais, je suis romancier aussi, et j'en profite pour faire de la pub à une copine qui produit un excellent chablis. Mais là, on passe des spaghetti au régime végétarien en passant par les desserts égyptiens, qui sont, j'en conviens, excellents, sauf pour les diabétiques…)
Ce qui complique tout est que l'héroïne, Ottavia, descend d'une famille mafieuse d'Agrigente, et qu'elle rencontre à Jérusalem l'héritière d'une famille rivale… on aurait pu compliquer l'intrigue, créer un psychodrame à la sicilienne, mais l'auteur oublie cette piste pour s'arrêter au paradis et au dépucelage final de la nonne, qui par chance n'a pas renouvelé ses vœux… sinon elle aurait dû attendre un an de plus.
On la plaint, la pauvre Ottavia… mais il faut se rappeler que quarante ans est l'âge canonique auquel on pouvait devenir bonne de curé, mais aussi l'âge auquel les Vestales étaient démobilisées et pouvaient enfin connaître l'homme. Il y a bien d'autres éléments chiffrés : Ottavia, cela n'échappe à personne, c'est à la fois la huitième enfant d'une famille (je n'ai pas contrôlé, mais je crois bien qu'elle est effectivement la huitième née de sa généreuse et prolifique mère, qui est aussi la capomafiosa… dont le frère aîné s'appelle Pierangelo et exerce à Jérusalem, pensons que les anges interviennent sans arrêt dans l'œuvre de Dante… D'autre part, l'alternance et la complémentarité entre le 7 et le 9 sont les chiffres symboliques de plusieurs initiations maçonniques, et c'est un peu cela que nous avons dans certains épisodes, quand les gardiens du temple (= les archanges) portent le nom d'"hommes bons" : le père Uomobono à Rome, par exemple, sur le Forum Boarium où se trouve, précisément, l'église de Sant'Omobono qui recouvre le premier temple étrusque de la ville…
Je dirais, sans vouloir dépércier ma consœur, qu'autant l'érudition est visible, énorme, considérable, autant le récit relève de la collection Harlequin. Pas facile, en fait, de surfer sur la vague du thriller vaticanesque quand on n'a pas reçu, comme les auteurs américains, toute une formation universitaire pour écrire ce genre de choses.
J'ajouterai deux remarques qui concernent surtout l'éditeur : quand on cite du grec, autant le faire correrctement, il y a d'excellents claviers grecs sous Macintosh (mais il y a des gens qui travaillent encore sous Windows, pauvres pécheurs…) ; et même en alphabet habituel, les gardiens de la croix seraient mieux orthographiés stavrophylakes que -philakes.
J'ai du mal à expliquer qu'on ait comparé Matilde Asensi à Arturo Perez Reverte… mais enfin, pour une demi-quatorzaine d'euros, si l'on a une longue nuit à passer dans le Palatino…

Quand j'en aurai le loisir, je vous parlerai du Da Vinci Code. Ce sera plus méchant.

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