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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 20:18
Pocket n° 4195, 260 pages. L'un des nombreux romans lancés autour de la personne de Jésus. Simon, qui se prétend la puissance de Dieu, et sa compagne Hélène, ou Sélène (de Troie… car tous deux ont vécu quelques vies antérieures), se promènent en Samarie et Galilée avec une troupe de cuisiniers, gardes, bateleurs, et le fidèle Pistis (jeu de mots : ce sera de fait le dernier fidèle) sous le règne de Tibère. Hypnotiseur, prestidigitateur, truqueur (le bossu qui se redresse, c'est son miracle à lui : il suffit d'affubler un comparse d'un sac de sel et de le plonger dans le lac de Tibériade ; Simon, dit Pierre, et Jésus lui-même ne sont pas dupes), épicurien, il jouit d'une fortune intéressante grâce à la crédulité des foules, mais c'et surtout la gloire qui l'intéresse. Or, un nommé Jeshubar, un petit malingre à la parole étrange, commence à drainer ses admirateurs. Simon s'inquiète et cherche à rencontrer cet autre charlatan. Une négociation avec Pierre échoue, mais il apprend au moins que le vin aux noces de Cana, la multiplication des poissons et des pains, même la résurrection de Lazare, sont des supercheries… voulues non par Jeshubar, mais par ses amis. Il finira par rencontrer Jésus dans sa prison à Jérusalem après l'étrange procès et la libération de Bar Abbas (le fils du père, en hébreu, mais Carrière ne le dit pas).

Carrière (La controverse de Valladolid, Le Mahabharata) enquête sur la psychologie des religions. La trame romanesque est donc secondaire, même si elle mène à une apothéose ratée (je vous en laisse la surprise). Le personnage de Simon n'est mentionné qu'une fois, en passant, dans les Actes des apôtres, et Carrière l'a construit à partir du texte attribué à Luc : personnage certes complexe et qui pose ses questions à lui, qui sont les nôtres, dans une perspective grandement inspirée de la philosophie cynique plus qu'épicurienne ; mais aussi description vive et pertinente de l'atmosphère spirituelle de la Palestine d'Hérode Antipas, parcourue de mages et de prophètes qui prédisaient la fin du monde  – entendre la fin d'Israël, qui viendra en 70, mais qui avait été anticipée quand Pompée avait détruit le Temple en –63.
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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 14:51
Roman de Jesse Browner, bien traduit par Annie Hamel, Phébus éd., janvier 1009. 214 pages, 20 €.

L'auteur n'est pas le premier venu : il a traduit Éluard, Céline et Rilke. Son incursion dans le latin de Pétrone et de Martial (excellentes traductions d'épigrammes, mais qui n'ont pas dû passer par l'américain) est assez heureuse. Disons qu'il a bien saisi l'esprit de l'époque néronienne telle qu'il nous est transmis depuis le XIXe siècle ; je suis moins sûr qu'il ait tiré de Suétone tout ce qu'il aurait pu en déduire.
Néron est fou, on le sait, mais d'une folie cohérente : il a sa manière bien à lui de contraindre au suicide ceux qu'il ne veut pas voir à sa cour. Sienkiewicz racontait déjà comment Pétrone aurait fait durer son suicide en se faisant ouvrir les veines puis poser un garrot, le dénouant finalement dans sa baignoire : aucun document historique, mais Suétone raconte comment le suicide de Sénèque se prolongea toute une nuit parmi ses amis, parce que le poison n'agissait pas sur un corps sénescent.
À mesure des épisodes où Pétrone se vide de son sang et revient auprès de ses hôtes pour écouter les saillies de Martial, il se remémore aussi la conquête de la mystérieuse syrienne Melissa, la manière dont Néron l'a privilégiée par rapport à son épouse Octavie, la répudiation de celle-ci, la folie érotique du prince. En même temps, puisqu'il ne sera pas mort avant l'aurore et qu'il peut encore gagner son bateau personnel pour s'enfuir de Pompéi, Pétrone, arbitre des élégances, déguste la lenteur de son trépas sans vouloir le différer.
Si l'on se rappelle que Melissa, la butineuse, est aussi potentiellement meurtrière (l'abeille), la connotation symbolique et psychanalytique de l'ouvrage apparaîtra plus pertinente que ses prérequis historiques, qui comportent quelques perles (ex. p. 150, on avise Pétrone de l'élection se son successeur, lequel prend son poste comme consul ; or il s'agissait de procurateurs équestres nommés par le prince).
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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 14:22
Ouvrage d'Alain Le Ninèze, agrégé des lettres, qui enseigne apparemment en lycée à Paris. Publié par Actes Sud en 2008, 250 pages, 20 €.
Il s'agit plus de littérature érudite que populaire. L'auteur se présente comme le simple traducteur d'un manuscrit laissé par Lucius Albinus Piso Balbus, procurateur de Judée, déposé sur ordre de Néron et mort en 69 avec son épouse juive. Il y a en fait deux récits mêlés, celui de Lucius avant et après son remplacement, qui le mène à retrouver trente ans après le disciple inconnu qui aurait constaté que Jésus avait disparu de son tombeau ; et celui de son oncle adoptif Publius, frère du responsable de la conjuration de Pison, converti au christianisme et désireux lui aussi d'assassiner le tyran. Après la condamnation des conjurés, Publius, mené par l'architecte de la Domus Aurea, également licencié par Néron et plus ou moins converti, conçoit un projet d'assassinat par les souterrains de la Domus, mais le complot ne se conclut pas parce que Néron part pour sa grande tournée en Grèce avant l'achèvement de son palais. De même en Judée, après la grande révolte de 67, on attend l'arrivée de Vespasien.
Ce n'est donc pas l'intrigue romanesque qui retient l'attention, mais plutôt le cheminement intellectuel qui mène L. Albinus à affronter le fameux carré magique (SATOR/AREPO/TENET/OPERA/ROTAS, connu en quinze exemplaires, les plus anciens étant gravés sur pierre à Pompéi et Doura-Europos. En passant par la guématrie judaïque et la conception christique du dieu semeur/sauveur/créateur, l'auteur fait avancer une hypothèse d'interprétation qui, autant que je sache, est originale. Je vous en laisse la surprise, mais sachez que dans l'ensemble nous retrouvons l'apologie du christianisme, fort heureusement renouvelée depuis Sienkiewicz. La guématrie aide aussi l'oncle resté à Rome à interpréter le nombre 666 gravé dans l'hypocauste de la Domus Aurea ; la bête immonde, c'est évidemment Néron, mais la révélation n'est pas une surprise pour le lecteur moderne abreuvé de thrillers inspirés de l'Apocalypse dite de Jean.
Pour mémoire, puisque je ne sais pas si j'aurai le temps et le courage de relire Quo Vadis ? pour en écrire quelques mots sur le blog, Sienkiewicz était un militant catholique polonais, très papiste et pas remarquable pour sa tolérance, qui a pondu de très nombreux ouvrages à part celui qui lui valut la célébrité et, je crois, le Nobel de littérature en 1899 ou 1900. Une impossible histoire d'amour à l'ombre du cruel Néron, entre une belle chrétienne et un centurion en cours de conversion. Hubert Montheillet a repris l'imaginaire de l'époque avec de l'humour dans son Néropolis, avec conversion et résurrection aussi, mais en distancié.
Pour en revenir à Le Ninèze, ses références historiques sont solides, Flavius Josèphe (Youssef ben Matthayas de son nom hébreu), Tacite, I Macchabées et Suétone… mais la seule référence que j'aie vérifiée dans Suétone est fausse (c'est le ch. 20 et non le 55, et Suétone ne dit pas que Néron aurait passé dix-huit mois en Achaïe). Les scènes de massacres, la résistance juive à l'oppresseur, la prolifération de prophètes et de zélotes, tout cela est plutôt bien vu, mais j'ai quelques doutes quand il n'y a pour ainsi dire pas un rabbi dans toute Jérusalem.
Pour un résumé au niveau L2/L4, je suggère de tester l'efficacité littéraire en compararnt, par exemple, La dernière prophétie de Saylor (qui utilise, en couverture, le même détail de la Lecture d'Homère d'Alma-Tadema (1885), mais en miroir…
Pour un exposé de M2, le thème du martyre dans la littérature depuis Châteaubriand ferait un sujet assez trapu, mais intéressant.
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