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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 19:57

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Les Gaulois selon Jean-Jacques Beineix.

 

Enfin un documentaire, montré sur arte le 24 janvier, que je ne vais pas démolir ! enfin, pas complètement.

Déjà, il évite de parler d’Alésia, même si l’on voit au début et à la fin l’horrible Vercingétorix d’Aimé Millet qui surveille le site inadmissible, tel l’Immaculée Concception qui veille sur Neuvy-Sautour ou la statue du Saint-Esprit qui domine Varzy depuis le Mont Châtelet, tous témoignages de superstitions impérialistes. Car, comme le dogme paulinien qui trahit l’histoire juive, le dogme napoléonien doit impressionner les masses incultes d’idoles monstrueuses, tel ce Baal-Melquart creux que, selon Flaubert, on nourrissait d’enfants. Tous les dogmes sont creux, et celui que Beineix veut déboulonner, c’est l’image des Gaulois rustiques, sauvages, chasseurs, fabriquée entre autres à partir de ce que Tacite dit… des Germains.

Son projet passe par des exemples d'urbanisation, mais il s'attarde sur Corent et le Beuvray qui datent de la fin du IIe siècle, alors que le Mont Lassois, la Heuneburg, Manching… sont de quatre siècles plus anciens et contemporains des villes étrusques, dont Rome.

Sur la forme, le documentaire n’échappe pas à la mauvaise loi du genre qui veut qu’on saute du coq à l’âne, sans laisser le temps de réfléchir, de la cuisine à l’architecture, aux textes, aux analyses polliniques, du Beuvray à La Tène, d’un chantier d’autoroute à la reconstitution 3D de Corent, de la fabrication des monnaies à l’importation des amphores.

Mais au moins l’on ne voit pas, comme souvent, les érudits dans une bibliothèque universitaire en bois massif (sauf Laurent Olivier, filmé au MAN qu’il dirige, mais aussi sur un chantier), mais sur le terrain. Comme la plupart sont de ma génération, je ne vais pas me répandre en éloges, mais Anne Flouest, qui concocte des mets gaulois au pied du Beuvray, dit excellemment que les Gaulois consommaient de la viande d’élevage à 90% et très peu de sanglier, Katherine Gruel, de Châteaumeillant des Bituriges, nous éclaire sur la circulation des monnaies et les équivalences pondérales entre la drachme de Marseille, le demi-sesterce romain et le denier du centre de la Gaule, sujet pas facile.

J’ai apprécié qu’on parle enfin de l’exploitation du sel à Marsal dans la vallée de la Seille, en Moselle, sujet qu’un de mes étudiants avait mentionné vingt ans avant les fouilles extensives récentes. Moins qu’on passe de la prise de Delphes (179) à la prise de Rome (390) et aussitôt au traître éduen Diviciacos.

Ce druide était ambassadeur et ami personnel de Cicéron, qui n’en traitait pas moins les Gaulois de barbares sanguinaires dans son Pro Fonteio, et c’est l’occasion de montrer l’avocat plaidant devant le sénat (dans une curieuse configuration, le sénat ressemble à un Odéon). On se serait passé de cette guignolade, mais c’est l’occasion de raconter comment César a fabriqué un registre d’images qui a inspiré Ernest Lavisse et tous les historiens admirateurs de la « civilisation » italo-romaine, et les manuels scolaires…

Enfin, Beineix ou ses commanditaires usent sans abuser d’Obélix sans se rendre compte, au moins sans préciser, que Goscinny était l’un des écrivains majeurs de son siècle, et que toute son œuvre est un regard décalé sur l’enfance, donc sur les manuels et leur idéologie fascisante… toujours au second degré, bien sûr, mais c’est peut-être une notion que Beineix ignore.

Seulement, il aurait fallu trois heures de plus, et la télévision fonctionne par formats. Ce sujet-là, apparemment, ne méritait qu’une heure trente.

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