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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 19:48

Un autre élément qui m'a conduit à oublier le blog pendant quelque temps, c'est qu'on m'a demandé de conférencer sur Vercingétorix. Et les auditeurs de l'Université du Temps libre de la Nièvre sont exigeants.

J'ai, en mai, relaté comment le personnage a été fabriqué à partir de 1830, au temps des écrivains romantiques, puis exploité politiquement par Napoléon III et les régimes qui ont suivi, jusqu'à Pétain et de Gaulle.

Mercredi 18 à Clamecy, je présenterai quelques questions qui restaient à traiter et que j'ai d'ores et déjà livrées à Radio Morvan (sur l'antenne le 14 ou le 15 à midi).

1. Est-ce un nom propre ? Probablement plutôt un titre de fonction, équivalent à "roi suprême" (ver- et -rix) des cavaliers (-cingeto- correspondant, c'est un scoop, au latin cinctorum, les guerriers à cuirasse, essentiellement cavaliers).

2. A-t-il commandé un escadron arverne au bénéfice de César, expérience dont il aurait tiré ses compétences tactiques ? C'est l'idée d'Anne de Léseleuc, et elle n'est pas impossible… juste dépourvue de preuve.

3. Était-il un chef génial ou un absolu crétin ? Comme on n'a pas d'autre source que César, le jugement est forcément subjectif. Mais avouons qu'il est maintenant difficile de gober ce qu'a prétendu Carcopino, que César l'aurait conduit à 15 ou 20 km de distance dans le piège d'Alise Sainte Reine ! Nombre d'auteurs, de Camille Jullian à mon ami Silvio Luccisano, insistent à juste titre sue la difficulté de commander une armée avec tant de roitelets éduens qui disputaient le commandement suprême, et qui passaient leur temps à trahir avec le même entrain que, par exemple, certains politiciens français contemporains. Comme tous ceux qui sont passés par l'armée le savent, ordres et contre-ordres sont l'ordinaire…

4. Mais ces probabilités n'ont été soulevées que pour dissimuler les contradictions bien réelles que César a si habilement dissimulées dans son livre VII. Voyons ce qu'il pense de Gergovie : sitôt arrivé, il pense l'enlever de force et ne se ravise qu'en voyant des milliers de Gaulois sur le rempart. Or il y a 300 m de dénivelée entre la plaine de l'Allier et l'oppidum ! Comparons ce qu'il dit d'Alésia : il arrive devant le site, qu'il ne connaissait pas (ce qui, d'ailleurs, réduit à néant les thèses de Carcopino), constate qu'il est imprenable et décide tout de suite de l'investir. Mais à supposer qu'Alésia soit Alise, et qu'il l'aborde par le nord-ouest, il ne faudrait pas une heure à quelques cavaliers que le côté est en pente douce et pas fortifié (du côté de la croix Saint-Charles). Encore un endroit, en plus de celui que j'ai déjà signalé (cum per extremos Lingonum fines in Sequanos iter faceret…), où César nous dit lui-même qu'Alise n'est pas le bon site !

Ma bonne collègue Danièle Porte a d'ailleurs dû le dire aussi.

5. Puisque tactiquement le dogme ne tient pas, il reste à étudier la stratégie : créer un abcès de fixation, ou exterminer l'armée en déroute ? Je dois encore chercher des exemples de batailles connues pour donner une idée précise du problème. Précisons que s'il était imaginable que la course-poursuite soit allée jusqu'à Chaux-des-Crotenay, l'encerclement aurait été rendu impossible et/ou inefficace par les reliefs, et la stratégie gauloise n'aurait pas plus de sens là qu'à Alise.

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commentaires

Yannick Jaouen 07/08/2014 10:10


Je serais un peu déçu que ce fût la fin: quid de Martin? Quid de Porte? Toutefois, je comprend qu'après un an à relire tous ces ouvrages, le sujet vous lasse un peu. Merci pour ce parcours parmis
les biographes du chef arverne, pour votre analyse critique et pour les débats qu'elle nous aura occasionnée.


Cordialement,


YJ

Yannick Jaouen 02/08/2014 11:27


Presque 2 mois de retard pour moi aussi: ne vous excusez pas, professeur, vous ne me devez rien. Bien entendu, vous n'êtes pas autrement surpris de me voir vous dire que l'encerclemeent de Chaux
des Crotenay est, au contraire, facilité par le relief car les possibilités de quitter le plateau sont limitées par celui-ci vu que, de tous les autres cotés que la plaine, il est cerné, à peu de
distance, par des hauteurs équivalentes à la sienne:


- tout le flan Est-Nord-Est est barré par les gorges de la Saine. Il n'etait même pas nécessaire de creuser des fossé de ce coté là;


- tenir le Rachet, Les Epinois et la Montagne Ronde permettait de verrouiller le Sud tout en bénéficiant de la plaine de l'Entremont;


- A l'Ouest, il suffisait de fermer la porte Sud, entre les Crétêts et le Rachet et d'empêcher toute sortie du coté du Pont de la Chaux, les gorges de la Lemme achevant de barrer le passage
jusqu'à la plaine de 3000 pas.


Donc, loin d'empêcher l'encerclement, le relief rendait effectivement l'assaut impossible mais facilitait les travaux de siège... enfin, c'est mon avis.


Cordialement,