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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 14:22
Ouvrage d'Alain Le Ninèze, agrégé des lettres, qui enseigne apparemment en lycée à Paris. Publié par Actes Sud en 2008, 250 pages, 20 €.
Il s'agit plus de littérature érudite que populaire. L'auteur se présente comme le simple traducteur d'un manuscrit laissé par Lucius Albinus Piso Balbus, procurateur de Judée, déposé sur ordre de Néron et mort en 69 avec son épouse juive. Il y a en fait deux récits mêlés, celui de Lucius avant et après son remplacement, qui le mène à retrouver trente ans après le disciple inconnu qui aurait constaté que Jésus avait disparu de son tombeau ; et celui de son oncle adoptif Publius, frère du responsable de la conjuration de Pison, converti au christianisme et désireux lui aussi d'assassiner le tyran. Après la condamnation des conjurés, Publius, mené par l'architecte de la Domus Aurea, également licencié par Néron et plus ou moins converti, conçoit un projet d'assassinat par les souterrains de la Domus, mais le complot ne se conclut pas parce que Néron part pour sa grande tournée en Grèce avant l'achèvement de son palais. De même en Judée, après la grande révolte de 67, on attend l'arrivée de Vespasien.
Ce n'est donc pas l'intrigue romanesque qui retient l'attention, mais plutôt le cheminement intellectuel qui mène L. Albinus à affronter le fameux carré magique (SATOR/AREPO/TENET/OPERA/ROTAS, connu en quinze exemplaires, les plus anciens étant gravés sur pierre à Pompéi et Doura-Europos. En passant par la guématrie judaïque et la conception christique du dieu semeur/sauveur/créateur, l'auteur fait avancer une hypothèse d'interprétation qui, autant que je sache, est originale. Je vous en laisse la surprise, mais sachez que dans l'ensemble nous retrouvons l'apologie du christianisme, fort heureusement renouvelée depuis Sienkiewicz. La guématrie aide aussi l'oncle resté à Rome à interpréter le nombre 666 gravé dans l'hypocauste de la Domus Aurea ; la bête immonde, c'est évidemment Néron, mais la révélation n'est pas une surprise pour le lecteur moderne abreuvé de thrillers inspirés de l'Apocalypse dite de Jean.
Pour mémoire, puisque je ne sais pas si j'aurai le temps et le courage de relire Quo Vadis ? pour en écrire quelques mots sur le blog, Sienkiewicz était un militant catholique polonais, très papiste et pas remarquable pour sa tolérance, qui a pondu de très nombreux ouvrages à part celui qui lui valut la célébrité et, je crois, le Nobel de littérature en 1899 ou 1900. Une impossible histoire d'amour à l'ombre du cruel Néron, entre une belle chrétienne et un centurion en cours de conversion. Hubert Montheillet a repris l'imaginaire de l'époque avec de l'humour dans son Néropolis, avec conversion et résurrection aussi, mais en distancié.
Pour en revenir à Le Ninèze, ses références historiques sont solides, Flavius Josèphe (Youssef ben Matthayas de son nom hébreu), Tacite, I Macchabées et Suétone… mais la seule référence que j'aie vérifiée dans Suétone est fausse (c'est le ch. 20 et non le 55, et Suétone ne dit pas que Néron aurait passé dix-huit mois en Achaïe). Les scènes de massacres, la résistance juive à l'oppresseur, la prolifération de prophètes et de zélotes, tout cela est plutôt bien vu, mais j'ai quelques doutes quand il n'y a pour ainsi dire pas un rabbi dans toute Jérusalem.
Pour un résumé au niveau L2/L4, je suggère de tester l'efficacité littéraire en compararnt, par exemple, La dernière prophétie de Saylor (qui utilise, en couverture, le même détail de la Lecture d'Homère d'Alma-Tadema (1885), mais en miroir…
Pour un exposé de M2, le thème du martyre dans la littérature depuis Châteaubriand ferait un sujet assez trapu, mais intéressant.

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Published by - dans LC02
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commentaires

Zorg 22/08/2015 19:10

L'erreur d'Alain Le Ninèze dans TATOR est de ne donner aucun document sur la chronique de Lucius ALbinus retrouvée dans une réserve de la bibliothèque vaticane....aussi dès les trois premières lignes de ce roman "historique" le doute s'installe et le roman est une compilation certes assez documentés mais insuffisant pour que l'on puisse y croire les rappels historiques montrent sur un ton monocorde que finalement la chronique d'Albinus n'existe pas....j'avais dû mal lire il ne s'agit que d'un roman ...