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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 20:38

Ma collègue, qui doit être maintenant à la retraite, a enseigné à Berkeley, à Columbia, puis à Nashville où elle dirigeait le département de littérature comparée. C'est en 1978 que l'idée lui est venue de faire d'Aristote, philosophe, médecin et précepteur d'Alexandre le Grand, un enquêteur. Le narrateur est un jeune philosophe et médecin aussi, Stéphanos d'Athènes.

Pas riche, mais citoyen ; alors qu'Aristote est un métèque. Les crimes sur lesquels ils enquêtent tous deux, avec les disciples du Lycée, sont liés à la citoyenneté et aux cultes athéniens, plutôt rigides. Nous sommes loin de l'image stéréotypée de la Grèce de marbre, propre et bien sage : les métèques ne peuvent acquérir une propriété, les esclaves sont châtiés durement, les citoyens pauvres (les thètes, c'est moi qui ajoute le terme) sont condamnés à ramer pour gagner leur vie. Les femmes et filles de citoyens ne peuvent apparaître en public qu'accompagnées, et ne s'entretiennent avec un homme que dissimulées par une tenture. Hypéride, l'orateur dont les étudiants hellénistes s'échinent (jeu de mots) à traduire les textes austères, est un nationaliste xénophobe à l'esprit étroit, et il semble bien qu'Alexandre, le Napoléon de son époque, représente un esprit à la fois novateur et tyrannique.

J'aime cette façon de démystifier la démocratie athénienne, qui a si peu duré… et dont Aristote lui-même, dans sa théorie cyclique des régimes de gouvernement, précédant Polybe, a montré qu'elle ne saurait être que transitoire… ce qu'elle fut, puisqu'Athènes ne vécut guère plus d'un demi-siècle de vraie démocratie. Laquelle démocratie était fondée sur la thalassocratie et l'exploitation des allées et vaincus.

La documentation historique est à peu près impeccable, même si j'ai relevé quelques inconséquences (par exemple, Aristophane jugé hors d'âge à l'époque d'Aristote). En ce qui concerne la narration, elle dérive un peu d'Agatha Christie (l'auteur a étudié à Oxford) : pas bien rapide, avec beaucoup de personnages présentés en préambule, elle n'est pas sans rappeler les excellentes aventures monastiques de Peter Tremayne, autre oxfordien publié, également, par Zylberstein. Du polar érudit, soft, plutôt moins sanguinolent que les thrillers habituels, mais agréable à lire malgré de sérieuses lenteurs.

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Published by - dans LC02
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