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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 21:17

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Panem & Circenses II

 

Cet article fait suite à un premier « panem et circenses » posté sur le blog en juin MMD, où je promettais une suite pour l’été. Suite que je crois avoir écrite, mais qui n’apparaît pas sur la liste…

N. B. : je ne sais pas comment vous visualisez mon blog, mais moi, malgré mes compétences d’administrateur, je n’arrive pas à avoir une liste autre que chronologique inversée. Si vous le pouvez, sélectionnez les articles et pages référencées LC02, sinon allez voir à la p. 3 ou 4 pour trouver celui de juin2010.

Ces deux articles, qui comporteront probablement des redites, vous seront utiles pour l’épreuve du 23 mai.

Si vous voulez assister à des reconstitutions (très fantaisistes) de jeux antiques, voyez à partir de Google le site des Ambiani ou celui de lugulcos qui vous mèneront à des films courts à visionner sous YouTube, en particulier une représentation dans les Arènes de Nîmes.

Je me suis largement inspiré d’un numéro spécial du mensuel Géo qui doit dater d’avril 2010 et doit être difficile à trouver (voir toutefois le site www.geo.fr). Que Catherine Guigon, auteur des deux articles ici pillés, reçoive notre reconnaissance.

I. Les spectacles du cirque, à Rome, sont d’importation étrusque et, indirectement, grecque. Mais le contexte socio-politique crée de très notables différences :

1. En Grèce, les jeux sont d’essence civique et consacrent l’alliance de cités qui veulent se rattacher à un idéal de l’homme  « bel et bon » (kalos kagathos), non sans une forte connotation raciale : les « barbares » (= tous les non-grecs) en sont exclus. Les Romains, par exemple, n’auraient pas pu participer aux Jeux Olympiques s’ils avaient encore existé à l’époque de César : c’est l’imagination très libre de Goscinny qui permet l’intrigue d’Astérix aux JO. Rappelons que quand Coubertin les a réinventés, les JO modernes ont repris cette connotation, non seulement raciale mais sexiste, puisque tous les athlètes étaient blancs et mâles… et que lors de ceux de 1930, à Berlin, Hitler quitta la tribune parce que le vainqueur d’une course était un Noir américain, Jesse Owens.

Les représentations théâtrales, connues par les trois tragiques (les seuls parmi de nombreux autres dont les textes aient survécu jusqu’à nous) Eschyle, Sophocle et Euripide, avaient aussi une vocation nationale et étaient offerts par les magis-trats de la cité, ainsi que les comédies d’Aristophane ou de Ménandre, des specta-cles de mime dont peu de textes nous sont parvenus.

2. Chez les Étrusques, les jeux avaient une vocation funéraire et étaient organi-és non par la cité ou les cités, mais par les grandes familles ; ils faisaient partie des rituels qui assuraient la survie du défunt dans l’au-delà. Sur les modalités techniques (courses de desultores, sorte de rodéo ; combats à mort d’ahlètes masqués…), voir ma précédente page et la thèse de mon ami Jean-Paul Thuillier, ainsi que les articles qu’il fait paraître assez souvent dans les revues. Les scènes de jeux funèbres représentées dans les tombes peintes de Tarquinia datent du Ve siècle.

3. À Rome, selon Tite-Live, Romulus aurait déjà donné des jeux au VIIIe siècle (impossible), mais Tarquin l’Ancien en aurait donné de plus spectaculaires au début du VIe siècle sous le nom de Ludi Romaniou Ludi Magni(possible). Et au IVe siècle, Rome aurait introduit les ludi scaenici ou représentations théâtrales pour conjurer une épidémie, en faisant venir des acteurs étrusques, ludionesou histriones, puis la jeunesse aristocrati-que aurait importé d’Italie méridionale – grecque – des modes plus locales, dont l’atellane, concurrencée par la comoedia togata d’inspiration plus nationale. On a des textes – Plaute, Térence – et des fragments – Accius, Naevius – de comédies, de tragédies et de poèmes épiques.

Mais à l’époque qui nous occupe, le théâtre est devenu secondaire par rapport aux jeux équestres et aux combats : des spectacles volontiers obscènes, les mimes, meublent les entr’actes entre les combats.

Les théâtres étaient construits en échaufaudages de bois sur le forum jusqu’à Pompée, qui monta le premier théâtre en pierre (on peut encore dîner dans ce qui était ses coursives ou vomitoria, dans le restaurant en demi sous-sol La Pollarola, non loin de l’ambassade de France, entre la piazza Farnese et le Campo de’  Fiori). Suivirent les théâtres de Marcellus et de Balbus à l’époque de César :  27.000, 7.700 et 14.000 places.

 

II. Les spectacles, quels qu’ils soient, ont une fonction politique : il incombe aux magistrats, puis aux principes ou empereurs, de les offrir au peuple pour le distraire au prétexte de fêtes nationales qui vont se multiplier et occuper jusqu’à la moitié des jours de l’année.

Dans les deux derniers siècles de la République, ce sont les magistrats en début de carrière, ceux qui ont l’espoir de devenir préteurs et consuls, qui les offrent sur leurs deniers. C’est donc une partie intégrante de l’année que les jeunes magistrats passent comme édiles, soit patriciens (ils s’occupent des temples patriciens et des Grands Jeux ou Jeux romains, des Jeux apollinaires), soit plébéiens (il leur échoit les ludi plebeii). L’édition (du verbe latin ederequi signifie à la fois donner et produire) de ces jeux leur permet de préparer leur campagne électorale, et ils rivalisent de somptuosité : comme il y a plus d’édiles que de préteurs, et seulement deux consuls, c’est une manière d’acheter les électeurs. Exemple typique, César donna lors de son édilité des combats où le nombre de paires de gladiateurs, 180, fit trembler les bien-pensants : dans la ville, ces athlètes pou-vaient tout aussi bien servir de gardes du corps et de main-d’œuvre lors d’émeutes. Rappelons que Spartacus était un gladiateur thrace.

Tite-Live mentionne presque chaque année, dans la période 200-151 (la suite de son œuvre est perdue), ludi Romani ter, plebeii quinquies instaurati : les jeux romains furent réédités trois fois, cinq fois les jeux plébéiens ; cela signifie que le magistrat qui les offrait profitait d’un présage (imaginaire) pour déclarer que les Dieux ne s’en satisfaisaient pas, et on recommençait tout : les cinq jours normaux pouvaient donc en devenir vingt ou plus.

Sous le Principat, il fallait occuper au maximum le million d’habitants pauvres pour éviter les émeutes de la faim ; aussi la charge des jeux passa-t-elle à l’empereur (dont la cassette personnelle, le fiscus, équivalait au budget de l’État). Les jours de jeux, 76 en principe sous la République, passèrent à 175 et plus.

L’édition de jeux est un munus ; ce terme désigne à la fois une charge et un honneur, le devoir et le privilège honorifique du magistrat qui, bien entendu, préside la séance. Sous le Principat, le terme désignera spécifiquement les combats de gladiateurs et ce qui les entoure.

III. Les gladiateurs, à l’époque de César, étaient encore formés surtout en Campanie, à Capoue, Nola, Herculanum. Sous le Principat, il y eut quatre casernes de gladiateurs dans Rome, où étaient enfermés un millier de professionnels. Le ludus maximus débouchait directement sur l'amphithéâtre, par des souterrains.

Il est faux d’imaginer que les hommes libres pouvaient participer aux combats à leur guise, comme Alix chez Jacques Martin : les citoyens pouvaient faire du sport à la palestre et aux thermes, mais les gladiateurs étaient des esclaves, prisonniers de guerre, qui pouvaient acheter leur liberté après de nombreuses victoires, en obtenant le rudis, une épée symbolique en bois dont on utilise le nom pour désigner la retraite dans diverses professions…

Les prisonniers de guerre étaient d’abord achetés par un directeur d’école (lanista, propriétaire d’un ludus) qui les formait : musculation, entraînement au combat, entraînement spécialisé dans l’un des rôles codifiés. Les lanistes (caricaturés par le Caius Obtus de Goscinny) étaient aussi détestés et méprisés que les souteneurs (« maquereaux ») de nos jours, au point que le terme servait d’injure politique. Ils étaient aussi très riches si leurs élèves remportaient des victoires et se revendaient. On cite des prix de 2.000 sesterces pour un gladiateur non encore formé, mais prometteur.

Les lanistes jouaient un peu le rôle des impresarios et des attachés de presse à notre époque… quand on pense aux conflits de Johnny Halliday, par exemple, avec son ancien impresario, on voit ce que cela veut dire.

Autre idée répandue et totalement fausse, les gladiateurs n’étaient pas condam-nés à mort : la marchandise était trop précieuse ! Le fameux Ave Caesar, morituri te salutant n’était absolument pas de rigueur : si j’ai bonne mémoire, c’est Suétone qui prête l’expression à des membres de familles sénatoriales que Caligula avait obligés à descendre dans l’arène, et elle ne fut employée qu’une fois. En fait, les combats étaient très codifiés, le vaincu se couchait sur le dos (comme au judo on tape de la main sur le tatami quand on ne peut pas se sortir d’une immobilisation), et s’il avait donné un bon spectacle, la populace demandait sa grâce à l’éditeur des jeux ; celui-ci levait ou baissait le pouce… on ne compte que 10% de pertes par séance, en moyenne, et beaucoup de gladiateurs, auxquels le prince lançait une bourse en cas de victoire, finirent avec une retraite bien supérieure à celle d’un universitaire… pour se faire gardes du corps d’un riche, et séduire les femmes comme celui qui fut surnommé Suspirium puellarum, « le soupir des jeunes filles ». Juvénal, dans les années 100, enrage contre ces vilains couturés qui s’envoient de jeunes matrones, ce qui est interdit au citoyen romain.

C’est dans cet espoir que peu à peu des hommes libres s’embauchèrent dans la gladiature, rejoignant les prisonniers de guerre de statut servile.

Les combats étaient annoncés par affichage (comme les combats de catch dans mon enfance, entre le « bourreau de Béthune » et « l’assassin masqué »), sauf que c’était un peu moins bidonné et que les combats étaient en un seul round de quelques minutes. Les armements étaient codifiés, essentiellement celui du mirmillon (équipé comme les Gaulois du IIIe siècle, avec bouclier long et grande épée) et du Thrace (épée courte, bouclier rond), puis du secutor lourdement protégé, sauf une jambe, opposé au rétiaire, dont l’arme essentielle est un filet dont il est censé empêtrer son adversaire avant de le clouer au sol avec son trident : un lourd contre un agile. La fameuse scène d’Alix est assez fantaisiste de ce point de vue.

Précisons encore qu’il n’y avait qu’une dizaine de combats individuels l’après-midi, et que le matin était occupé par des massacres encore plus horribles qu’on appelait les chasses ou venationes : on faisait venir à grand prix, par des entre-preneurs de transport maritime spécialisés, des animaux exotiques qu’on laissait affamés (ici l’image d’Astérix gladiateur est juste, même si l’on ne leur donnait pas de yaourts) et qu’on envoyait s’entredévorer, ou qu’on opposait à des hommes.

Autre image très exagérée, les Chrétiens envoyés aux lions : l’hagiographie chrétienne est aussi mensongère que la mythologie grecque !

Dernier point, un amphithéâtre comme le Colisée ou amphithéâtre flavien (inauguré par Titus en +80) accueillait 50.000 personnes, les sénateurs, chevaliers et Vestales en bas, aux meilleures places, le menu peuple au-dessus et les femmes tout en haut : des chiffres dignes du Maracana ou du Stade de France.

 

IV. Dans le genre opium du peuple, il faut évidemment laisser une place impor-tante aux courses de char. Celles-ci avaient lieu dans les cirques, qui malgré leur nom étaient des structures tout en longueur. Le Circus Maximus, qui date sinon de Tarquin l’Ancien, du moins des rois étrusques (VIe siècle) est le plus fameux, avec le Circus Flaminius, mais on peut encore estimer sur place les dimensions du cirque de Domitien : c’est la Piazza Navona.

Les Cirques offraient 64 jours de compétitions équestres, et de l’athlétisme, de la boxe, des jeux scéniques. Leur forme allongée autorisait 25.000 personnes sur les gradins, la loge de l’éditeur des jeux se situant à une extrémité, avec les statues des dieux. Imaginez une piste d’athlétisme ordinaire qui, au lieu de 250 m, en ferait 568 avec, entre les deux lignes droites, un mur appelé spina. Il faut effectuer sept tours, décomptés par des statues représentant des dauphins qu’on abat tour après tour, donc quatorze virages. Le jeu consiste à dépasser les adversaires dans les lignes droites et à les serrer sur la borne (meta) dans les virages.

Il y a quatre équipes (les rouges, les blancs, les bleus et les verts) dont chacune engage trois chars dans 24 courses quotidiennes. Les blancs sont généralement la faction des grands propriétaires terriens, essentiellement les sénateurs, qui achetaient chevaux et auriges (des esclaves bien entraînés), et les verts ont la faveur du petit peuple : César, se voulant populaire, fera pendant son édilité sabler la piste avec un oxyde de cuivre pulvérisé pour la colorer en vert.

Les courses sont violentes : les auriges se désarçonnent entre eux à coups de fouet, et comme ils sont attachés à leurs chars, légers et fragiles, et à leurs chevaux, ils doivent en cas de « naufrage » (ou chute) couper leurs liens au plus tôt, au risque d’être écrasés par leurs propres chevaux, précipités contre la maçonnerie ou autres plaisirs. De ce point de vue, l’épisode où Astérix et Obélix enfreignent quelque peu les règles n’est pas fantaisiste… sauf que le char se serait efffondré sous le poids d’Obélix !

Je suppose que le système de trois équipages par faction ne fonctionnait que pour les biges ou attelages de deux chevaux, les plus habituels. Cela devait être très difficile avec des quadriges et impossible avec des decemiuges, attelages de dix chevaux. Toujours est-il que le type de course est voisin du trot attelé, avec un sulky ultra-léger, à ceci près qu’on passait forcément au galop dans les lignes droites.

Comme les gladiateurs, les auriges qui survivaient pouvaient obtenir gloire et richesse : on cite un nommé Dioclès qui gagna 1462 courses sur 4257 en 24 ans et prit sa retraite avec 35 millions de sesterces, bien au-delà du cens d’un sénateur !

Le magistrat éditeur, ou l’empereur, donnait le signal du départ en jetant une serviette blanche : la serviette rouge lancée par une matrone, qui sert de muleta à Astérix en Hispanie, est une variante assez imaginative.

 

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