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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 23:01

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Vous avez compris pourquoi Tite-Live reste au centre de notre enseignement, qui inclut aussi de l’archéologie, de l’histoire et de l’histoire de l’art.

 

Il n’y a pas que  l’archéohistoire idiosyncrastique de notre certificat, devenu module, qui justifie que Tite-Live nous serve de base ou de guide : c’est le seul qui ait créé une œuvre littéraire dont le sujet/objet est : la république romaine, acteur de l’éternel. Comme le sujet/objet de Marcel Proust est : la masturbation, celui d’Honoré Balzac : le bouton de culotte du bourgeois, celui du grand Zola : la dinguerie sociale.

Ceci simplement pour rappeler que, comme vous êtes majoritairement littéraires et issus d’un baccalauréat A, ou L (j’en suis resté aux années 68), je vous pose un, sur deux,  sujet d’examen qui est fondamentalement littéraire, et comme la santé ne m’a pas permis de développer ces conclusions en présence, je résume vaille que vaille cet unique aspect littéraire (attention, ce n’est pas une réponse à respuer en guise de réaction à l’un des sujets du 13 mai ; je vous estime quand même assez intelligents pour répondre à votre façon personnelle aux questions très banales que je vous ai préparées (et que d’ailleurs je me suis empressé d’oublier).

 

Nous allons donc reprendre les aspects littéraires de la première pentade de Tite-Live.

1. Il est à peu près établi, comme l’a dit Bayet dans la préface générale de l’édition des Belles-Lettres à quoi j’ajoute des conclusions personnelles, que le dénommé T. Livius, probablement chevalier, avocat de formation, originaire de Padoue, ami personnel du Prince, a rédigé une histoire de Rome entre la fondation (±753) et le début du régime républicain (±509), ceci du côté de 30 av. J.-C.,  quand ledit Auguste, qui s’appelait encore Octavien, éliminait Marcus Antonius au nom du souvenir de son père adoptif, Caius Iulius, mieux connu sous le nom de Jules César.

1.a. Il est à peu près établi que le premier livre a été publié selon les techniques de l’époque, c’est-à-dire par reproduction manuscrite dans des ateliers dont on connaît quelques commanditaires (Atticus, les Sosii), et qu’ensuite Octavien, devenu Octave puis Auguste, a demandé à T. Livius de continuer son histoire au moins jusqu’à la dictature de ©amille.

1b. L’étude très pointue de Bayet (que j’ai reprise et contrôlée cinquante ans plus tard, mais passons sur les détails qui la confirment) établit qu’au moment même où Octave devenait Auguste, en janvier 27 av. J.-C., T. Livius publiait à la fois son livre I, un peu remanié, et les quatre suivants, qui forment donc la Première pentade.

1c. Il est très possible que Tite-Live, à partir de ce moment, ait quitté son boulot d’avocat pour de bon et décidé de se consacrer à rédiger une histoire complète de l’État romain jusqu’à son époque ; il se serait arrêté en 8 ap  J.-C. et serait mort dix ans plus tard, mais cela ne concerne que les érudits, et qu’il ne reste des livres 36 (en fait 35,5) à 143 que des résumés.

 

2. Tenons compte de la double composition de la pentade : l’auteur conçoit et écrit un livre I, disons en 30, et le réécrit en partie pour l’inclure dans une architecture plus élaborée, probablement quand Auguste devient monarque.

2a. Est-il conscient que cet avènement de janvier 27 signifie la fin définitive de l’État sénatorial ? Aucun doute, de toute façon le sénat, dont il était quand même partisan, comme après lui Tacite, comportait déjà une majorité de membres nommés par César, Antoine et Octave,, en plus des sénateurs traditionnels, anciens magistrats élus par le peuple (enfin… par un suffrage vénal).

2b . Sa relation privée avec le Prince en fait-elle un propagandiste de celui-ci ?

[avez-vous remarqué ? c’est la thèse que je n’ai jamais fini d’écrire. Entre ces crochets, il y aurait 400  pages de conneries érudites–

2c. T. Livius est en fait un  conservateur prudent qui a bien compris que la monarchie est inévitable (comme Cicéron avant lui), mais qu’on pourra sauver la façade républicaine en évitant de tout casser (ce qui pourrait se décrire ainsi : bouffer au Fouquet’s et partir sur  un yacht prêté par la plus grosse fortune du coin, ou à l’époque se comporter comme un basileus oriental, un roi, un héritier d’Alexandre.

3. Il est plus facile d’être dieu que roi… c’est mon génial collègue Paul Marius Martin qui a le premier mis en lumière cette évidence.

 

Je vais couper court, parce que d’une part j’avais déclaré voici deux heures que j’arrêtais, et qu’il en faudra encore deux de plus pour analyser le livre V. Mais vous voyez déjà la problématique, que je vous ai répétée à satiété depuis octobre dernier :

1. Le monarque, c’est quelque chose de naturel, quelque part, mais il ne faut pas qu’il tourne tyran, par exemple en rendant la justice sans consulter personne, et en s’entourant d’une garde personnelle armée et menaçante ; Romulus, sur la fin, Tarquin le Tyran, tout de suite, et l’Appius Claudius de 451.

2. La république admet le monarque s’il est sauveur de l’État, contre un danger extérieur ou interne (même Cicéron quand il fait condamner Catilina, en 63…). Mais c’est un monarque à la mode hellénistique, σὢτηρ (litt. Sauveur, équivalent de pater patriae, titre dont même Cicéron se parfuma). En fait, pour les Grecs hellénistiques, le souverain est divin, inspiré, extraterrestre en quelque sorte, comme Alexandre ; pour les Romains, c’est celui qui a les propriétés du Père, ou patron, père de substitution : bienfaisant et privilégié du droit de vie et de mort, comme le paterfamilias sur ses enfants et sa femme, le général sur ses soldats, et le César sur son peuple… mais ça, ça passe difficilement. Et le seul terme de rex, c’est la mort ; voyez ce qu’on a dit en tout début de semestre.

3. Alors, qu’est-ce qui fait d’Octave un monarque admissible ? Tout à la fois : il descend des dieux, il restaure les cultes ancestraux (donc il incarne idéalement tous les Pères possibles et imaginables), et en plus il fait mine de respecter la République comme objet de culte !

 

La suite plus tard… mais enfin, si vous avez l’adresse fesse-bouc de François Hollande, passez-lui ces quelques réflexions.

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Published by - dans LC04
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