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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 19:50

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VERCINGETORIX ET ALESIA

 

L’opus est au format carré qu’affectionne la RMN, bien épais et bien lourd, près de 400 pages et plus de deux kilos de science… pesante, comme il se doit. C’est le catalogue de L’expo qui occupa les galeries du MAN pendant quatre mois en 94.

Il se trouve que je suis passé au MAN l’année précédente pour examiner quelques importations italiques avec Alain Duval, le conservateur de la partie historique de l’époque. On voyait partout de grandes affiches portant le fameux statère d’or, et pourtant (si j’ai bonne mémoire), ce n’est pas cette maquette qui a été finalement retenue, mais la statue monumentale de Napoléon III par Aimé Millet. Alain Duval m’avait dit cette fois-là, sous le sceau de la confidence, que cette affiche l’ennuyait beaucoup parce que le statère était bidon… tout le monde le sait maintenant, il provient d’Auvergne, Pionsat ou Corent, et a été acheté à Drouot par les féaux de l’Empereur pour lui complaire avec un lieu de découverte controuvé. Aïe !

La table des matières du catalogue est assez éloquente : on attend la page 238 pour évoquer Alise Sainte Reine ! Tout ce qui précède est heureusement passionnant, car on met pour la première fois en synopsis des découvertes anciennes et récentes concernant la Tène finale et le gallo-romain ancien.

La série d’illustrations couleurs qui précède le catalogue est assez révélatrice : bijoux en verre de Mandeure (Franche-Comté, iie siècle B.C.) ; atelier d’émailleur du Beuvray ;  statères d’or éduens ; dieu d’Euffigneix (52), indata-ble ; torque d’or de Tayac (33), trésor de Saint-Louis (68), qu’on datera chari-tablement des années précédant la conquête ; argenterie du trésor de Saint Germain-du-Plain (71), d’époque augusto-tibérienne selon des études plus récentes… de casques du musée de Berlin, indatables ; et finalement le statère du Petit-Palais et le canthare d’argent d’Alise, prudemment daté entre 75 avant et 40 après, mais manifestement contemporain de Saint Germain-du-Plain (certains l’ont d’ailleurs jugé encore plus tardif : époque de Néron).

Le catalogue s’intéresse d’abord aux Gaulois d’avant la conquête, en particulier de la noblesse : Châtillon-sur-Indre, sépulture de guerrier qui serait plutôt du iie siècle que du premier ; tombe de Nospelt au Luxembourg avec amphores Dressel IB, plus vraisemblablement d’époque romaine ; épées à manche anthropoïde, en principe antérieures à la conquête, et de loin. Suit la céramique locale de qualité, qu’on ne peut guère dater ; les formes balustres dérivent du style marnien du ive siècle ! Les vases balustres peints de Clermont et de Feurs relèvent de cette tradition, voire (n° 16, coupe à pied) d’antécédents gréco-étrusques du vie. Le chapitre suivant décrit des lingots de bronze, bitronconiques de St Jean-Tronoën (29), faisceaux de broches de Chalon-sur-Saône, que j’ai jadis étudiés sur place, concluant d’après l’échantillonnage des amphores retrouvées au long du port qu’on pouvait les situer hypothétiquement des alentours de –100.

Les chapitres suivants s’intéressent à la région de Gergovie, à Chalon et au Beuvray : dans tous les cas, le mobilier, quand il est hors contexte, présente des incertitudes de datation d’une ou deux générations.

Précisons que lorsque le Président Mitterrand a ouvert, le 21 septembre 1984 (j’y étais aussi) le grand chantier du Mont Beuvray, dans l’esprit des collègues invités à la table présidentielle, il s’agissait de donner de l’ancienneté au site. Ç’aurait été possible sans corriger (falsifier ?) la chronologie traditionnelle d’artefacts comme les ollae de type Besançon, réputées jusque-là augusto-tibériennes, et qui se sont trouvées ramenées à la date des plus anciennes Dressel IA, soit 120-80 B.C., dans le catalogue 30 ans d’archéologie dans la Nièvre. Je ne veux pas polémiquer avec les collègues qui étaient et/ou sont toujours sur le chantier de Bibracte, puisque je travaille 100 km plus au nord et sur une période de quatre siècles antérieure. Mais la méthode de présentation demeure gênante : au lieu d’une sériation d’ensembles cohérents dans un espace précis, fondée sur des fouilles contrôlées, on accumule des objets ± isolés, provenant des six coins de la France, et surtout de découvertes antérieures à 1900, avec toute la perte d’informations due aux publications de l’époque et à la conservation en musée.

On passe ensuite à la Gaule romanisée de manière administrative, en oubliant de rappeler ce qu’on vient de dire : si chevelue qu’elle fût, la Gaule était italianisée dès lors qu’elle importait ces centaines de milliers d’amphores vinaires qu’on a calculées pour le long port de Chalon, et qu’on transportait telles, malgré le risque de casse, au-delà des ports fluviaux jusqu’au Beuvray. À l’époque, on n’avait pas encore découvert celles de Château, l’ancien oppidum de Sens et Villeneuve-sur-Yonne, et il faudrait en raison de ces découvertes récentes refaire les cartes de circulation : l’Yonne moyenne, l’Arroux, la Cure, le Cousin, ont à coup sûr véhiculé ces récipients qui par la route risquaient de se perdre. On pourrait maintenant, à partir des fichiers informatiques des directions des Antiquités régionales, cartographier les tessons d’amphores Dressel A1/A2/B/C et dresser des arborescences à projeter sur les cartes d’interfluves, de reliefs et de bassins versants.

Alain Duval rédige une courte page sur les Allobroges (p. 159). Clairement, ce peuple celtique (je dirais celto-ligure, mais ce n’est pas l’essentiel) n’a jamais été vraiment sûr du point de vue de l’impérialisme romain : sous contrat avec Rome deuis 122, ils n’en ont pas moins laissé passer les Cimbres et les Teutons, et entre 80 et 60 ils étaient nettement hostiles aux Éduens et à Rome. On connaît le procès qu’ils intentèrent en 69 contre le propréteur Fonteius et la défense de Cicéron, ainsi que leur ambassade de 63 dont profita l’orateur pour fabriquer une accusation contre Catilina. Quel regret qu’Alain Duval se soit arrêté à deux pages sur Vienne, ne montrant que les rares objets de Sainte Blandine antérieurs à 80, sans mentionner les centuriations bien visibles à l’est de la ville qui sont, au plus tôt, agrippéennes ou tibériennes (excellent mémoire d’Adeline Rivoire que je peux mettre en ligne si vous le demandez). C’est évident, je vous ai dit plus haut qu’Alain Duval n’était pas partisan du dogme alisien pur et dur : ce qui est clair, c’est que prendre les Allobroges de Vienne pour des alliés fiables quand César ne savait plus où aller dans sa fuite relève de l’acte de foi, pour ne pas dire du dogme : il lui fallait viser plus à l’est pour traverser des zones allobroges moins militarisées… la région de l’Île Crémieu par exemple, comme je le montrerai plus tard.

Sur les Volques Arécomiques et Tolosates, même problématique : on tourne autour des années 50 avec des objets largement antérieurs ou très largement plus tardifs.

Il faut donc attendre la p. 180, soit le milieu du catalogue, pour en venir au sujet : César en Gaule, ses légionnaires, le déroulement des campagnes jusqu’en 53 (noter p. 185 une carte qui embrouille tout). Et p. 198, enfin, celui qu’on attendait ! « L’homme, le peu qu’on en sait » par Alain Duval, très critique à l’égard de Jullian, ne peut que rencontrer mon approbation. Nettement moins sérieux, Yves Roman entame son article en rappelant que les taxis parisiens connaissent bien la rue Vercin… puis dénonce, p. 203, les deux erreurs opposées de Montaigne et de Carcopino : pour l’ancien, V. avait calculé son enfermement dans Alésia, pour l’autre, c’est une « ruse » de César. Je veux bien que les supérieurs de Bigeard aient organisé l’enfermement fatal dans la cuvette de Dien Bien-Phû, mais ni l’un ni l’autre ne pouvaient le savoir ; en revanche la boucherie du front lorrain (Chemin des Dames, Verdun) montre assez l’incompétence des galonnés, et je signalerai en passant, parce que j’y ai été associé en tant que Gaston Lagaffe à la DPMAT pendant dix mois et regardé avec des officiers d’artillerie leurs sujets d’examens, qu’un plan stratégique est toujours calculé avec une part d’incertitude (ou de hasard) croissante à mesure que l’affaire avance. Si Alésia était vraiment à Alise, et si les Mandubiens étaient des Séquanes égarés du mauvais côté de la Saône, le normalien Carcopino a bien élaboré ce que les Normaliens savaient faire à son époque : un subtil canular.

Suit l’un des arguments tirés du monnayage : on connaît (en Auvergne) beaucoup trop de coins de Vercingétorix pour le très faible nombre de monnaies répertoriées ; encore s’agit-il d’or à 14% ou de bronze frappé des mêmes coins, ce qui donne lieu à l’hypothèse de Colbert de Beaulieu sur la monnaie obsidionale, ou d’urgence, mais surtout à un énorme soupçon de fraude à l’époque de Napoléon III (p. 207).

Le trésor de Pionsat a été décrit dès 1852 ; Lenormand, Ferdinand de Saulcy, le collectionneur Mioche, Muret et Chabouillet (catalogue du fonds de la Bibliothèque nationale), donnent des renseignements contradictoires sur le nombre de monnaies de Pionsat : plusieurs dizaines ? Il y a eu des pertes et sans nul doute de fausses attributions. La légende -TORIXIS du n° 189 est suspecte : pourquoi ce génitif pseudo-latin ? Malgré les efforts de Colbert de Beaulieu pour remettre ces monnaies à leur place, rien n’est clair à ce jour, et toutes les falsifications envisageables.Les 608 monnaies découvertes par Napoléon III au pied du mont Réa, sur le couloir qu’aurait suivi l’armée de secours en descendant des défilés de Ménétreux-le-Pitois (qui n’existent pas, je l’ai vérifié la semaine dernière), posent un autre problème : elles reflètent à peu près les peuples nommés par César pour cette armée de secours, mais pourquoi tant, et à cet endroit ? Un dépôt votif sélectionné ? Ce n’est pas impossible, j’ai trouvé sur l’oppidum de Clamecy un dépôt de fondation à la base du rempart : avec des espacements d’un mètre (la largeur de travail d’un maçon en équipe), on avait déposé une fibule, un anneau, un bracelet et une perle, tous usagés ; mais c’était en 480 avant l’ère courante, et les mentalités n’étaient sûrement pas les mêmes. En revanche, je me demande maintenant si l’hypothèse de l’abbé Guy Villette, avec qui j’ai échangé une longue correspondance voici trente ans (elle est aujourd’hui déposée au SRA de Dijon) et si farfelue que je l’avais toujours jugée.

Le savant abbé, qui était un homme honnête, lui, imaginait qu’Auguste, au moment de la pax Romana, aurait organisé une « petite Alésia commémorative » sur un site homonyme de la vraie (pour lui, Chaux-des-Crotenay), creusé de pseudo-fossés, monté des camps, et enfoui des monnaies représentatives, gauloises et romaines antérieures à 52. Pourquoi pas ? Ce qui est sûr est que les fouilles napoléoniennes sont antérieures au travail de De La Tour qui identifia les monnaies aux peuplades, en 1899 ; même si l’on avait eu quelques hypothèses solides dans les années 1860, aurait-il été possible de collationner des monnaies pictones, atrébates, leuques, carnutes, lémovices… ? Mais dans ces années-là de Saulcy a bien montré à quel point on manipulait les découvertes monétaires. Donc ces monnaies ne sont pas aussi probantes que l’assènent les partisans d’Alise, et leur accumulation en un seul endroit les rend même d’autant plus suspectes.

Et si le soupçon porte sur les monnaies, à plus forte raison doit-on l’étendre aux armes prétendument trouvées dans les fossés : d’une part les armes de fer ne changent guère du Hallstatt au moyen-âge, d’autre part la concentration sous la provenance Flavigny (sur Ozerain) des vitrines du vieux musée Alésia est aussi suspecte que celle des monnaies de l’autre côté du site. Enfin Suzanne Sievers de la GRM de Mayence avoue (p. 258) que les structures fossoyées qu’on commençait à redécouvrir à l’époque ne correspondent guère au texte de César… c’est donc César qui a systématisé dans son récit l’organisation du siège, et il ne faut pas le suivre à la lettre : il ne pouvait pas, le pauvre, savoir que ses légionnaires avaient réduit la profondeur ou l’écartement des fossés, il ne pouvait pas être partout.

Justement, ce type d’argument est à double tranchant : les uns répétant que si l’on ne trouve pas le calque du texte césarien autour du site choisi par Napoléon III, c’est que César est imprécis… et les autres dressant des listes impressionnantes de contradictions entre le texte et le terrain, mais n’ayant, ni à Salins ni à Syam, encore moins à Guillon, pas le moindre fossé à présenter… et pour cause, aucun site n’a jamais disposé de moyens financiers et humains comparables à ce qui fut investi à Alise !

Le catalogue se termine sur Alésia gallo-romaine et la légende de Vercingétorix, où l’on retrouve davantage d’illustrations que Christian Goudineau n’en a conservé dans l’ouvrage précédemment chroniqué. Le même Goudineau qui, dans ses trois pages de préface, est curieusement sur la défensive : certes, Héric d’Auxerre avait dès le ixe siècle établi « une sereine certitude », mais quelle aberration que ces historiens modernes qui refusent le dogme du bon moine (qui d’ailleurs n’affirme rien quant à César) osent trouver le site trop petit, mal placé, les découvertes non probantes parce que César dit autre chose qu’Alise ! Quant aux auteurs postérieurs, ils ont tout simplement inventé des péripéties romanesques (la reddition de Vercingétorix, entre autres).

Mais Plutarque et Dion Cassius avaient-ils besoin de dire que dès la bataille de cavalerie on était chez les Séquanes ? Si les partisans d’Alise étaient honnêtes, ils avoueraient que cum in Sequanos… iter faceret est l’exact équivalent du ἐν Σηκούανοις γενόμενος de Plutarque ?

Il est assez amusant de voir les tenants du dogme s’enferrer dans des doutes semi-avoués à chaque fois qu’ils croient asséner le coup mortel à ceux qui lisent César, connaissent la stratégie et la tactique, et la géographie… ils sont un peu comme ces témoins de Jéhovah qui balbutient dès qu’on leur montre, Bible de Chouraqui ou de Jérusalem en main, que la leur est falsifiée.

 

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 17:53

C'était prévisible, la sortie monumentale du nouvel Astérix, dont je vous ai dit l'intérêt limité, s'accompagne d'autres campagne commerciales. Deux sont intéressantes à divers titres.

 

1. Anecdotique mais utile en ces temps où l'on ignore la chronologie, une "édition collector" (ah, ce sabir franglais !) de Télé 7 jours, pour moins de 7 €, une petite centaine de pages grand format bourrée d'illustrations. Les albums sont classés par année, et l'on se rappelle (ou l'on apprend) le contexte dans lequel ils sont parus : il n'est certes pas fondamental de savoir que Karine Viard, David Halliday et José Garcia sont nés en 66, si ce n'est pour constater l'efficacité de la chirurgie esthétique, mais les influences culturelles de l'époque… enfin, les séries TV et quelques films remarquables. On trouve aussi la photo de la plupart des acteurs qui ont été caricaturés, dont certains ne sont pas évidents à reconnaître, mais il y a des oublis notables : en 69, quand Goscinny fait figurer Don Quichotte et Sancho Pança dans un album, il y a aussi le génial Brel qui joue L'Homme de la Mancha aux Champs-Élysées ; enfin, exactement, fin 68, puisque, rappelons-le, les scenarii sont écrits un an avant parution.

 

2. Plus sérieux, un "numéro exceptionnel !" de GéoHistoire, 120 pages et pour le même prix. Remarquables photos de Bibracte ou de l'oppidum de Lostmarc'h, des objets d'art plus ou moins connus, un quiz de quelques pages pour vérifier si la BD est conforme à l'histoire. Mais aussi un choix d'articles de fond, sur les druides, la guerre, César, etc. ; une longue interview de Jean-Louis Brunaux en conclusion d'un bon article sur l'utilisation idéologique des Gaulois de Napoléon Ier à Pétain et De Gaulle, et une bonne présentation des auteurs dans leur époque. Il y a bien sûr quelques approximations, et je suis quelque peu fâché de ne pas retrouver les deux jours de travail que j'avais consacrés à l'une des journalistes qui m'interrogeait sur l'honesta missio.

À noter quand même que dans les deux articles de tête, les journalistes auraient bien fait de se documenter auprès de spécialistes. Car si César utilise le terme civitas pour désigner les peuplades, il tire évidemment le terme du lexique géopolitique romain, qui l'utilise non pour les cités grecques, mais pour les confédérations postérieures à Alexandre, Étolie, Achaïe, Eubée, Laconie. C'est là que l'unité réalisée en 53-52 prend tout son sens : il n'y a pas un ensemble de petites nations qui se laisseraient diriger à tour de rôle par les Bituriges, les Éduens ou les Arvernes, mais des fédérations de villes et de territoires ruraux (par exemple chez les Bituriges, Bourges, Dun-sur-Auron, Levroux…), avec possibilité pour telle ou telle fraction de passer d'un peuple à l'autre (ainsi Troyes, peut-être Auxerre, et le problème crucial en 52 des "clients" de Vercingétorix en amont de la Loire). Le "sentiment national" n'est pas plus spontané chez les Gaulois que chez les Grecs, et il se développe toujours dans une situation défensive. De ce point de vue, le héros auquel Vercingétorix se comparerait le mieux est Léonidas.

Argument en ce sens, il y a très peu de monnaies nominales, et tardivement (Togirix, Dumnorix), mais des émissions de villes ou peuplades, comme en Grèce ou en Étrurie. Partant, il n'y a pas d'organisation politique pyramidale comme en Italie, et l'alternance monarchie/oligarchie/tyrannie n'est pas si simple. Un auteur cité dit très bien que si Napoléon III a récupéré idéologiquement l'idée de nation gauloise, c'était pour l'enterrer en tant que telle et la ressusciter en tant qu'État centralisé, industrialisé, donc à la romaine, vision typique de la révolution industrielle de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Ces deux revues ne seront plus en kiosque quand débutera l'enseignement de 02, mais je passe un mot à mon remplaçant pour qu'il en parle dès maintenant.

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 19:31

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Vercingétorix (suite) – Georges Bordonove

 

Un sous-titre révélateur pour cet ouvrage de 1978 : « avec lui commence véritablement l’histoire de la France » ;  et à la fin, p. 214, une longue tirade d’où ressort que,  précédant Jeanne d’Arc, et « nos combattants de l’ombre des années 1940-1944 », V. « fut, chronologiquement, le premier des résistants de France. » Dans cette perspective ouvertement gaulliste, l’unité, à laquelle nul n’avait pensé avant, fut réalisée dans la seule année – 52, alors que l’entité Gallia, englobant la Belgique et l’Aquitaine, avec Reims et Toulouse comme villes capitales, subordonnées à Lyon, dans des frontières que regagna Napoléon Ier du côté de la mer du Nord, fut forgée par Auguste sur les bases posées par César en – 51.

Le style n’est pas sans rappeler celui des écrivains provincialistes, Claude Michelet ou Jean Anglade, et d’ailleurs Bordonove (= la borde ou ferme neuve) est précisément une graphie du sud de l’Auvergne. Donc, autour de Gergovie, « Un vent furieux descendait du mont Dôme, avec des hurlements de meute, des sanglots de bête aux abois. Par moments, sa plainte aiguë, son martèlement de sabots cessaient, alors son haleine glacée venait à travers le torchis des murs toucher le cœur anxieux des vieillards et l’on entendait les bœufs meugler dans leur étable, les chevaux hennir et secouer leurs chaînes, les chiens appeler la lune. » Il y a du Goethe là-dedans, et du Victor Hugo, c’est dire que l’histoire réelle sert de fond à une œuvre romanesque et romantique.

Nous étions d’ailleurs prévenus à la page d’avant : « du moins, faute de documents, imagine-t-on que <les choses> se passèrent de la sorte… » Du reste, le sec et trompeur récit de César est trois fois moins épais que ce roman.

Dans cette perspective, est-il bien utile de poser un glossaire ? Surtout pour exposer qu’une maceria est un rempart extérieur et surajouté, alors que le terme désigne simplement un rempart non maçonné ni poutré (Avaricum : un murus gallicus comme au Beuvray ; Alésia : un mur, effectivement, construit en hâte pour étendre la superficie de la ville). Ou parler d’ »Éduidie » quand on dit, au mieux, Éduie pour un territoire éduen défini comme un Morvan très débordant, oublier une syllabe dans Vellaunodunum et l’appeler †Vellauro- sur la carte, etc. Il n’y a pas trop de ces menues erreurs, mais un peu est toujours trop.

Il en est de bien plus graves : affirmer (p. 64) que les Cimbres, dans leur élan (des années 100), se sont portés en Italie, en Grèce, en Orient… alors qu’il s’agit des Celtes qui prirent Delphes en 279 ! Les Cimbres ont été arrêtés à Aix et à Vercelli, qui est certes en Italie, mais à l’époque appartenait à la Gaule Cisalpine. Intervertir la chronologie en faisant agresser la Province, du côté aquitain, par Lucter, avant que le signal de l’insurrection ne fût donné à Genabum. Trouver des motifs économiques (alors qu’on ne parle pas ailleurs de la réduction  de la Gaule centrale à l’empire romain par le commerce, deux à trois générations plus tôt) pour César de passer en Allemagne et en Grande-Bretagne, alors qu’il s’agissait surtout d’ajouter des traits hérakléens et alexandrins à sa légende. Ou encore, César (en 52) a attaqué Arioviste à l’appel des Éduens, au lieu des Séquanes.

Et bien sûr, les problèmes géographiques : apparemment l’auteur est d’avis de faire descendre le territoire sénon assez loin au sud (jusqu’à la Puisaye, voire Cosne-sur-Loire, et j’en suis d’accord, c’est d’ailleurs ce que je vais publier après trente ans d’étude) ; mais c’est pour prétendre qu’en remontant de Gergovie par l’Allier, César se trouve en pays sénon sitôt qu’il a trouvé un gué pour passer la Loire gonflée par l’hiver (p. 151). Dans cette perspective, il longerait le fleuve avec ses six légions, sans vivres (rappelons que ses bagages avaient été détruits quelque part entre Nevers et Diou). « On avait suivi le fleuve, cherché un gué, on l’avait trouvé. Ce soir, contre toute attente, on foulerait le territoire sénon. » Ainsi César aurait descendu la Loire, face aux Boïens, et l’aurait traversée très en aval, là où les bancs de sable noient quelques baigneurs tous les ans, et de la Puisaye à Joigny, il aurait pu rejoindre Labiénus sur l’Armançon comme le pense le dogme universitaire. Mais dans ce cas-là, pas question de s’arrêter à Bibracte ! Ou bien il remonte la Loire vers le Velay, mais cela fait faire énormément plus de chemin à Labiénus. Le texte suggère cette solution : mais alors, la rencontre ne peut avoir lieu si en aval de l’Armançon, et il faut que Labiénus (qui vient de Melun et de Sens, rappelons-le) remonte non l’Armançon, mais la Seine (confluent avec l’Yonne : Montereau ; de l’Yonne et de l’Armançon, pour mémoire : Migennes, 12 km en amont de Joigny) jusqu’à Châtillon-sur-Seine et au col de Beneuvre pour redescendre sur le bassin de la Saône, dans la plaine des Tilles. Le chemin inverse du vase de Vix, en somme : ces routes-ci étaient frayées depuis cinq siècles au moins, on n’en dirait pas autant de l’axe A6 et TGV Tonnerre-Montbard. Mais alors, Alésia ne peut pas être à Alise Sainte Reine !

Voici encore un auteur qui se débat dans l’aporie créée par cette volonté assidue de placer l’oppidum final à côté de Montbard et non de l’autre côté de la Saône, comme le dit… César en personne. Voici trois siècles qu’on déploie des trésors d’érudition, ou plus généralement de fidéisme dogmatique quand ce n’est pas d’ignorance crasse, pour rendre compte d’une impossibilité.

J’ai noté quelques notations idéologiques bien vieillottes : le pouvoir des druides ; l’incapacité politique à s’unir (« Mais nous avons connu des complications semblables et n’avions point l’excuse d’appartenir à un peuple encore dans son enfance. » (p. 126). De tels grands enfants, c’est sûr, avaient besoin d’un chef à poigne, et V. ne se montra guère moins cruel que César. De là à imaginer que V. a séjourné à Rome, qu’il y a vu les camps de gladiateurs qui sont presque tous gaulois… fertile imagination, et les gladiateurs, comme les esclaves domestiques, venaient des pays conquis, et il y en avait suffisamment.

À ce point, j’estime vraisemblable qu’Astérix et Obélix soient allés à Rome  pour reprendre le barde Assurancetourix, offert à César par le légat de Rennes, se soient laissé recruter par un horrible laniste (ça, c’est plausible), et qu’ils aient appris aux brutes de leur casernement à jouer aux charades… au moins, Goscinny ne se prenait pas pour un historien ! Accessoirement, Goscinny était un génie.

 

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 18:50

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Peut-on encore lire les aventures d’Astérix ?

 

Question cruciale, sinon crucifiante ! Est-ce que j’ai fait un bon choix, voici dix ans, en remplaçant d’autorité « littérature antique sur textes traduits » par « histoire et civilisations anciennes vus à travers la littérature populaire actuelle » ?

En toute franchise, oui. La littérature sur textes traduits, qu’on m’avait fourguée quand la licence a été bouleversée et qu’il a fallu séduire (et, si possible, instruire) des étudiants dépourvus de tout bagage linguistique, était quelque chose d’à peu près impossible à enseigner. Je me demande comment mon camarade Alain Billault, avec qui j’ai travaillé en binôme avant la semestrialisation, pouvait se débrouiller pour faire entendre Pindare ou Euripide en français : Pindare, ce sont des hymnes guerriers, appuyés par des tambours, chantés en mode majeur, dans le grec rocailleux de Sparte, et Euripide, c’est toute la subtilité attique, à déclamer le plus souvent à voix contenue et, bien sûr, dans la langue d’origine.

Claude Hagège se trouve de passage dans ma région, et si possible je lui poserai la question, lui qui parle 80 langues. Il sera sans doute de mon avis : enseigner des textes poétiques datant de deux millénaires et demi dans une langue totalement étrangère, sans rythme ni mélodie, c’est un peu comme disséquer les negro spirituals ou les blues des années 30 sans les disques, sans les chœurs, sans le rythme. Traduisez en français Lord Let Me In The Lifeboat, sans l’écouter même dans la version commerciale de Louis Armstrong en 1954, cela tombera forcément à plat.

Ce problème me concernait moins dans la mesure où j’avais choisi des textes philoso-phiques et politiques, mais comment comprendre Cicéron, Sénèque ou César quand on est obligé d’expliquer des notions comme potestas, imperium, tyrannus, que les Romains comprenaient directement ? Les étudiants s’embêtaient, moi aussi, et franchement le tournant vers la littérature populaire s’imposait.

C’est Claude Aziza qui, s’inspirant des universités américaines, a le premier fait entrer la BD dans l’enseignement universitaire français, dans les années 70. Il a surtout commenté les aventures d’Alix, qui n’ont aucune valeur historique mais peuvent, par leurs manques, orienter les étudiants vers les realia de la civilisation antique. En tant qu’objet littéraire, Alix est nul, mais c’est aussi un contre-exemple fécond : retrouver des architectures vraisemblables à travers les reconstitutions fantaisistes de Jacques Martin, démonter les procédés littéraires issus de l’heroic fantasy et des studios Hergé, cela suscite déjà l’esprit critique qui est, en tout premier lieu, ce que les enseignants devraient apprendre aux étudiants.

J’ai cru naïvement qu’on pourrait inclure le meilleur de la BD, je veux dire les chefs-d’œuvre de Goscinny, dans le programme ; ceci suite à une expérience positive, mais déjà trop ancienne, en collège : dans un village gaulois cerné par le bétonnage de Melun-Sénart, on pouvait reconnaître Le Domaine des dieux, on pouvait emmener les élèves dans les musées et sur les chantiers de fouilles le dimanche, et puisqu’il y avait des rudiments de latin (et aussi de gaulois, si le prof s’y connaissait) en cinquième, travailler sur les traductions de Rubricastel-lanus (von Rothenburg) plutôt que sur les manuels. Bien sûr, c’étaient des activités de club, donc totalement bénévoles, mais plusieurs de mes anciens élèves m’ont suivi quelques années sur des chantiers archéologiques.

C’était dans les années 70. Déjà, quand l’IUFM m’a demandé de conférencer sur l’utilisation de la BD en cours, j’ai compris que les étudiants des années 90 – la génération, donc, un tout petit peu plus jeune que mes élèves de collège – décrochait. Quant aux actuels, qu’en dire ? À part la toute petite minorité d’étudiants qui sont prêts à lire et à étudier des BD qu’on emprunte à la médiathèque locale (tant il est vrai que la BD est chère), je constate surtout des gens qui viennent là parce qu’un module optionnel est toujours bon à prendre, et qu’en plus l’enseignant est assez bon pour donner les réponses aux sujets d’examen sur son blog, pour ceux qui savent un peu lire.

Il est certain que baser un enseignement sur le visuel alors que les ordinateurs sont pourris, que les projecteurs sont souvent en panne ou les écrans inexistants, c’est un pari risqué, et combien de fois ai-je été obligé d’improviser un cours sans projections parce que quelque part un machin était en panne ! Et bien sûr, à la plus mauvaise heure de la journée, où les étudiants qui ont mangé digèrent en rotant et où les autres frôlent l’hypoglycémie, où de plus il n’y a personne pour dépanner, cela ressemble au treizième travail d’Hercule. N’empêche, la tâche est utile.

Prenons, puisque je parlais d’Hercule, le très mauvais dessin animé Les douze travaux d’Astérix : aucune intrigue, une accumulation d’exploits totalement coupés de la réalité, des personnages caricaturaux, qui peuvent certes évoquer de loin Héraklès et Ulysse (le costaud sans cervelle et l’astucieux dans un petit corps), mais rien à voir avec le concept de Goscinny, le seul lien résidant dans les royalties que perçoit Uderzo chaque fois qu’on dessine ses personnages.

Prenons, pour continuer, les épouvantables films avec Depardieu : scénarii inexistants, personnages à contretemps et contre-emploi, manifestement une exploitation commerciale du personnage Depardieu, qui peut faire n’importe quel rôle, comme autrefois Belmondo (qui avait infiniment plus de talent) dans n’importe quel navet ; ou Jacques Dufilho, ou Michel Serrault, Michel Galabru (encore de ce monde), qui, eux, étaient de véritables acteurs dont le talent confinait au génie, même dans les pires navets. Sans parler des effets spéciaux genre recul accéléré, piqués au dessin animé amerlaud des années 40, genre Tex Avery. Moyenne d’âge mental des spectateurs potentiels, quatre ans.

Pourtant Goscinny était un impeccable metteur en scène, ami de tout ce qui comptait dans le cinéma des années 60 : Pierre Tchernia bien sûr, Lino Ventura, Francis Blanche… mais qui se souvient de Pierre Tchernia et de son émission Monsieur Cinéma sur l’unique chaîne de télévision en noir et blanc ?

Tchernia (« yeux noirs » en russe) apparaît souvent comme un centurion très porté sur l’amphore : je ne crois pas que Pierre Tchernia ait été alcoolique, mais c’était une plaisanterie, du type auto-dérision, qui le fait représenter comme tel une dizaine de fois. C’était aussi le metteur en scène de scénarii de Goscinny, par exemple Le viager, très daté maintenant, avec Serrault et Galabru dans les premiers rôles. Mais qui se souvient de Serrault et de Galabru ?

Ventura, pour sa part, apparaît en centurion irascible, qui ne comprend rien à rien, par exemple dans Obélix & C°, où l’on voit aussi un jeune énarque qui ressemble à s’y méprendre à Jacques Chirac. Mais qui se souvient de Chirac ?

Qui se souvient de Brigitte Bardot jeune ? Bonne actrice et même assez bonne chanteuse, surtout sous la baguette de Gainsbourg (mais qui se souvient de Gainsbourg ?), elle a immortalisé la choucroute qu’arbore la femme d’Agecanonix. C’est ce genre d’héroïnes glamour qu’Uderzo adorait dessiner, et qui envahit malheureusement les albums postérieurs à la mort de Goscinny.

Conclusion intermédiaire : mieux vaut connaître le cinéma des années 60 pour comprendre Goscinny.

La BD des années 70 était très liée au cinéma, ne serait-ce que par ses moyens techniques : la plongée et la contre-plongée, le zoom avant et le plan large, le plan serré où souvent, vers la fin, Uderzo remplace l’arrière-plan flou par un fond de couleur.

Astérix et Cléopatre fournit, dès sa couverture, une connivence avec, et en même temps une caricature, des réalisations à grand spectacle : le film de Mankiewicz est ouvertement caricaturé, et bien entendu Cléopatre a les traits de Liz Taylor.

Dans la même veine que les allusions au cinéma – on reconnaîtra aussi Laurel et Hardy dans Obélix & C°, c’est encore une période antérieure – de plus internes encore à la BD : les Dupond/t, par exemple, dans les Belges, et Tintin… il faut dire qu’au sein des studios Hergé, comme chez Dupuis et chez Dargaud, on s’empruntait par clin d’œil ou connivence des personnages, des décors, des scènes, des bons mots, des gags. Ainsi, à partir du troisième ou quatrième album, les héros rencontrent les pirates « piqués » au Barbe-Rouge de chez Dargaud (j’oublie toujours les auteurs), mais sous la forme d’un current-gag : ils coulent, mais pas deux fois de la même façon ; de même que le chef Abraracourcix tombe toujours de son bouclier, mais selon des modalités différentes.

La connivence est un moyen d’action familier à toute la littérature des années 50, 60 et au-delà : qu’on pense aux allusions de Boris Vian à Jean Paulhan ou à Sartre, voire à Marcel Arland (où il frôle la diffamation). Mais qui se souvient de Boris Vian ?

Paradoxalement, on se rappelle sans doute mieux Jules César, Antoine, Cléopatre ou Brutus. Ce qui ne facilite pas l’enseignement, parce qu’il y a trois déviations à envisager : la manière dont on présente, de nos jours, ces personnages dans la littérature populaire et dans la littérature « savante » ; leurs représentations, en particulier au cinéma, dans les années 60 ; et l’idéologie, ou les idéologies, qui sous-tendent leur mise en scène dans la BD, en fonction de l’époque de rédaction et de publication.

Sans parler (j’y reviendrai dans un autre article) des thrillers amerlauds qui confondent l’archéologue de terrain avec un aventurier, type Indiana Jones, comme David Gibbins pour n’en citer qu’un.

 

Cela dit, depuis que je reçois les albums des éditions Atlas, je crains que ces œuvres géniales ne puissent plus être consultées que dans des éditions critiques, au même titre que César ou Tite-Live. Prenons l’exemple d’Astérix chez les Helvètes qui vient de paraître : l’album débute par une BD qui parodie l’émission télévisée de Pierre Tchernia, Monsieur Cinéma, où Astérix vient présenter à l’interviewer les deux invités, Uderzo et Goscinny ; il s’agissait évidemment d’une publicité avant la parution, étonnant, non ? Suit un article « Astérix et Obélix au pays des coucous », où il est mentionné que l’idée des Helvètes avait été suggérée à Goscinny… par Georges Pompidou en personne, Premier ministre et futur président de la république ; d’ailleurs les cartes de visite d’André Malraux, de Chaban-Delmas et de Georges Gorse (ministre de l’information en 68) sont jointes en fac-simile. On étudie les anachronismes : l’industrie horlogère, la Société des Nations, le secret bancaire… tous anachronismes évidents, mais destinés à caractériser la Suisse, comme les fromages, la paresse et les vendettas caractérisent la Corse (avec pas mal d’exagération).

Le yodle, les périodes militaires des réservistes, la légende de Guillaume Tell et… la fondue sont aussi évoqués dans l’appareil critique, mais peut-être ces détails demandent-ils moins d’explications, car on peut supposer que les bacheliers actuels ont quand même entendu parler de la fondue, même si elle a été supplantée par la raclette et la tartiflette, beaucoup moins subtiles.

En revanche, était-il utile d’évoquer la légende d’un César épileptique à partir d’une image unique ? Alors que la plaisanterie sur « le pont que César avait détruit [en 58], mais qui a été reconstruit depuis »… est une pure fumisterie : les études modernes ont suivi le tracé de la voie des Fins d’Annecy à Carouge, dont d’Annecy à Genève, dont le pont ne traverse pas le lac, mais le Rhône.

Une étude indispensable est celle des rapports entre Fellini-Satiricon et la BD parue l’année suivante. On peut affiner en notant que le Giton d’Uderzo est beaucoup moins mignon (si l’on peut oser le jeu de mots) que celui de Fellini, mais moins inquiétant aussi, et que Garovirus est nettement plus caricatural et moins dérangeant que le Trimalcion de Fellini. En revanche, il était bon de rappeler la réaction de quelques lecteurs réactionnaires : clairement, en 70, Goscinny s’adressait à des lecteurs adultes tout en préservant, superficiellement, le lectorat juvénile de Pilote.

Importants, en fin de volume, les chapitres sur le bestiaire Uderzo et sur les rapports des auteurs avec l’enseignement. La BD, en raison de ses origines américaines et juives, avait été interdite par le nazisme et par les laquais Pétain et Laval ; mais même dans les années 50 et 60, elle était toujours soumise à la censure (elle l’est d’ailleurs toujours, en principe : les publications pour la jeunesse sont soumises à un dépôt légal supplémentaire au ministère de l’Intérieur et des Cultes). Même après 68, Goscinny devait encore affirmer qu’ « une bonne bande dessinée vaut mieux qu’un mauvais livre. » Et de fait, quand on compare aux albums de Goscinny et Uderzo les publications pour la jeunesse des très catholiques éditions Bayard, on voit qu’à défaut d’offrir des réponses toutes faites (et généralement fausses), les ouvrages de nos deux auteurs (docteurs honoris causa de Paris-XIII, d’ailleurs) posent au moins d’excellentes questions, à travers une fantaisie totale, et des archéologues français reconnaissent qu’ils n’auraient pas développé certaines problématiques sur l’architecture des villages gaulois, par exemple, sans Astérix (p. 93) ; on avouera modestement que les archéologues anglo-saxons n’avaient pas attendu pour pratiquer l’archéologie expérimentale, comme le montre l’exemple du Butser Farm Experiment où l’on reproduit aussi bien les maisons, greniers et silos du néolithique final que les races de moutons Soay, à six cornes.

 

 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 18:50

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 18:28

Voici enfin les photos promises, retrouvées sur un vieux CD-ROM (© : Pallottino/éditions Skira).

Pour mémoire : la paroi du fond de cette tombe représente la porte des Enfers, encadrée de deux prêtres ; sur les parois latérales figurent une scène de lutte et son arbitre, et deux scènes de proto-gladiature où est impliqué un acteur masqué, le phersu (latin persona). Ve siècle av. J.-C., Tarquinia.

 

 

 

 

 



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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 17:23

Ces quelques mots simplement pour éclairer quelques points qui pourront servir lundi.

1. Il est absolument certain que le triomphe romain est d'origine étrusque, mais aussi que le terme dérive du grec θρίαμβος par l'intermédiaire de la langue étrusque, qui ne connaissait pas les voyelles sonores. On trouve dans la littérature (Catulle par exemple) des attestations de l'acclamation io triumpe, qui suffit à prouver cette évolution phonétique. L'aspiration aussi est assez commune en étrusque, mais il faut se rappeler que le φ grec ne se prononçait pas comme une <f>, mais comme un <p> soufflé, de même que l'initiale de la soupe thaï, phô, qu'il ne faut surtout pas prononcer à la française.

La tombe François de Vulci, qui date d'environ 330 avant J.-C., a été peinte selon un programme fixé par un noble qu'on voit figuré en toge pourpre brodée de motifs d'or : c'était aussi le vêtement du triomphateur romain. Le personnage de la tombe François, qui se nomme Vel Saties, regarde le ciel : il prend les auspices, manifestement ; les études récentes déduisent que ce magistrat avait commandé une armée étrusque et remporté quelques victoires sur Rome dans les années 340, comme l'indiquent de rares textes.

Or le terme grec désigne des processions dionysiaques. Quel est le rapport ? Dionysos, Bacchus en latin, est un fils de Zeus qui s'est développé dans la cuisse de son père (d'où l'expression : sortir de la cuisse de Jupiter, qui faisait tant rigoler Coluche). Bacchus est devenu un dieu très populaire en milieu étrusco-latin, d'où plusieurs miroirs gravés de Préneste où on le voit couronné par une petite Victoire ailée et monté sur un char tiré par des tigres. Ces éléments, la couronne portée par une divinité féminine, le char, les animaux, et surtout l'origine jupitérienne, se retrouvent dans la manifestation politico-militaire qu'est le triomphe romain.

En clair, le triomphateur est favorisé des dieux, comme l'indique la formule traditionnelle (ci-dessous). Quant à s'identifier à Jupiter, oui, mais pour une journée seulement : d'où l'esclave public qui tient la couronne au-dessus de sa tête et lui rappelle pendant toute la cérémonie qu'il n'est qu'un mortel, en ressassant la célèbre formule : memento mori.

D'ailleurs, selon la formule rituelle, l'honneur était rendu à Jupiter et à tous les dieux protecteurs de Rome, non au général : le sénat faisait voter les comices centuriates sur la question : "voulez-vous, ordonnez-vous, Quirites, qu'en raison de la vertu et de la fortune que vous lui avez conférées, le consul… porte à Jupiter Très-Bon Très-Grand la prière de conserver pour toujours la ville de Rome, etc.". Les comices centuriates réunissaient en forme civique les citoyens qu'on appelait aussi populus, terme qui désigne à l'origine les fantassins, et se déroulaient plus ou moins selon l'ordre militaire.

2. Bien sûr, c'était l'occasion d'exhiber le butin et de distribuer une partie des manubiae, la part de celui-ci que le général pouvait gérer. C'est à ce moment que les simples soldats touchaient une récompense de tant de sesterces, les cavaliers le double, les centurions le triple ou le quadruple, les chiffres varient.

La populace n'était pas oubliée dans ce spectacle et dans cette distribution, tout comme aux enterrements, dans les jeux du cirque (à l'origine funéraires) et lors des différents jeux (ludi) qui scandaient le calendrier romain : monnaie, vin miellé, gâteaux, dattes, œufs en diverses préparations, étaient distribués en plus ou moins grandes quantités suivant l'ambition du triomphateur.

3. Mais il reste que le triomphe est célébré pour la victoire sur un ou plusieurs ennemis, étrangers (c'est ainsi que César ne triomphe pas des citoyens romains qu'il a combattus en Afrique ou en Égypte, mais des Numides et de Cléopatre). Avec le butin, les tableaux peints qui figurent les villes conquises, les chefs ennemis sont soigneusement gardés en prison (la Mamertine, un cachot souterrain au pied du Capitole) et exhibés tout au long de la procession, avant d'être garrotés. Il est exclu de les gracier, malgré le strip d'Astérix que je n'ai pas réussi à retrouver ("Que fait César ? – Il affranchit le rubicond", parce qu'un vaincu teuton a crié "KOLOSSAL" pendant le triomphe. En revanche, plus les vaincus sont exotiques et plus la populace est contente. C'est ainsi que Pompée, puis César, font parader des éléphants porteurs de torches, de zèbres, des girafes, des ours… qu'on emploiera ensuite au cirque.

Ce qui signifie qu'il n'y a guère de distance entre le triomphe et les jeux, tous en principe dédiés aux dieux et tous dévoyés pour satisfaire la soif de sang du public. Quand il n'y aura plus beaucoup de conquêtes extérieures, à partir de Claude et de Néron, on sacrifiera des sujets exotiques prélevés au Trastevere, juifs et chrétiens, avec ce raffinement suprême, imaginé par Néron, de les attacher à des potences, de les arroser d'huile et de les faire brûler pour éclairer les fêtes nocturnes… encore Néron n'a-t-il pas imaginé tout seul cette barbarie : déjà en 79, après avoir vaincu les derniers esclaves révoltés de Spartacus, Crassus les avait suspendus aux fourches tout le long de la via Appia… par laquelle, d'ailleurs, la foule venait souvent accompagner les magistrats revenant de leurs provinces orientales ou grecques à cet endroit.

4. Traitement iconographique du triomphe : les images de défilés sont innombrables, les plus célèbres se trouvant sur la colonne de Trajan au forum, une véritable BD de l'époque qui raconte tous les épisodes de la guerre de Jérusalem en 79. L'art italien du XVIIe siècle a exploité le filon (souvent, d'ailleurs, par opposition aux pompes papales). Avec la BD du XXe, certaines séries totalement dépourvues d'humour reprennent à la lettre les défilés décrits par les textes antiques, non sans d'innombrables approximations. D'autres, qui veulent être lues au second degré, caricaturent la chose, éventuellement dans le sens d'un patriotisme gaulois hérité de Napoléon III. Bien sûr, je vais m'arrêter là, il faut quand même que vous traitiez un peu le sujet de partiel par vous-mêmes.

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 19:15

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Le triomphe à Rome. Institution, fête et spectacle.

 

1. L’article « triomphe romain » que vous trouverez facilement sur Wikipedia, ainsi que quelques articles liés, est léger et non dépourvu d’erreurs. Commençons par corriger celles-ci : ce n’est pas tant l’importance du butin qui compte, que le fait d’avoir massacré 40.000 ennemis (étrangers et hommes libres, donc les guerres serviles et civiles ne comptent pas, ou on les déguise en guerres étrangères : ainsi Auguste triomphe de Cléopatre[1], non d’Antoine) à la fois en combat régulier (bataille rangée), dans le cadre d’une mission explicite du sénat, avec un imperium (pouvoir militaire donnant droit de vie et de mort sur les soldats) juste et confirmé (donc le triomphateur doit avoir commandé en personne, ce qui ne sera plus le cas des empereurs en général).

2. Symbolique : on peut admettre que le triomphe fête le retour à la vie civile (« la quille », comme on disait quand le service militaire existait), mais il reste lié à l’imperium, et les comices curules votent un imperium d’une journée au général, sans quoi il ne pourrait rentrer dans Rome. Les soldats, apparemment, ne sont ni armés ni rangés selon leurs légion, manipule, etc., mais les trompettes sont bien militaires.

Les chevaux blancs ne sont pas la norme : Camille, en – 390, subit l’exil (c’est-à-dire la mort civique) pour y avoir eu recours, ce qui est chez Tite-Live, historien des années – 20, une allusion à César. En principe, cette couleur était réservée à Jupiter, dont le général prenait l’allure avec la  toga picta[2] et en se faisant peindre la tête et les bras au minium (! Plus probablement avec de la barbotine d’argile teinte à l’oxyde ferrique). Bref, les chevaux qui tiraient le quadrige étaient gris, ce qu’on ne voit pas sur les représentations sculptées…

La couronne de laurier (voir les articles correspondants) n’est pas liée à l’origine à Jupiter (Zeus en grec, Tinia en étrusque), mais à Apollon. Le laurier (laurus nobilis) est en effet la plante liée à ce dieu, outre qu’elle parfume agréablement le ragoût de sanglier chez les Gaulois de Goscinny. Le triomphe rappelle donc aussi la course du soleil, Apollon traversant les cieux sur son char d’est en ouest tous les jours, et on peut rappeler à ce propos que les empereurs tardifs tendirent à s’attribuer le patronage et les surnoms du Soleil (ainsi d’ailleurs que le fils d’Antoine et de Cléopatre qui s’appelait en toute modestie Alexandre Hèlios).

Si nous regardons les documents d’époque hellénistique, on trouve (je l’ai aperçu sur Wiki) des mosaïques asiatiques et des miroirs prénestins avec le triomphe de Dionysos/Bacchus, tiré par quatre tigres. L’iconographie est donc tirée du répertoire gréco-asiatique et égyptien postérieur à la mort d’Alexandre (– 323).

3. Aspects étrusques et spécificités romaines : il est certain que ce type de pompe a été lié au dieu protecteur de la cité romaine dans ce contexte précis, et qu’on l’a justement spécialisé. Mais dans le domaine étrusque, d’où il est issu (le mot triumphus, et l’acclamation io triumpe qui accompagne le défilé, vient du grec θρίαμβος par l’intermédiaire de l’étrusque, qui n’avait pas de consonnes sonores, et le terme grec désignait les défilés consacrés à Dionysos). Chez les Étrusques, ou précisément chez les Latins de Préneste, on a la scène gravée sur la ciste de Berlin, qui est clairement funéraire : les ancêtres du mort l’accueillent, sur un char triomphal, à l’entrée des Enfers. On peut rapprocher les nombreuses scènes peintes sur les tombes hypogées de Tarquinia ou les reliefs moulés d’Acquarossa, Murlo, etc., qui montrent des processions où le défunt, monté sur un bige ou un quadrige, entre dans la vie éternelle accompagné de sa famille, de prêtres et de magistrats.

Bien sûr, ces cérémonies ne concernaient que les personnages importants, et en particulier les familles qui avaient le ius imaginum ou son équivalent étrusque : ce privilège consistait à suspendre dans le couloir d’accès à la domus les masques funéraires des ancêtres, qu’on ressortait pour les enterrements pour les faire porter par des acteurs ou des membres de la famille.

Une réminiscence très claire est la place de l’esclave (ou du fonctionnaire public) qui, lors de la procession, tenait la couronne de laurier, ou d’or en forme de laurier, au-dessus de la tête du triomphateur en lui répétant « souviens-toi que tu es mortel ». Il ne s’agit pas tant d’éviter qu’il se prenne pour un dieu (puisqu’il est dieu pour la journée), mais de rappeler la fonction funéraire de ces défilés chez les Étrusques.

4. Pompe et spectacle : le triomphe n’est qu’une πόμπη parmi bien d’autres, processions votives ou funéraires… voir simplement électorales, ainsi que les défilés des gladiateurs qui pouvaient avoir lieu la veille des combats (assez peu attestés). Toutes donnaient lieu à diverses festivités avec distribution de vivres, grains, vin, huile, voire argent (à ce sujet, voir ce que dit Suétone sur Néron). N’oublions pas que les Romains du peuple, logés à l’étroit dans les fameuses insulae, tout comme les puissants contraints à sortir de leur domus au lever du soleil pour aller sur le forum, vivaient dehors. Les triomphes ne sont donc que l’une des variétés de spectacles que les puissants, puis l’empereur, offraient à la populace.

 

Références littéraires : par exemple The Triumph of Caesar de Steven Saylor, mais aussi pratiquement toute la littérature depuis Quo vadis de Sienkiewicz, des peplums, les téléfilms de la série Rome diffusés voici peu sur Arte… et bien sûr la BD, où pour des raisons techniques les effets de foule sont limités.



[1] . Le nom ne devrait pas porter d’accent circonflexe : il vient du grec πάτηρ et n’a rien à voir avec le latin pastor, qui justifierait cet accent en français.

[2] . Toge de pourpre brodée d’or. On en voit un exemple étrusque dans la tombe François, avec vel saties : voir sur Wikipedia l’article anglais The François Tomb, plus à jour que les équivalents français et italien.

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 18:34

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Danila Comastri Montanari

 

Issue du milieu universitaire de Bologne (comme Umberto Eco), ma consœur, parfaitement avertie de tout ce qui concerne l’histoire romaine, met en scène la vie quotidienne et la vie mondaine de l’époque de Claude, vues par un personnage de rang sénatorial et de grande famille, Publius Aurelius Statius, secondé par son affranchi Castor, un fieffé coquin.

Fieffé est le mot, puisque Castor, esclave grec au départ, exige tellement de pourboires de son maître, extorque tant de faveurs et de numéraire aux commanditaires des enquêtes, qu’il passe pour être plus riche que Publius… qui possède pourtant des domaines en Campanie, dont il ignore le nombre et la vie des esclaves.

Puisque, dans les années 40 de l’ère vulgaire, un philosophe stoïcien nommé Sénèque commence à faire allusion à la vie pénible des esclaves et à l’égalité entre les hommes, Aurelius Statius compose un personnage quelque peu « social », intermédiaire entre les couches de la société qui étaient, en fait, très solidement séparées. Ainsi, son Castor peut se faire l’intermédiaire entre les classes, se déguiser de toutes sortes de façons, jouer des rôles de marchand, d’ambassadeur aussi bien que de noble ; tandis que les comparses indispensables, le glouton Servilius, peu soucieux de sa ligne mais toujours prêt à déguster les meilleures huîtres, la frivole Pomponia son épouse, friande de ragots et soucieuse d’être toujours coiffée comme l’impératrice, tournent autour de la cour impériale.

Par ailleurs Aurelius, dans sa jeunesse, a connu un érudit boiteux, rejeté par la famille impériale : Claude, devenu empereur par un hasard malencontreux après l’assassinat de Caligula, qui était un érudit, un historien, le seul à connaître encore la langue étrusque… et la première enquête du jeune Aurelius, qui sert de prologue aux quatorze romans, repose justement sur le déchiffrement d’une inscription étrusque que tout le monde comprend de travers, la lisant en latin et dans le mauvais sens ; le jeune prodige, grâce à son vieux maître, comprend qu’il faut lire non pas NASEO, mais Θesan, la déesse de l’aurore. D’autres exploits intellectuels suivront, faisant du héros une variante antique d’Hercule Poirot ; et d’ailleurs chaque roman est précédé d’une liste des personnages, les intrigues se déroulent souvent dans des milieux aisés et clos, ce qui rappelle Agatha Christie… sauf que le héros se met en danger, par exemple en saluant par son nom une mystérieuse danseuse masquée qui vient le soir faire un strip-tease dans un bordel de luxe, avant de consommer nombre d’amants occasionnels.

Cette danseuse, c’est Valeria Messalina, la propre épouse de l’empereur… dont les faits d’armes (d’armes rouges) sont commémorés par Juvénal : et lassata viris sed non satiata recessit…

Bien sûr, on côtoie le jeune Néron, imberbe mais prometteur, Pétrone et Lucain, le fabuliste Phèdre, et Sénèque passe déjà pour un raseur hypocrite, ce que confirment les étudiants de lettres classiques. Tout cela est assez drôle, les intrigues fort bien menées, et donc, à la manière des grands auteurs de polars anglais, le coupable n’est dévoilé qu’à la dernière minute. La rencontre du Palatin et de Subure, l’interpénétration de la société mondaine, des quartiers interlopes et de la foule des esclaves – autant de meurtriers potentiels dans l’intimité des maîtres – fort bien rendue. Un glossaire complète utilement chaque volume (sans vouloir faire de publicité, c’est la collection Grands Détectives de Zylberstein, chez 1018, environ 7 € le volume), et bien que j’aie détecté quelques erreurs minimes, les romans de Danila, comme ceux de Maddox Roberts et de Steven Saylor, sont aussi un très efficace outil pédagogique. Ajoutons que si vous prolongez votre parcours universitaire vers l’enseignement, tous ces romans (et le Neropolis de Monteilhet, et bien sûr les aventures d’Astérix et même, avec précaution, d’Alix et de Murena), ainsi que les excellentes BD de mon ami Luccisano, sont des outils pédagogiques efficaces. C’est d’ailleurs ce dont j’essaie aussi de convaincre mes étudiants de master et CAPES.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 19:07

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Steven Saylor, John Maddox Roberts et Danila Comastri Montanari.

 

Ces ttois auteurs, ainsi qu’Anne de Léseleuc étudiée sur un autre fichier, étaient publiés par 10/18 dans l’excellente collection « Grands détectives ». Malheureusement, pour des raisons purement commerciales, l’éditeur a interrompu les publications et n’a pas réimprimé depuis 2007 ou 2008, de sorte que les ouvrages sont difficiles à trouver.

Steven Saylor, né en 1956, a écrit depuis 1991 la série « ‘les mystères de Rome », treize volumes dont quatre non traduits, deux ouvrages historiques non traduits, Roma et Empire, après des romans sur l’histoire du Texas.

Le personnage central est un nommé Gordianus, citoyen romain qui exerce la « profession » de détective privé ; ce n’est pas un anachronisme, car en l’absence de police les enquêtes étaient menées par des sénateurs, magistrats ou divers intrigants. Gordianus a épousé Bethesda, une esclave achetée en Égypte, adopté Eco, un esclave qui servait d’épouvantail sur une exploitation agricole du Mezzogiorno, pour Meto, un enfant muet, et son esclave garde du corps Davus a épousé sa fille Gordiana, dite Diana.

Tous ces personnages ont des personnalités marquées et éloignées de tout conformisme. Ce qui amène des situations tantôt dramatiques, tantôt comiques, dans une tradition qui remonte au picaresque espagnol et français du xviie siècle, des romans-feuilletons du xixe (d’ailleurs l’allusion aux Mystères de Paris d’Eugène Sue, aux Mystères de Marseille, à Paul Féval, Michel Zevaco, dont les romans paraissaient sous forme d’épisodes hebdomadaires qui assuraient la fidélité d’un public populaire.

Le thriller américain, dont les techniques s’enseignent à l’université, descend d’ailleurs d’Alexandre Dumas…

John Maddox Roberts, né en 1947, a débuté dans l’heroic fantasy, notamment en poursuivant avec d’autres la série Conan le barbare cimmérien (les huit romans de sa plume semblent être les meilleurs de la série), et ajoutant plusieurs séries du même genre, qui n’ont aucune prétention historique. Puis il a entamé la série SPQR en 1990 ; cinq volumes seulement sont disponibles en français, sur treize.

Son personnage est un membre de l’immense famille des Caecilii Metelli, qui mène une carrière obscure en commençant par le bas de l’échelle de la fonction publique élective ; il finira sénateur. Contrairement à Saylor dont le narrateur raconte au jour le jour, Decius Caecilius est censé raconter ses aventures dans sa vieillesse, sous le règne d’Auguste « notre Premier citoyen », alors que la paix est revenue avec la monarchie et qu’on peut porter un jugement aigu sur les troubles de la fin de la république et leurs acteurs.

Decius fait aussi volontiers le coup de poing et se fourvoie dans des aventures dangereuses, sans être soutenu par son père, type de « vieux romain » totalement dépourvu d’humour. Ce qui ne l’empêche pas de sauver l’État de plusieurs conspirations.

Les deux auteurs parlent des mêmes personnages et à peu près des mêmes événements : Catilina, Cicéron, Hortensius et la conspiration de 63 ; Catulle et son amour pour Clodia ; Clodia et ses relations ambiguës avec son frère Clodius ; Clodius agent de César à Rome pendant la guerre des Gaules ; Milon et la mort violente de Clodius ; Pompée, Crassus et bien entendu César. Chez Saylor, on a carrément détourné et paraphrasé de longs extraits de textes latins, un poème de Catulle, un discours de Cicéron, et il est intéressant de voir avec quelle astuce et quel naturel ces textes authentiques sont mis en scène.

Saylor peint un personnage plutôt révolutionnaire, dont le fils Meto sera le secrétaire (et plus) de César, tandis que celui de Maddox Roberts se déclare conservateur et républicain. Les points de vue sont différents, mais Clodia fascine toujours par sa beauté et son immoralité, Lucullus par son luxe, Cicéron par son habileté politique et rhétorique, César par ses talents multiples mis au service d’une seule cause, lui-même. On est très loin des statues honorifiques et des portraits guindés dressés par les éloges funèbres et les historiens antiques, quand les personnages n’ont pas soigné leur portrait eux-mêmes comme César et Cicéron.

Si l’on avait remplacé les manuels du secondaire par ces romans, il y aurait sans aucun doute beaucoup d’étudiants en lettres classiques ! Un gros problème est toutefois que, les auteurs et les traducteurs ne connaissant pas le latin, on trouve à répétition des formules fautives comme « Clodia pulcher », « un contio », « une munera », etc. En revanche, il n’y a pas de grosse erreur historique, simplement des extrapolations vraisemblables (aucun rapport avec le pénible Quo vadis ? de Sienkiewicz).

Danila Comastri Montanari, née en 1948 à Bologne, est si je ne me trompe  de la famille d’une collègue archéologue qui enseigne à Bologne où je l’ai  rencontrée voici quelques années. Elle aussi a commis treize titres dont sept traduits en français, Wikipédia ne mentionne pas les autres. Son héros est un sénateur qui fréquente plus ses domaines ruraux que le Forum, mais qui est néanmoins rejoint par les soubresauts de l’histoire et de la folie des premiers successeurs d’Auguste. Je vous en parlerai une autre fois plus en détail, car il faut du temps pour relire ces volumes qui pèsent tous dans les 300 pages.

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