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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 20:32

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Ce n’est pas pour me vanter, je suis allé à Gergovie.

À l’occasion d’un congrès à Clermont, où pour une fois j’étais descendu en automobile plutôt que par le train.

Trente ans après ma dernière visite, le site a bien changé : dans les années 80 il fallait gravir une pente très rude, maintenant on a une route goudronnée jusqu’à la bergerie du bord oriental du plateau, à côté du monument absurde couronné d’un casque gaulois, devenue restaurant plutôt chic.

 

 

 

Ce qui m’a surpris, c’est la difficulté à trouver des panneaux indicateurs : tandis qu’à Alise sainte-Reine, dès qu’on sort de l’A6 à Semur, on est guidé vers le site dit d’Alésia et son fromage de Langres en guise de Disneyland local, pour trouver Gergovie, anciennement Merdogne (c’est Napoléon III qui a voulu renommer cette ferme, devenue un village où l’on produit d’ailleurs un vin gaulois triomphateur), il faut tourner à Romagnat, Cheix, Chanonat, etc. Cela donne l’occasion (malgré la neige, la pluie et les nuages bas) d’évaluer le paysage.

Bien que j’eusse naguère prêté l’oreille aux tenants d’un autre site (les Côtes de Clermont, Chanturgue, Châteaugay), et même si les remparts du plateau de Gergovie sont difficiles à repérer, ce site-là, qui domine la plaine de 300 m, s’impose comme une évidence.

On ne se demande pas pourquoi César l’a jugé imprenable, cette vérité s’impose ; en revanche, s’il a jugé qu’il pouvait être enserré dans une circonvallation, celle-ci était possible sans trop distendre les lignes : les collines environnantes ne sont pas très hautes, sauf au SE. Mais l’on se demande vraiment pourquoi, arrivant devant le Mont Auxois avec ses faibles dénivelées mais l’obligation d’établir la circonvallation à bonne distance, il n’a pas décidé de le prendre d’assaut par la pente douce du côté est. Surtout qu’à Gergovie il ne disposait que de six légions, contre dix à Alésia.

 

Une explication plausible serait qu’à Alésia il pensait destruction totale des Gaulois ; le schéma reste valide pour le site de Salins, il est impensable à Chaux des Crotenay puisque les pentes raides de la Saine et de la Lemme l’auraient obligé à distendre ses lignes à plusieurs centaines de mètres, sur les plateaux.

Le plateau de Gergovie est assez vaste (125 hectares environ) pour accueillir l’armée réunie par Vercingétorix, et s’il y a siège, les échappatoires vers le SW peuvent difficilement être bloquées avec six légions. Clairement, César ne pouvait guère essayer de bloquer que le côté Limagne, pas tellement essayer de forcer les accès par des attaques conjointes d’infanterie et de cavalerie, donc on ne voit pas vraiment (d’après son récit, dans lequel il a usé de tous les artifices rhétoriques pour masquer un échec patent) ce qu’il voulait faire. Impressionner l’adversaire qu’il imaginait faible ? Ce qui prouverait qu’il n’était pas si bon stratège ni bon tacticien qu’on le décrit volontiers en suivant les deux Napoléon.

Mais je ne veux pas argumenter après une trop courte journée de visite, contrairement à beaucoup qui ont tout vu du premier coup. L’idéal serait de survoler le site en ULM ou en ballon[1].

En revanche, en roulant lentement depuis mon secteur (Clamecy) et en évitant les autoroutes, j’ai mesuré la distance finalement faible qui sépare Decize de Moulins et des abords des Puys par Saint Pourçain, Gannat, Aigueperse. Je suppose, d’après la durée indiquée de cinq jours, que César avait laissé quatre ou cinq légions du côté de Nevers, puisqu’il n’avait pas besoin de toute son armée pour l’entrevue de Decize. D’autre part le corps de quatre ou cinq légions qu’on peut supposer basé quelque temps entre les Amognes et le Bec d’Allier, chez les Boïens, pouvait rejoindre du côté de Moulins.

Pour la remontée vers un point de rencontre avec Labiénus, la traversée de l’Allier paraît plus simple par Moulins que par Vichy ou Varennes-sur-Allier, si l’on tient compte de ce qu’un secteur boisé ou marécageux retarde considérablement les légions. Sur les indications d’auteurs nivernais, j’ai inspecté deux itinéraires possibles, l’un par Saint Saulge, l’autre par Fours. La distance, 230 km de Clamecy à Clermont, autorise un trajet en dix jours ou un peu plus (il ne faut pas rêver : une cohorte sans impedimenta peut faire trente kilomètres par jour, mais pas dix jours de suite, et dès qu’il y a plusieurs légions, les derniers fantassins partent plusieurs heures après les premiers qui ouvrent la voie). 

Accessoirement, les itinéraires modernes que j’ai suivis sont marqués par des voies romaines qui ont dû remplacer des routes gauloises, avec de part et d’autre des chaussées des espaces déboisés et nivelés sur plusieurs centaines de mètres en largeur.

Ces observations de terrain devraient permettre d’intégrer des découvertes que je publierai bientôt : un coin monétaire de la huitième légion, celle de Marc Antoine (Histius ne mentionne le questeur et légat qu’au livre VIII, où il séjourne en Picardie, mais cela n’indique rien sur un éventuel séjour en Nivernais en 52 ; et l’on n’abandonne pas un coin monétaire dans un secteur où l’on n’a fait que passer). D’autre part des deniers d’argent éduens quasi neufs, aux limites du territoire boïen, qui démontreraient qu’en 52 les Éduens ont envoyé des fonds aux Boïens… pour soutenir César ou Vercingétorix ?

Mais même si les forces vives des peuplades du Nivernais avaient été recrutées dans l’armée de Vercingétorix, il fallait être sûr de ne pas être attaqué en remontant entre Loire et Seine, possiblement par Corbigny et Clamecy, moins vraisemblablement par Entrains et Toucy. Les polygraphes locaux ont excipé d’un lieu-dit Montagne des Alouettes pour raconter que César y avait logé sa légion Alaudae, ce que j’attribuerai au simple esprit de clocher.

J’annonce d’ores et déjà la venue au monde d’un ouvrage en souscription qui s’intitule, provisoirement, César et les collines du Nivernais. Il comporte le signalement de plusieurs sites fouillés et/ou prospectés, beaucoup de photos, mais je ne pourrai lancer la souscription qu’en fonction des demandes et des devis des imprimeurs. La rubrique des réponses sur le blog peut faire avancer la réalisation.



[1]. De plus je n’ai pas trouvé à la fameuse librairie des Volcans la carte au 1/25.000e indispensable.

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