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L'hebdomadaire Le Point n° 1974 daté du 15 juillet 2010 publie un dossier d'une petite vingtaine de pages sur César, sur le thème "ce que la Gaule lui doit". Ls signatures universitaires, Jean-Louis Brunaux et Christian Goudineau, reflètent évidemment le dogme libéral selon lequel les Romains, dès 150-125, ont civilisé la Gaule en imposant des sénats oligarchiques au lieu de monarchies, en imposant des traités d'alliance aux Éduens ou aux Séquanes, mais aussi aux Arvernes, et que si la Gaule n'avait été romaine, elle aurait été germanique.

Brunaux reconnaît toutefois que l'intervention de César n'était pas désintéressée : c'était un territoire riche, traversé de grands itinéraires fluviaux et terrestres, depuis longtemps lié à l'Italie par un import-export dont témoignent tant l'épisode Genabum en 52 que les dizaines de milliers d'amphores de Chalon-sur-Saône ou du Mont Beuvray. Il y avait des élites non pas bilingues, mais trilingues, et assez ouvertes sur le reste de l'Europe pour éditer des monnaies à l'étalon grec (le drachme inspiré d'Alexandre, les monnaies de Vercingétorix ne le représentant pas en Apollon comme l'affirme Brunaux, mais en Alexandre – lui-même ayant pris un profil apollinien) puis à l'étalon romain (le sesterce, de poids légèrement inférieur).

La Gaule Chevelue était, pour Rome, un tampon entre Italie et Germanie ; les incursions des Cimbres et des Teutons jusqu'à la future Aix-en-Provence (fondée après Marius, en 104) et Vercelli sur le Pô montrent qu'elle est perméable ; qu'Arioviste s'impose dans le nord du pays séquane en 59-58 renforçait l'idée que le péril germanique était urgent, surtout quand les Germains contraignirent les Helvètes à envisager de traverser toute la Gaule pour aller s'installer sur l'Atlantique, en Saintonge. Ne refaisons pas l'histoire avec des irréels du passé, la Gaule aurait sans doute pu résister aux Germains sans le "secours" des Romains, qui, entre 58 et 52, entre les massacres systématiques et la réduction en esclavage de milliers de guerriers, lui firent perdre deux millions d'hommes en cinq ans, sans réussir à empêcher qu'il n'en restât assez pour mettre en fuite onze légions avant Alésia. Mais peut-être aussi l'idée d'une unité nationale n'aurait-elle pas pu se faire jour contre les Germains alors qu'elle se concrétisa, en partie, contre les Romains.

Toutes ces généralités sont à replacer dans un contexte épistémologique difficile : toutes nos sources littéraires dérivent de César ! Ce que rappelle Jean Malye. Goudineau rappelle de son côté que Vercingétorix, personnage historique puisqu'il existe des monnaies authentiques portant son nom, est aussi un personnage mythique fabriqué par le romantisme. Romain Brèthes replace Astérix dans l'époque de sa création, où la Résistance et la collaboration étaient encore des souvenirs frais pour beaucoup de Français, et rappelle qu'Alix, un "collabo" typique, sévissait depuis onze ans dans une BD conventionnelle et agenouilliste.

Derniers éléments du dossier, une brève histoire de la vigne en Gaule, et le "musée de César" autour du buste récemment découvert à Arles.

Je ne sais pas si ce dossier culturel a été mis en ligne sur le site internet de l'hebdo, mais si c'est le cas il n'y restera pas longtemps. D'où l'intérêt, d'ici jeudi prochain, de se procurer ce numéro (mais je le garde sous le coude pour le commenter si nécessaire en L2/4LCO2AC en février 2011).

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