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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 20:27

Version:1.0 StartHTML:0000000196 EndHTML:0000012400 StartFragment:0000002445 EndFragment:0000012364 SourceURL:file://localhost/Users/richard/Desktop/Le%20disparu%20d%E2%80%99Al%C3%A9sia.doc

Le disparu d’Alésia

de Joël Mangin. Alan Sutton, 85 pages, 11 €.

 

Je doute beaucoup que cet opuscule soit de nature à faire progresser la cause de Chaux-des-Crotenay, mais au moins il est divertissant. Non tant par une intrigue à la fois légère et bancale (le dernier chapitre contredisant le premier), tout autant qu’invraisemblable, mais grâce à quelques scènes rondement menées avec une ironie parfois dévastatrice, et à des jeux de mots qu’on pourrait trouver vaseux, mais qui demandent à être compris au second degré : par exemple ce M. Apollinaire de Saint-Sidoine, celui qui se prend pour le barde Ossian, dont le nom fait allusion à l’écrivain Sidoine Apollinaire (lequel n’a jamais parlé d’Alésia, sauf erreur), ce chercheur de l’INRAP nommé Chaudron et originaire de Gundestrup (qui n’est pas en Alsace mais au Danemark), ou ce conseiller intime d’un président de la République française (par l’actuel, le périmé, dont les colères sont connues), qui profère que « s’il n’y a qu’une seule pièce arverne, ça va, mais si elles sont nombreuses, cela va poser des problèmes ! », et dont on apprend deux pages plus loin, pour qui n’aurait pas reconnu, qu’il s’appelle Boutefeux. L’idée d’installer à Champagnole un « lycée climatique Claude Allègre » fera bien rire aussi ceux qui se rappellent le dogmatisme impérieux avec lequel celui-ci assénait des âneries ; quand à un hypermarché Mammouth rue Luc Ferry, rappelons que c’est son prédécesseur, Claude Allègre justement, qui avait prétendu « dégraisser le mammouth » de l’Éducation nationale. L’auteur étant lui-même prof d’histoire, et se représentant en prof curieux et sympathique, on partagera volontiers ces petites vengeances contre ses ministres ; encore en a-t-il oublié un qui fut encore plus nuisible.

Que le directeur général de l’archéologie (poste qui n’existe pas) s’appelle Pierre Caillou, passons. Quant au président du Conseil Général de Côte d’Or, « qui affichait une stature de bœuf charolais gonflé aux hormones », affublé du nom balzacien de M. de Sauvagnac, il ne ressemble guère à François Sauvadet que j’ai l’honneur de bien connaître ; mais l’idée de forcer cet élu à financer des fouilles en Franche-Comté pour « rembourser » en quelque sorte le préjudice causé par l’officialisation d’Alise en y investissant une somme équivalente à celle du Disneyland Alésia. Je suis totalement en accord avec cette idée, n’était qu’elle est impossible à réaliser pour des raisons administratives, et que si par utopie il y avait moyen d’obtenir ce dédommagement, il serait bon d’organiser des fouilles à Salins, sous le Mont Poupet, sur la terrasse du Fort Belin, à la Grange Salgret, à Ivory… parce que le site de Salins, lui, n’a jamais eu la moindre autorisation de fouilles, que les découvertes fortuites anciennes ont été dissimulées, alors que Chaux-des-Crotenay, depuis l’époque de Malraux, a quand même bénéficié de crédits qui ne doivent pas être négligeables.

L’auteur rappelle plus d’une fois que le site d’Alise a été fabriqué pour complaire à Napoléon III ; pour un prof d’histoire, il aurait dû enquêter plus loin : la supercherie remonte à Louis XIII, dont le géographe officiel, Bourguignon d’Anville, semble avoir été prié de déplacer Alésia de quelques millimètres vers la gauche… pour arriver dans le Duché de Bourgogne, sujet du Roy de France, alors que de l’autre côté de la Saône on était dans le Comté libre, ou Franche Comté de Bourgogne, autre territoire burgonde mais qui avait échappé jusque-là au pouvoir valoisien en bourbonnais. Comtois rends-toi, nenni ma foi ! Mes ancêtres (oui, j’ai des ancêtres comtois, à deux générations seulement) sont têtus, et même devenu bourguignon, il me reste un peu de leur esprit indépendant.

Mais oublions un peu les passages pamphlétaires qui ont valu à l’auteur d’être récompensé du prix du pamphlet dans la cité de Claude Tillier, qui se trouve être aussi la mienne. L’intrigue, légère comme on l’a dit, sert surtout à présenter de longues tirades dogmatiques sur la véritable Alésia, dont l’auteur ne doute nullement malgré les invraisemblances. C’est un aimable gendarme (oxymore ?), d’ailleurs prénommé Aimé, qui encaisse les démonstrations du père du gamin « enlevé », du prof d’histoire, de Flora-la-Savante, chez qui j’ai reconnu sans peine l’éloquence vivace de ma bonne collègue de la Sorbonne, etc. Les arguments, on les connaît, mais dans cette version c’est encore pis que ce que j’en savais : le site d’Alise, on le sait, a été promu avec un déploiement de forces militaires, puis d’amateurs locaux (la société de Semur-en-Auxois), évincés par des universitaires qui se sont tournés vers la ville romaine, moins risquée, enfin par des archéologues professionnels qui sont, eux, redescendus dans la plaine… avec des résultats que je commenterai bientôt. Les armes et monnaies, j’en ai parlé dans ma dernière chronique, sont suspects d’avoir été apportés pour faire plaisir à l’Empereur quand il descendait du train et maniait la truelle, mais ce qui est dit ici est qu’une quantité de mobilier d’époques diverses, réuni un peu partout grâce à la charrue à soc profond inventée par Mathieu de Dombasle à l’époque de Napoléon Ier, aurait été stocké et « planqué » dans les sous-sols du château de Saint Germain-en-Laye, où il serait toujours invisible au prétexte de restauration, depuis un siècle et demi.

Depuis que le conservateur du M.A.N. m’a révélé, sous le sceau du secret, qu’il y avait plus que des soupçons sur les sesterces de Vercingétorix (ce que tout le monde sait maintenant), je pense que tout est possible et que ce n’est guère qu’une question de quantité, de proportions. Car enfin l’on ne peut guère douter des découvertes des deux dernières décennies, garanties par le contrôle d’archéologues professionnels et en principe honnêtes, avec enregistrement de chaque structure et objet sur le chantier même. Le problème reste double : le registre des « découvertes » de Stoffel n’est pas identique, tant s’en faut, aux découvertes récentes, surtout sur le plan monétaire ; et les artefacts de fer ne sont jamais datables avec précision.

L’argument impressionnant, c’est qu’Edgar Faure, Président de l’ Assemblée Nationale pendant des années et qui avait participé au procès de Nüremberg, franc-comtois lui-même (de Port-Lesney, près d’Arbois, comme chacun sait, et voisin de Jean-Jacques Hatt, archéologue notoire), aurait confié à son garde forestier que Carcopino, le ministre de l’Instruction publique de Pétain, aurait échangé son silence sur les trafics de mobilier couverts par l’Université et le M.A.N. de Napoléon III contre l’oubli de ses activités au service de Pétain. Le soupçon paraît difficile, mais quand on se rappelle que Jérôme Carcopino est à la fois l’auteur de la loi du 21 septembre 1942, validée à la Libération et toujours en vigueur, sur la propriété des découvertes archéologiques, et de la thèse-canular des Séquanes de l’Ouest. Excellent latiniste, il savait bien ce que César, Plutarque et Dion Cassius avaient dit : Alésia est chez les Séquanes.

Pour le reste, ces druides qui se réunissent près de Chaux pour implorer les dieux de ramener le gamin enlevé, qui a lui-même organisé son pseudo enlèvement, et que celui-ci, Félix Faure (on explique pourquoi ce nom gênant, non sans un clin d’œil au regretté Edgar Faure, qui était tellement gaulois qu’à chaque fois qu’il se déplaçait, il exigeait que la chambre d’hôtel lui fût livrée « meublée »), se prenne pour la réincarnation de Vercingétorix… cela est un peu léger, et pour tout dire soulève la question du fanatisme religieux : vouloir que le plateau de Chaux soit la métropole religieuse de toute la Celtique, et que les dieux celtiques y règnent encore entre quelques bouleaux en quinconce et un grand chêne, tout cela rappelle le fâcheux et fumeux fanatisme ésotérique qui se répand, avec diverses variantes scandinaves et aryennes, sur des sites internet peu recommandables.

 

 

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commentaires

Yannick Jaouen 04/08/2014 14:48


En fait, l'acquisition elle même ne coûte pas grand chose: le plus cher, c'est le traitement et l'analyse... et c'est bien pour cela que ça prend beaucoup de temps dans le cas de Chaux des
Crotenay car si certains coûts incompréssibles ont pu être financés sur les fonds propres de l'association AAB Cedaj avec une souscription ouverte à tous les sympatisants pour complèer, seules
deux étapes ont pu être financées: l'acquisition des images et la constitution de ce qu'on appelle le Modèle Numérique de Terrain... soit une reconstitution numérique tridimensionnelle de la
zone... et encore, en fichier brut. Je ne crois pas que la totalité du site aie d'ailleurs été exploré mais seulement certaines zones considérées comme pertinentes. Il restait encore à expurger
tout ce qui ce qui est moderne (routes, constructions, réseaux électriques...). Avant de procéder à l'analyse proprement dite qui consiste à simuler un éclairage rasant depuis plusieurs
orientations sur la zone étudiée, afin d'en faire ressortir les reliefs invisibles depuis le sol. Ce travail laborieux qui nécessite de nombreux contrôles in situ, a été réalisé via Alain Chambon
à L'Ecole d'Architecture de Lyon dans le cadre d'un convention avec l'asso, par des élèves volontaires et bénévoles. Voila comment on a réduit les coûts... et voilà pourquoi la publication des
résultats tarde autant. 


Chaux ne dispose pas franchement de très gros moyens.

Yannick Jaouen 31/01/2014 17:23


Bonjour Professeur Adam. Pour mémoire, les subventions dont a pu bénéficier André Berthier "du temps de Malraux" furent de 2000 FF, par le conseil général du Jura les deux premières années et
2000 FF encore, la troisième année, octroyés par la Société des Pétroles d'Algérie... puis, plus rien. J'avoue ne pas être en mesure de savoir si c'était alors pharaonique ou négligeable.


Cordialement,

R. A. 31/07/2014 19:30



Mon cher ami, j'ai beaucoup volé, le plus souvent sur le siège de droite parce que je ne voulais pas risquer de piloter et de photographier à la fois, comme Goguey. Qui est allé aux vaches plus
d'une fois, d'ailleurs. À l'époque, c'était 10F/minute. J'ai surpris hier sur arte un reportage sur l'utilisation du lidar à Angkor-Vat : deux hommes à bord, un au sol, trente heures pour
cartographier le site qui est, il est vrai, un peu plus vaste que Chaux-des-Crotenay. + le traitement informatique qui se compte en milliards de points, donc en To plutôt qu'en Go. À vue de nez,
chaque mission coûte 10.000 €. Qui finance Chaux des C. ? La banque du Vatican ?