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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 21:04

Version:1.0 StartHTML:0000000224 EndHTML:0000031407 StartFragment:0000003187 EndFragment:0000031371 SourceURL:file://localhost/Users/richard/Desktop/Les%20structures%20de%20la%20premi%C3%A8re%20pentade%20de%20Tite.doc

Les structures de la première pentade de Tite-Live. Leurs significations.

 

1. Il a fallu attendre longtemps après Jean Bayet pour l’observer, bien que ce grand éditeur ait déjà perçu l’idée : l’œuvre de Tite-Live développe une temporalité propre, indépendante de l’histoire événementielle, qui relie des dates symboliques selon un système de « grande année » : tous les 365 ans, une révolution, au sens astronomique du terme, autrement dit une nouvelle fondation. Certes, il faut un peu torturer l’histoire événementielle et admettre ce qu’en maths on appelle un ∆, un pourcentage d’approximation. Reprenons donc :

– de la fondation par Romulus à la seconde fondation par Camille : 753 – 386 = 367 ans ;

– de la refondation par Camille à la restauration par Auguste : 386 – 27 = 359 ans ;

– mais si l’on admet l’autre système de datation issu de Varron, selon lequel la prise de Véies daterait de 396 et celle de Rome de 391, on tombe presque juste : 364 ans.

 

Il faut tenir compte du fait que l’année de 365 jours ¼ n’est pas une évidence : en fait, elle ne date à Rome que de l’année 46 et de la dictature de César, qui imposa un calendrier calculé par les astronomes alexandrins, dont Sosigène. C’est le calendrier julien, qui nous sert encore avec la petite correction du pape Grégoire (les années dites bissextiles). Avant, on calculait sur douze mois de trente jours, et les Pontifes calculaient quand ils trouvaient le temps des périodes de compensation appelées mois intercalaires (même racine que les kalendes, jour où on convoquait le peuple pour lui annoncer les jours fériés du mois), et comme en période de guerre on oubliait souvent l’intercalation, le calendrier officiel s’est trouvé en avance sur le calendrier astronomique de trois à quatre mois, par exemple, en 190. Je vous épargne les très savantes études qui ont tenté, grâce aux éclipses, d’y mettre de l’ordre : il y en a cinq principales, et elles ne sont pas d’accord entre elles.

 

Donc, admettons que cette idée de calquer l’histoire universelle sur l’année astronomique, qui remonte aux Babyloniens, est arrivée en Grèce (où elle laisse des traces chez Platon) puis chez les Étrusques et enfin à Rome. L’érudit Terentius Varron, l’un des lieutenants de César, est sans doute responsable de son adaptation à la chronologie mythique de Rome, mais comme il écrivait au moment où César travaillait au calendrier de Sosigène, on comprend qu’il se soit un peu mélangé les comptes entre l’année de 360 jours et celle de 365.

 

Le projet de Tite-Live, on l’a dit, s’est développé en trois temps : un récit des origines jusqu’à la république, soit 753-509, rédigé dans les années où Octavien prenait le pouvoir et reconstituait l’État sous le nom d’Auguste ; un peu après la bataille d’Actium (31) ou un peu avant la totalisation des pouvoirs (janvier 27) ? Je penche pour la première hypothèse, Bayet pour la seconde, mais cela n’a pas grande importance. Dans un deuxième temps, en, accord avec Auguste, Tite-Live conçoit un récit prolongé jusqu’à la prise de Rome par les Gaulois, et publie la première pentade, remaniant au passage le livre I. Puis il continue… jusqu’à sa mort, survenue quatre ans après celle d’Auguste, en + 18. Comme l’essentiel a disparu, il ne sert à rien de spéculer sur une disposition par livres, décades ou pentades, qui convenait mieux aux éditeur qu’à l’écrivain, mais on trouve de fait des praefationesplus ou moins discrètes aux livres vi, xxi, xxvi, xxxi, xli.

 

2. Si le livre I couvre 244 ans et les livres II-IV 102 ou 107 ans, le livre V n’en couvre que 14. C’est donc une œuvre en soi, qui s’articule comme je vous l’ai dit en trois temps : victoire, expiation, résurrection. Et le troisième temps, qui occupe le dernier tiers du livre, avec le très long discours de Camille, se déroule sur deux ans seulement. Essayons de démonter un peu la mécanique de ce drame.

 

2.1. L’épisode véien. C’est une guerre homérique qui dure dix ans et masque, sous les effets épiques, toute réalité historique. Des collègues se sont essayés en vain à y voir clair, et n’ont abouti à rien. Donc, je passe très vite sur ce qu’on peut reconstituer d’historique :

2.1.1. La rivalité de Rome et de Veii pour le contrôle des voies commerciales et stratégiques entre Étrurie et Italie grecque du sud remonte forcément très haut. Véies, défendue par le Fosso di Formello et le Fosso dell’Isola qui confluent dans le Crémère, contrôle facilement le gué de Fidènes qui débouche sur l’Anio et les voies intérieures vers la Campanie, dominées plus au sud par Préneste et Tibur. La richesse de Préneste à l’époque féodale, dite à tort orientalisante (viie siècle) est révélatrice de cette prospérité « douanière ». Il est possible (voici quelques années, j’aurais dit probable) que Veii ait dominé Rome dans la dernière partie du vie siècle, marquée par la construction du temple de Jupiter, dont l’architecte, selon Pline l’ancien, aurait été Vulca le véien. Il n’est pas moins possible que Rome, relais du pouvoir des aristocraties de Caere et Tarquinia, puis Vulci, ait été relativement indépendante et ait déjà dominé, avant 500, une bonne partie de la plaine latiale et des Monts albains.

2.1.2. L’on ne peut en aucun croire que la rivalité entre les deux villes remonte à Romulus… qui n’a pas existé, de toute façon… mais même que de petites ligues de villages, à vingt kilomètres de distance, se soient livrées à autre chose que des razzias saisonnières au viiie siècle. Tout change avec l’urbanisation, et la grande Roma dei Tarquini a forcément servi de tête de pont aux aristocraties de la côte dans la concurrence pour le monopole des voies commerciales, et le contrôle à la fois de celle de Fidènes et de celle du pont Sublicius (à quoi on ajoutera, grâce aux travaux de Grandazzi, celle de Ficana, plus en aval sur le Tibre).

2.1.3. Mais quoi qu’il en soit, l’idée d’une guerre de trois fois cent ans entrecoupée de trêves (de cent ans…), de l’amputation du territoire véien, distribué aux troupes, par Romulus, par Tullus Hostilius, par Servius Tullius, puis par certains consuls, ne tient pas debout ; pas plus que l’histoire du camp installé au-dessus du Crémère par 306 membres de la gens Fabia en 477. Quant à l’histoire du siège de dix ans, manifestement élaborée d’après l’Iliade, elle ne tient pas davantage : d’une part les tactiques de siège (poliorcétique) sont inconnues jusqu’à Alexandre le Grand, d’autre part le site ne permet en aucun cas d’utiliser la tactique de la sape, que Tite-Live interprète à tort et à travers, et enfin il n’y a pas la moindre possibilité que l’armée ait été mobilisée l’hiver à cette époque ! Tite-Live a-t-il seulement pris une voiture pour suivre la via Aurelia et examiner le site d’Isola Farnese, dans la banlieue nord de Rome ? Il n’aurait pas raconté de pareilles âneries.

 

2.2. Les crises sociales. Tout est lié, et tout est, ici aussi, invraisemblable à pareille époque, mais nécessaire pour faire monter la mayonnaise dramatique.

2.2.1. Invraisemblance du conflit social : pas beaucoup plus qu’avant 509, quand elle se serait lamentée d’être exploitée à creuser les égouts et les fondations du temple capitolin, la plèbe n’est une entité organisée. Toutefois, on a une constante historique : pas encore d’esclaves, pas encore de mercenaires (sauf les Gaulois…), pas encore d’armée de métier, on en est loin. Que la plèbe soit déjà organisée, qu’elle ait des magistrats, c’est historique, puisque nous avons vu que la création des tribuns, comme officiers de l’infanterie, est vraisemblable en 450. Et les familles plébéiennes riches ne sont pas loin d’accéder au consulat (367). Mais des conflits classe contre classe, et le refus de la conscription, et l’institution d’une solde liée au prolongement des combats en hiver[1], c’est invraisemblable, d’autant que les tribuns de la plèbe n’avaient que le ius auxilii, privilège de défendre les citoyens individuellement : comment imaginer les épisodes des ch. 8, 9, 11, 12… ? C’est que l’intérêt dramatique veut que Rome soit divisée.

2.2.2. Roma intestina discors. C’est un aspect que j’ai un peu oublié d’évoquer cette année, Rome, au moment où Tite-Live écrivait son manifeste camillien, se remettait à peine du psychodrame des guerres civiles et des Ides de Mars (sur quoi voir, toujours, le petit volume de Paul Martin). On avait vu, comme le chantera Lucain sous Néron, les armes romaines se tourner contre d’autres Romains, et c’était le péché capital dans un État dont le seul vrai dieu était la Nation. Tite-Live va se complaire à étaler, entre autres exemples d’impiété, cette discorde civique qui déplaît aux dieux. Dieux qui se manifestent en multipliant famines, épidémies, prodiges : le récit en est parsemé.

 

2.3. La malédiction. L’esprit religieux, qui renaît toujours dans les circonstances calamiteuses et masque les causes réelles, est omniprésent dans ce livre. Ce sont les prodiges, les mésententes entre généraux ambitieux que je vous épargnerai car elles se trouvent dans des chapitres que je n’ai pas reproduits, c’est un conflit de personnes entre un Verginius et un Sergius, dont le désaccord entraîne une défaite sous les murs de Veii au ch. 8, c’est le prodige du lac d’Albe qu’un devin étrusque interprète ainsi : si les Romains arrivent à vider le lac albain selon les règles, Veii est condamnée. Mais c’et de façon impie, « pas du tout romaine », que les Romains s’emparent de la parole sacrée. Ils accumulent dont les erreurs religieuses.

2.3.1. Le respect des procédures : dans la religion romaine, et indiscutablement aussi dans la religion étrusque dont elle est imprégnée, les dieux envoient des messages, mais de manière codifiée. L’oracle ne vient presque jamais par génération spontanée[2], il doit être évoqué, appelé vocalement, et apparaître visuellement. Donc, aussi bien celui qu’on arrache malgré lui au vieillard de Veii (p. 85) que le foie qu’un légionnaire enlève traîtreusement (p. 87), ce sont des présages volés. Le fait que les féries latines n’aient pas été gérées correctement parce que le magistrat président avait été invalidé, et que différentes cérémonies soient viciées des deux côtés, invite à se renseigner plus haut que les hommes.

2.3.2. Interventions directes des dieux : on notera en passant la parole du vieillard de Veii : « les dieux étaient sans doute irrités… » et bien sûr l’assentiment de Iuno Regina de se rendre à Rome, conduite par des enfants de chœur (camilli et camillae, évidemment vierges et purs…). Le récit est entièrement dominé, sans même beaucoup de discrétion, par une religiosité qu’il faudrait étudier de manière encore plus pointue que je l’a fait Bayet dans la postface de l’édition CUF de 1969. Autant que je sache, il y a beaucoup d’articles, mais pas de synthèse.

2.3.3. Genre littéraire, influences. J’ai parlé de drame en commençant, mais il faut préciser. L’action en trois mouvements est dramatique, mais quand on regarde de plus près les moteurs et les acteurs, il est évident qu’on a des hommes aveuglés et des dieux qui les rendent fous. Fous les généraux Sergius et Verginius (des plébéiens), fous les tribuns populaires qui empêchent la conscription, fous les magistrats qui négligent les présages, fous les Fabii (mais eux méritent une place à part), fou le peuple qui vote l’exil de Camille. Celui-ci, qui malgré la mort de son fils, malgré sa douleur, tient le très long discours qui remet Rome en place, est en fait un mort ressuscité : l’exil est une mort civique, mais dans cette mort il parvient à relancer une armée depuis Ardée. Ardée dont on sait, depuis la fin du livre I, qu’elle a joué un rôle capital dans la naissance de la Rome républicaine… est-ce encore un présage ?

Tite-Live joue donc, clairement, dans le registre de la tragédie de Sophocle et d’Eschyle, et avec les préceptes enseignés par Aristote pour cet aspect particulier de la littérature attique. Qui n’était pas très connue à Rome, car ce genre de spectacle plaisait moins que la comédie et le mime. Dans la tragédie grecque, il existe un dieu au-dessus des dieux, le destin, la parole supérieure, et c’est justement le destin qui désigne Camille comme fatalis dux (l’expression est répétée avec insistance, on la traduit parfois mal), et la parole divine qui se manifeste sous la forme d’Aius Locutius (ce qui veut dire, en latin, à peu près « le parleur parlant »), voix non-humaine qui avertit les Romains de l’arrivée des Gaulois (je vous renvoie à la p. 136 de Bayet). Donc, clairement, ce sont les dieux qui mènent l’action, voire, au-dessus d’eux, le destin.

 

3. Les instruments du destin.

3.1. Les hommes ont-ils quelque liberté ? Non, ils sont pour la plupart aveugles aux signes qu’on leur envoie (notez le début du ch. 37). Seul Camille, finalement, a la bonne idée de demander aux dieux que l’abondance du butin ne l’aveugle pas ! (p. 87). Mais il n’a pas les bonnes idées de respecter Apollon, à qui il avait promis la dixième part du butin (il avait mangé la consigne, oublié sa promesse, ce qui ne plaît jamais aux dieux), ni Jupiter, puisqu’il se fait remarquer en triomphant avec des chevaux blancs et non gris, donc en se montrant en égal du dieu suprême. La punition est la mort (civique, par l’exil), mais vu sa piété, les dieux offriront à Camille de se réhabiliter et de remettre Rome debout, de présider à sa reconstruction après avoir interdit à la plèbe de s’installer à Veii.

3.2. Les instruments aveugles. Les Gaulois sont forcément aussi bêtes que les Géants : beaucoup de muscle et peu de cervelle ; la preuve, ils commencent par prendre les patriciens assis sur leurs chaises curules devant leurs domus pour des statues, mais quand l’un d’entre eux se prend un coup de bâton d’un Papirius dont il a tiré la barbe, c’est le massacre. Mais il faut un autre élément pour les faire entrer dans le déroulement tragique : l’c qui consiste à fausser la balance (voir p. 93) et qui met Brennus à égalité avec Camille dans le défi aux dieux. L’image du Gaulois stupide, Tite-Live, qui aurait pourtant dû les connaître puisqu’il était cisalpin, la conserve jusqu’au livre xxxviii où il les décrit, abâtardis par leurs contacts avec les Grecs, comme des guerriers incapables de comprendre les javelots qui les clouent ensemble par les boucliers (image d’ailleurs piquée à César).

3.3. Les actes de piété. Dans la panique, sans forcément comprendre les enjeux supérieurs voulus par les dieux, les Romains se comportent selon leur habitude avec piété. Mais que signifie ce terme ? Virgile appelle toujours Énée pius Aeneas : le héros mythologique, fuyant l’incendie de Troie, emporte sur ses larges épaules son père Anchise, d’une main son fils Iulus, de l’autre un coffret qui contient les pénates de sa famille et de sa patrie. De même, les Vestales quittent Rome assiégée en emportant les objets du culte de la déesse, un pieux réfugié (imaginez la scène lors de l’exode de 39) les prend en stop en laissant à pied toute sa famille, et les gens de Caere recueillent pieusement Vestales et insignes du culte[3]

3.4. Le problème des Fabii. Dans le récit, un jeune Fabius réfugié sur le Capitole prend le risque de traverser les lignes gauloises pour accomplir un culte gentilice (ch. 46). Mais auparavant, ce sont trois Fabii Ambusti qui, par leur outrecuidance, ont provoqué Brennus. Où est la cohérence ? La gensFabia, patricienne et très ancienne (il y aurait eu un Fabius consul presque tous les ans entre 500 et 480), était liée à l’Étrurie et y envoyait ses enfants étudier, du côté de Clusium comme le montre un épisode de 320 environ (livre X). Ils étaient bilingues et, selon Eugen Cizek, les premiers Fabii (dont je doute) auraient été comme Brutus des zilath étrusques à Rome. Ce qui n’éclaire rien, mais pose des questions : d’un côté les Fabii se sont vantés d’avoir envoyé toute leur jeunesse, 306 Fabii, se faire massacrer sur le Crémère en menant une guerre privée contre Veii… ce qui n’est pas totalement impossible en 477. De l’autre, Tite-Live parle quelque part d’un Ambustus consul, mais un peu marginal, en quelque sorte d’une branche collatérale, dont la fille prend peur en entendant le licteur frapper à la porte (encore du roman). Est-ce que ces Fabii, dont l’un, Pictor, était le premier historien romain, écrivant en vers et en grec à la fin du iiie siècle, lui-même consul, dont un autre, Maximus dit Cunctator, avait contribué à gagner la guerre d’Hannibal avec des méthodes pieuses très opposées à celles de l’outrecuidant Scipion, est-ce que cette gens, donc, qui restait sénatoriale mais n’avait guère eu de magistrats depuis longtemps à l’époque d’Auguste, aurait pu laisser une « part d’ombre » dans ses annales gentilices, dont Tite-Live aurait tiré profit pour introduire dans la tragédie des mauvais Fabii rachetés par un autre, héroïque et pieux ? Possible. On remarquera que les Ambusti sont emportés par l’ βρις, mais aussi par la fougue (vertueuse, et justifiée par la sauvagerie gauloise) de la jeunesse, et que la faute retombe sur la plèbe qui les élit tribuns militaires…

4. La religiosité et la politique de l’époque. Virgile estime que Lavinium puis qu’Albe, mère de Rome, ont prospéré grâce à la piété d’Énée et de ses descendants. Qu’appelle-t’on piété ? C’est le respect, la conservation, de tout ce qui vient des ancêtres. En cela, Camille est absolument pieux une fois oubliée son βρις. Il prône, dans son interminable discours, que les Dieux veulent que Rome demeure là où les ancêtres l’ont créée, dans cette vallée insalubre du Vélabre, sans suggérer (lui dont le nom est probablement étrusque) que ce sont les Tarquins, ou d’autres Étrusques, qui en ont fait une ville. C’est exactement la série de thèmes propagandistes qu’évoque Auguste dans son testament (Res Gestae Diui Augusti) et qu’il a fait rédiger dans une poésie ampoulée par son larbin Virgile. Restaurer les temples anciens, conserver l’autorité du sénat, mais déléguée à un seul homme surnommé selon un mot de même racine (Augustus, de augere, augmenter, rendre supérieur, est de la même famille qu’auctoritas, qui était le privilège sénatorial, et peut-être que les augures, qui avaient le contact avec les dieux), voilà une politique parfaitement réactionnaire, opposée à celle du père adoptif César qu’on s’est empressé de renier discrètement après l’avoir utilisé pour lancer la deuxième guerre civile. Une politique qu’illustre le poète-serpillère Virgile, « le chantre compassé du travail, de la famille et de la patrie » comme disait Emmanuel Berl peu après la guerre, et aussi Tite-Live dans ce livre V, qui a parfois le souffle hugolien de La légende des siècles, mais plus souvent le relent de la pompe à encens.

 

Enfin, c’est mon avis… après trente ans et plus passés à tourner et retourner dans et autour de ce travail littéraire. Je préférerais aller voir L’écume des jours au cinéma, adaptation de ce chef-d’œuvre que j’ai relu presque autant que Tite-Live V… mais sans réserves. Dommage que je sois cloué par un nénuphar dans la hanche droite (c’est moins mortel que dans le poumon, mais vraiment chiant quand même).



[1]. Bien que certains collègues veuillent que la solde ait été instituée à la fin du même siècle, il n’y a de certitudes qu’à partir de Marius, qui ouvrit l’armée aux affranchis et aux citoyens pauvres qui n’avaient pas les ressources nécessaires pour payer leur armement (107 à 105 av. J.-C.)

[2]. Il existe une légende, transmise de manière très indirecte, qui rappelle les apparitions de la Vierge à Lourdes ou ailleurs : un laboureur, nommé Tarchon ou Arruns, fit (ou vit ?) apparaître dans un sillon un enfant nommé Tagès, qui lui révéla l’histoire de l’Étrurie, ses dix siècles d’existence, et beaucoup d’autres éléments qui sont à l’origine de la science divinatoire locale. On a conclu que « la » religion étrusque était une religion révélée et aussi une religion du livre (mais quand même pas un monothéisme). C’est Briquel le spécialiste, et je vous renvoie à ses ouvrages, ainsi qu’à ceux de Capdeville, si le sujet vous intéresse. Disons simplement que Cicéron cite indirectement Nigidius Figulus, un haruspice contemporain, et que les faits mythiques sont aussi vieux que la guerre de Troie…  Ce qui est constant, c’et que les rites étrusques, tout comme les romains, étaient très formalisés, et que l’efficacité résidait dans la stricte observance des rituels.

[3]. Une longue étude de Marta Sordi, parue voici quarante ans, a montré qu’en fait les Gaulois n’étaient pas du tout descendus de Clusium vers Rome, mais étaient remontés depuis la Campanie comme mercenaires de Denys de Syracuse, et qu’ils avaient manœuvré à la fois contre Rome et les villes étrusques du sud. C’est à la suite de cet épisode que les Cérites obtinrent la citoyenneté romaine sans droit de vote ou civitas sine suffragio.

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Published by - dans LC04
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