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Devoirs de vacances 2011.

 

1. Sur les traces de la Rome antique, hors-série du Figaro,

paru début août ; 114 p., 7,90 €.

 

Évidemment, c’est le Figaro, un format incommode et beaucoup d’images, dont celle d’Auguste en grand pontife qu’on ne nous assène pas moins de trois fois ; et à la fin une invitation au voyage qui inclut heureusement Ostie et Tivoli, mais pas pour toutes les bourses.

Plus six pages d’ouvrages conseillés… essentiellement ceux des rédacteurs du hors-série et des Belles-Letres, où Jean-Noël Robert est directeur de collection.

Mais à tout seigneur… un quart de la pagination est réservé à un nommé Xavier Darcos, de l’Institut (entendez de l’académie des inscriptions et belles-lettres), l’un des plus sinistres ministres que nous ayons connus, et qu’il nous fallait bien appeler « cher collègue » puisqu’il est agrégé « de lettres classiques » (on ne sait apparemment pas que les titulaires de ce concours sont tout simplement agrégés ès lettres). C’est évidemment un hasard que le personnage publie le mois prochain un Dictionnaire amoureux de la Rome antique. Monsieur le Ministre et cher collègue, je sais que vous me ferez l’hommage d’un exemplaire dédicacé, car je n’aurai pas 25 € à investir dans votre pavé.

Eh bien, justement, commençons par épingler les douze journées racontées par l’ancien ministre. D’abord la fondation : il n’a toujours pas appris que le nom Quirites ne peut en aucun cas venir de la ville de Cures ; il nous apprend par ailleurs, mais sans citer de source, que la louve du Capitole a été fondue à la fin du moyen-âge. La république : César est présenté comme « censeur à vie » et non dictateur ; Lucrèce devient la sœur de Brutus et non la fille de Lucretius (sans quoi elle se serait appelée Iunia !) ; Mucius Scaevola est présenté comme un jeune patricien alors que les Mucii sont plébéiens, et que d’ailleurs le patriciat ne se formera qu’une génération plus tard selon Momigliano ; enfin ce que le porteur de la couronne murmure au triomphateur, ce n’est pas de se souvenir qu’il n’est pas un roi, mais qu’il n’est pas Jupiter. Troisième journée, celle où les Gaulois entrent dans Rome en 390 : ils trouvent les sénateurs assis « dans l’aristocratique curie » alors que Tite-Live dit bien qu’ils étaient dehors, devant leurs portes ; et que les Gaulois « furent désormais habités par le désir d’envahir Rome derechef » : en fait, ils ne sortirent jamais de Cisalpine, donc de la plaine du Pô et des Marches, sur l’Adriatique (où la frontière fut le fameux Rubicon, près d’Ancône et de Rimini). La défaite d’Hannibal : Carthage n’est pas Tunis mais sa banlieue maritime ; une monnaie n’est pas une « médaille » (c’est un terme qu’on utilisait au xixe siècle) ; et Scipion l’Africain ne fut pas accusé que de détournements, mais de haute trahison. Tournons une page pour trouver une confusion entre guerre sociale et lutte de classes. Encore une et l’on trouve Pompée assassiné par un « spadassin » : c’était un officier romain installé depuis une génération à Alexandrie, utilisé par Achillas et Potheinos pour approcher le général en fuite. Avant l’assassinat de César, on lit que certains sénateurs avaient voulu lui accorder un « droit de cuissage universel ».

L’accession d’Auguste au pouvoir offre un florilège : il n’est pas le premier à se faire conférer le titre de propréteur à 18 ans, Scipion l’Africain avait montré l’exemple ; il ne devint pas grand pontife en 27, mais en 17, ayant laissé le poste à Lépide jusqu’à sa mort ; et ce n’est pas lui, mais Tibère, qui a créé la garde prétorienne. Quaznt à dire qu’il « fut l’apogée » de Rome, l’expression est d’un bien mauvais français pour un ancien ministre de l’éducation nationale ! Néron, pendant l’incendie de Rome, ne chantait pas l’incendie de Troie par Homère, mais sa version personnelle du mythe. Pour Trajan, Constantin et Alaric, il y a probablement à redire aussi, mais comme je manque de compétence sur ces époques, j’aurai la pudeur de n’en rien dire.

Arrivée, p. 50, de l’inévitable Jean-Noël Robert qui, sans citer de source non plus, sinon de vagues « fouilles effectuées sur le Forum en 1985 », affirme que Rome fut bien fondée au milieu du viiie siècle avec un rempart de bois (voir sur ce blog un article sur la datation en archéologie) ; ce rempart n’apparaît pas dans la somme Hinard-Briquel sur l’histoire de la Rome royale et proto-républicaine (chez Fayard), et c’est quand même curieux que je n’aie jamais rencontré une donnée aussi fondamentale, publiée depuis 25 ans, et susceptible de rendre vie au personnage de Romulus ! P. 53, mon éminent collègue raconte à sa façon l’anecdote de Caton et du jeune citoyen qui sort du lupanar : quand il le croise deux jours de suite, ce que lui reproche le censeur est d’y épuiser des forces utiles à l’État.

Dans la suite, jusqu’à la p 68, on notera quelques documents très peu connus (surtout sur la statuaire) et une bonne mise au point sur les réalités du cirque (voir également un article publié ce printemps). Suivi, de manière un peu redondante, d’une double page consacrée au Colisée.

Je ferai deux ultimes remarques à propos d’Ostie : d’une part il ne faudrait pas écrire † domi comme pluriel de domus, c’est fâcheux, surtout dans un titre en gros caractères , et d’autre part, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas de document archéologique qui confirme l’assertion de Tite-Live selon qui la ville aurait été fondée comme colonie par Ancus Martius ; le plus vraisemblable est qu’elle soit contemporaine de l’urbanisation, donc d’environ 600, une génération plus tard ; mais Tite-Live ne voulait pas avouer qu’Ostie serait d’origine étrusque.

Les dernières pages présentent de nouveau des documents peu connus, en particulier l’intérieur de la pyramide de Sestius.

 

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