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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 18:44
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Murena

Bande dessinée de Dufaux et Delaby, pour le moment en 7 chapitres de 46 planches (non paginées) et annexes éventuels, publiée par Dargaud. S'accompagne d'un numéro spécial de la revue Histoire, financé par Dargaud, rédigé entre autres par Claude Aziza, Vincent Jolivet, † Pierre Grimal, 4,95 €. Le premier tome, De pourpre et d'or, est également offert en latin avec traduction de Claude Aziza, qui n'en est pas à sa première adaptation.

Une fois de plus, c'est Néron (Lucius Domitius Ahenobarbus au début) qui occupe le centre des aventures ; de pair avec un ami d'enfance qui devient son adversaire acharné, un nommé Muréna, Lucius (probablement Licinius), descendant d'un noble plébéien qui se rendit célèbre dans les années 50 avant J.-C. en donnant ses esclaves fautifs et ses adversaires politiques en pâture à ces peu ragoûtants poissons, qu'il entretenait dans des viviers d'eau de mer dans une villa côtière, après avoir fait creuser des canaux pour amener la mer tyrrhénienne à l'intérieur des terres. C'était, nous disent les sources (utilisées par Monteilhet, voir la fiche Neropolis), une coutume de ceux qui pouvaient s'offrir ce genre de travaux, et Néron lui-même pensa un moment creuser un canal pour couper le Péloponnèse de l'Attique, le fameux canal de Corinthe (finalement réalisé vers 1870, si j'ai bonne mémoire ; Jacques Martin l'utilise dans l'un des volumes des aventures d'Alix).

Les auteurs ont choisi d'illustrer les épisodes les plus sanglants de la vie de Néron, telle qu'elle est relatée par Suétone, Tacite et Dion Cassius. Le futur prince est un enfant capricieux, un peu grassouillet, qui se passionne pour l'art, les femmes mûres (élevé par ses mère, marâtre et tante), et les garçons. Et le pouvoir.

Des principaux épisodes de sa biographie, les auteurs retiennent l'empoisonnement de Claude (un empereur plus libidineux que ne le dépeint Suétone), la mort de Britannicus qui était l'héritier attendu de l'empire, le matricide d'Agrippine, la décapitation de Lollia Paulina, une vague guerre en Gaule qui remplace, pour des raisons de scénario, la révolte de Boudicca en Angleterre, et finalement le grand incendie de Rome. Normalement, la mort de Pétrone, celle de Lucain et celle de Sénèque, la condamnation des chrétiens, puis le suicide du prince (qualis artifex pereo) devraient suivre.

Je crains beaucoup, puisque les auteurs ont cru bon de mettre en scène une rencontre entre Néron et le prétendu apôtre Pierre, que les volumes à venir ne dégénèrent en un remake de Quo vadis ?

Cette BD se conforme à la tradition réaliste qui prévaut, dans la tendance "BD adulte" depuis 1970, avec de grands auteurs et dessinateurs, Bucquoy, Tardi, et de moindres aussi.

En réaction contre la "ligne claire" héritée d'Hergé, ces dessinateurs privilégient le détail et la vérification archéologique, et de ce point de vue leur travail est impeccable. Les realia sont impeccables, qu'il s'agisse de l'architecture ou de la vaisselle. La documentation est confortée par nombre de citations en fin de chaque volume.

Mais la tendance est toujours la même, sang et sexe à tous les étages : non que la société romaine de l'époque fût angélique, mais la version sado-masochiste qui en est donnée, avec égorgement, meurtre sanglant, viol et sodomie toutes les trois pages, cela devient lassant. Et dépourvu d'intérêt : Néron n'est qu'un prétexte, on en ferait autant avec la guerre de Cent Ans, la conquête de l'Amérique, ou n'importe quel conflit intergalactique d'un lointain futur. D'ailleurs, cela a déjà été fait.

Par-delà l'effort graphique efficace, l'intrigue tend vers l'incompréhensible, puisqu'on ne sait plus qui veut tuer qui ni pourquoi. L'hémoglobine chasse l'idée de l'histoire.

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Published by - dans LC02
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