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Devoirs de vacances 2011 - 2

 

La vérité sur les Gaulois. Hors-série du Nouvel Observateur, été 2011. 98 pages, 5 €.

 

Quand on me parle de LA vérité, j’ai tendance à monter sur mes grands chevaux, brandir mon épée et pourfendre tous les dogmes quels qu’ils soient. Mais pourquoi ce titre débile qui évoque les sectes de tout poil, alors que ce numéro intéressant présente des informations généralement sérieuses et bien bâties depuis un peu plus de trente ans ? Qui confrontent des découvertes archéologiques correctement interprétées (je veux dire en termes économiques et sociologiques et non d'objets décoratifs à mettre dans une vitrine, comme font certains qui se prétendent archéologues et ne sont que de vulgaires collectionneurs, même pas esthètes).

Le titre est stupidement journalistique, convenons-en, mais le contenu plutôt intéressant. Déjà, ce ne sont pas des journalistes au langage formaté, mais des spécialistes, qui ont rédigé les différents chapitres de ce dossier. Ils appartiennent pour la plupart à ma génération, certains ont été mes maîtres et d’autres auraient pu être mes étudiants, mais dans l’ensemble les rédacteurs appartiennent à ces écoles qui, dans les années 70-80, ont mis sur la touche quelques vieux mandarins hors d’âge et quelques idéologies sulfureuses.

Ces connaissances nouvelles et déjà anciennes, on les doit à un mouvement méthodologique un peu antérieur à la deuxième guerre, qui tenta vaillamment de confronter les textes classiques et la recherche de terrain. Les moyens informatiques n’étant accessibles que longtemps après, quelques pionniers, dont mon ami Buchsenschutz, mirent en place des banques de données encore balbutiantes et importèrent en France l’idée d’archéologie du paysage, que les Anglais pratiquaient depuis quelques années. Pendant, disons, une petite trentaine d’années, les données ainsi obtenues ne passèrent pas la digue des conférences internationales, des séminaires de recherche, des publications savantes, avant qu’on ne pût commencer à en parler au niveau de la maîtrise, puis de la licence, et dans les ouvrages destinés à un public un peu plus large, en poche ou, récemment, dans ces magazines qui se détachent, parfois, des marronniers rebattus, les salaires des francs-maçons ou les prix de l’immobilier des cadres…

On aura compris que la plupart des rédacteurs, qui arrivent en fin de carrière au CNRS, dans l’Université ou dans les musées, mettent en forme une somme de connaissances acquises depuis environ trente ans, en tenant compte d’une évolution constante. La première partie tend à démontrer que la Gaule indépendante, qui était tout sauf une nation, maîtrisait des techniques pointues, un art qui n’ignorait rien de ceux de la Méditerranée, une économie agricole et technique qui n’avait rien à envier à l’Italie, et une langue assez proche de l’italique pour permettre une diplomatie active, surtout depuis 150 av. J.-C.

La deuxième partie veut montrer que César n’a rien changé de fondamental, qu’il n’y a pas de romanisation forcée, mais plutôt une acculturation préexistante, et surtout (là, les auteurs auraient dû insister) que ce qui s’est déroulé entre 58 et 51 n’est qu’un épisode, dramatique en ce qu’il a été instrumentalisé par César qui voulait se faire passer pour un dieu[1]. C’est quand même un épisode mineur à un demi-million de morts !

La troisième partie retrace la généalogie du mythe gaulois : comment, face aux Francs dont l’aristocratie se revendiquait, les Gaulois sont apparus comme l’origine du peuple ; puis comment, entre le romantisme issu de Châteaubriand et les manuels scolaires de la troisième République, le résistant gaulois a incarné la Nation française face à l’envahisseur germanique, avec cette ambiguïté : la Gaulois tantôt apparaissait incomplet tant qu’il ne s’ouvrait pas à la culture romaine, tantôt luttait contre l’impérialisme germanique assimilé à l’impérialisme romain. Jusqu’à Astérix, dont Nicolas Rouvière montre excellemment qu’il démolit par le second degré les nationalismes spontanés et les cocardismes de commande. Une excellente mention aussi pour Jean-Louis Voisin qui m’a fait découvrir des documents méconnus… des publicités, en particulier, très inattendues.

On déplorera, bien sûr, que mon très cher camarade de promotion, le prolifique plumitif Michel Reddé, et son complice le militaire de carrière Alain Deyber, nous assènent une énième fois qu’Alésia ne peut être que là où Napoléon III, après Louis XIII d’ailleurs, a décrété qu’elle devait être en méprisant le texte même de César. Que ces Docteurs de la Foi nous fichent la paix une fois pour toutes ! Alésia est en rive gauche de la Saône, c’est César qui l’écrit, et il devait être au courant, non ? Reconnaître définitivement que les découvertes d’Alise Sainte Reine relèvent d’une époque postérieure ne modifie de toute façon rien, mais conforte plutôt, le récit apologétique de César sur sa retraite de 52.

 

Ce document, facile d’accès pendant deux ou trois semaines encore, servira probablement à notre séminaire.



[1] . Paul M. Martin a très justement dit qu’il était facile de se faire passer pour dieu, mais impossible de se faire admettre comme roi. À venir un article sur ce point.

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