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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 19:13

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Le Jules César de Stéphane Bern.

 

Le sympathique animateur se lance dans l’histoire ancienne un peu différemment de ses habitudes et plus selon les normes des documentaires d’arte. J’ai eu quelques craintes en le voyant gesticuler au début dans un Colisée reconstitué (l’édifice a 120 ans de moins que César), mais comme ensuite on circulera dans le forum tardo-républicain de Cinecittà, qui est à peu près vraisemblable, passons là-dessus : le vrai centre de Rome est illisible, sauf pour Fillippo Coarelli qui sait en raconter le moindre caillou.

On dit tout de suite que César s’est rêvé en nouvel Alexandre, mais sans mentionner que son premier contact avec l’Orient fut cette mission, à 18 ans, à la cour de Bithynie. Il s’agissait d’échapper à Sulla qui voulait l’exterminer (au sens propre, c’est-à-dire l’expédier loin, mais la légende a depuis longtemps installé l’idée que César changeait d’hôtel chaque nuit  pour échapper aux proscriptions). Plutarque, grand inspirateur de cette émission, dit que le jeune ambassadeur servit d’échanson au roi Nicomède et finit dans son lit… ce qui est douteux, puisque cela aurait fait de César un cinaedus, un mollis, et que si l’homosexualité active était l’un des privilèges du dominus, la version passive disqualifiait d’office le candidat à toute magistrature, à tout commandement militaire.

On est ici dans une série de légendes de l’adolescence (les pirates et leur châtiment…) qui ont été développées à la gloire de César dans sa carrière politique ultérieure, mais ont été surinterprétées par ses adversaires politiques. Le moechus calvus ou séducteur chauve, « l’homme de toutes les femmes », c’étaient d’élégants slogans plus que des blagues de légionnaires un jour de triomhe, mais « la femme de tous les hommes », cela n’aurait pu passer dans la vraie vie politique romaine. C’est un peu surprenant que ni Claude Aziza ni Paul-Marius Martin n’évoquent cette déformation de la légende, alors que ce dernier dit bien que les campagnes de Bretagne (mais aussi, comme propréteur, ses marches vers la Lusitanie et donc déjà l’Atlantique) visaient à le poser en nouvel Héraklès.

L’émission cesse vite de suivre le fil chronologique, puisqu’on voit très vite quelqu’un indiquer une pointe de fer toute neuve, entourée de quelques cailloux, comme preuve que… l’archéodrome existe ; qu’on mentionne l’épilepsie en début de carrière, alors que Suétone ne la documente que beaucoup plus tard ; on passe ensuite au théâtre de Fourvière, comparée au Colisée, à la perle de six millions d’euros offerte à Servilia, mère de Brutus, à la divination et au foie de Plaisance, qui n’a rien à voir. Donc une succession hypnotisante de scènes spectaculaires entrecoupée de commentaires parfois très pertinents (Martin, Coarelli, Canfora), parfois moins.

Évocation très rapide du début 52 et de la bataille du Morvan, mais sans mentionner que César retint une partie des Helvètes, les Boïens, pour garder le sud-ouest de la Bourgogne des Bituriges et des Arvernes.

S’il est clairement dit qu’en fuyant Gergovie César était presque détruit, on s’empresse de revenir au Disneyland d’Alise-sainte Reine et à d’ignobles images de synthèse. Franck Ferrand a juste le temps d’évoquer la thèse de Berthier, avec ce commentaire que « personne ne s’était avisé d’aller situer Alésia dans le Jura » (ce qui est faux, le mythe d’Alaise est contemporain de celui d’Alise), et on lui coupe la parole pour la repasser à un partisan d’Alise. Magie du montage…

Au passage j’ai cru entendre que la mission en Gaule échéait au consul César, c’est faux : il était proconsul et pendant toute sa mission, devant rester en armes, la religion lui interdisait de rentrer en Italie (dont une frontière était le Rubicon, une autre, plus notoire, l’Arno ; d’où la réunion du triumvirat à Lucques). Donc dire que le 11 janvier il rentre à Rome, c’est encore une énorme ânerie : il prit soin au contraire de se tenir à l’écart en longeant la côte adriatique vers Brindes, avec un crochet par Corfinium, et ne repassa par Rome que pour récupérer les trésors oubliés par Pompée dans sa fuite, avant de le suivre par-delà l’Adriatique.

De même l’assassinat de Pompée aurait lieu à Alexandrie même, alors que seule sa tête coupée y arriva. Le téléspectateur qui a encore un peu suivi tombe alors sur un très sérieux commentaire d’Irène Frain : Cléopâtre aurait dû se faire refaire le nez ! Cela laisse à penser que les propos des excellents chercheurs de ma génération ont été caviardés pour offrir du temps de cerveau disponible au superficiel et à l’artificiel. D’ailleurs on termine à Cinecittà et dans quelques coins de Pompéi dont on cache la misère.

En chronométrant les temps de parole, on pourrait admettre que l’équipe de Danièle Porte n’a pas été défavorisée, mais le montage la montre toujours hors contexte, et si on la voit tel Nelson penchée avec ses officiers sur une table à cartes, c’est sans faire le lien avec le paysage. Et bien sûr par une seule mention n’est faire des raisons qui obligent à aller chercher Alésia en rive gauche de la Saône (ni d’ailleurs de la Saône elle-même, qui a son importance tout au long de la guerre, et bien avant, et bien après) ; ni des sites moins reculés qui mériteraient d’être étudées.

Bref, on a vu pis, mais c’est quand même encore une supercherie.

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