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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 19:25

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Notes sur la version de Tite-Live.

 

Ce n’était pas bien difficile, surtout pour ceux qui ont des oreilles, puisque j’avais parsemé mes exposés d’allusions au roi Scipion. Vous n’avez bien sûr pas lu Scullard, qui de toute façon est bien dépassé depuis cinquante ans, mais je vous résume le contexte : l’Africain, vainqueur d’Hannibal et d’Antiochus, meurt en exil, 15 ou 18 ans après la victoire de Zama. Exil volontaire selon la vulgate, en fait probablement (c’est ce que j’ai établi en même temps qu’un collègue de Bologne) sous la menace d’une deminutio capitis maxima, comme Cicéron en 62. Les chefs d’accusation, dans ce livre xxxviii qu’il faut absolument connaître (je ne dis pas cela par intérêt, cela fait lurette que les Belles-Lettres ne paient plus les droits d’auteur), sont confus, mais si on les classe, ils se résument finalement à deux : une haute trahison, il aurait arrangé le traité avec Antiochus pour faire libérer son fils prisonnier (fable inventée après coup, à mon avis) ; et un comportement régalien, regnum in senatu, triumphum de populo Romano. AU cours d’une geste qui s’étend du livre xxii au xxxix, le thème de la faveur divine, des songes divinatoires, des visites dans la cella de Jupiter, ainsi que de ses habitudes grecques, est récurrent ; on pense à M. Manlius Capitolinus, l’homme des oies, qui après son exploit serait devenu démagogue et aurait été condamné à mort pour adfectatio regni ; à tel point que son prénom fut exsécré dans sa propre famille.

Les généraux nommés sans avoir été magistrats, comme Pompée ou… Octave, pouvaient méditer cet exemple, et il est probable qu’une partie des pamphlets insérés par Tite-Live remontent à Pompée, d’autres à César.

 

Compte tenu de ce contexte qu’il n’était pas indispensable de connaître, on peut affiner la traduction, mais une connaissance minimaledu lexique institutionnel et une attention constante à la grammaire suffisent.

Di immortales… qui fuere : pourquoi en faire un vocatif ? iidem… portendunt, verbe principal, donnaient la construction, très simple.

Centuriae : celles du vote, donc les comices, et non celles de l’armée ; l’unanimité n’était pas rare, puisqu’on arrêtait le vote sitôt une majorité obtenue, et que la prérogative (première à voter) passait pour exprimer l’avis des dieux. De même les legati ne sont pas des généraux délégués, mais des envoyés.

Attention à et per uisus : les augures (examen des victimes) et auspices (vol des oiseaux) sont des garanties officielles et des interrogations faites aux dieux au lever du jour, tradition bien romaine (étrusque en fait), les songes nocturnes sont autre chose, d’officieux, hellénistique et suspect. Donc et = « et aussi ».

Nostram : évidemment attribut, « que l’Espagne est nôtre ».

Nomen Punicum : « le nom punique », certes, mais en un sens bien ancien ; préférez la nation, sens courant. Attention de ne pas compliquer la construction.

Mens… ratio : l’instinct et le calcul, bien distinguer.

Pour les lignes suivantes, plus ou moins bien comprises, il suffisait de respecter la syntaxe.

Quae patri… causa exitii fuit : la règle de l’attraction en genre et nombre du sujet par l’attribut, vous l’avez oubliée ? quae s’entend comme un neutre.

Sinet et poterunt : apparemment, vous avez presque tous oublié aussi la morphologie : ce sont des futurs, vous traduisez le premier comme un présent (sinit) et le second comme un parfait (potuerunt), sans que l’incohérence semble vous gêner.

Fauete : déjà c’est un impératif, ensuite cela ne veut pas dire « applaudissez » (fauete linguis, chez Plaute ; merci Gaffiot pour ceux qui l’ont ouvert inutilement !). Et le sens est quasi religieux.

 

Avec tant de négligences, il n’est pas étonnant qu’on aille jusqu’à une quinzaine de contresens.

 

Soyons généreux, voici une traduction imrovisée en douze minutes d’après l’horloge de mon Mac ; vous regarderez vous-mêmes celle de Jal, elle est à l’étage au-dessus et vous savez que j’ai toujours beaucoup de peine à gravir les escaliers.

 

« En ce jour, les dieux immortels, protecteurs de l’empire de Rome, qui furent garants du vote unanime des centuries quand elles me firent accorder le commandement en chef[1], annoncent aussi par l’examen augural et par les auspices, ainsi que par mes songes nocturnes, que tout sera heureux et favorable. Mon esprit aussi, jusqu’à ce jour un devin très important pour moi, présage que l’Espagne est nôtre, que bientôt toute la nation punique, exterminée d’ici, couvrira terres et mers dans une fuite ignominieuse. Ce que mon âme prédit de sa propre autorité, la raison aussi, qui n’est nullement trompeuse, le suggère : leurs alliés, maltraités par eux, envoient des ambassadeurs pour implorer notre protection ; leurs trois généraux, en un tel désaccord qu’ils ont bien failli de trahir entre eux, ont dispersé leurs armées dans des régions très éloignées. Le même sort (la même infortune) vient de s’abattre sur eux, qui naguère nous a vaincus : en même temps, leurs alliés les abandonnent, comme les Celtibères nous ont trahi auparavant, et ils ont distendu leurs lignes, ce qui a causé la perte de mon père et de mon oncle paternel. Et leurs dissensions internes ne leur permettront pas de se réunir en un seul bloc, et un par un ils ne pourront nous résister. Simplement vous, soldats, rendez honneur au nom des Scipions, héritier de vos généraux en chefs, comme le surgeon d’une souche après qu’elle a été coupée. »

 



[1] . Je sais, j’ai modifié la construction, mais je ne trouve rien de correct en français pour traduire le ut complétif (et pas final comme l’a cru quelqu’un).

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