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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 19:31

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Les écrivains augustéens

 

Le terme est réducteur, mais il faut bien constater que les gens qui ont écrit l’histoire sous forme poétique ou prosaïque autour du moment où Octave est devenu Auguste dépendent forcément du contexte historique, qu’on peut décomposer en deux termes :

1. les cent ans de guerres civiles, qui ont culminé avec le conflit entre César et Pompée de 49  à 45, puis entre Octave et Antoine de 43 à 31.

2. le rétablissement de deux paix, intérieure et extérieure, dans les années 40-30 ; Octave-Auguste, devenu princeps, est le garant de la concorde entre citoyens, qui ne se disputeront plus entre partisans de la plèbe et partisans du sénat, et en même temps il cesse de combattre contre les Hispaniques, les Gaulois, les Germains, les Daces de Roumanie, les Africains de  ce qu’on appellera plus tard le Maghreb, l’Égypte grecque devenue propriété personnelle du Prinde, la Syrie, la Palestine…

Il reste quand même des résistances : les Germains d’Arminius, les peuples alpins de Maurienne et de Tarentaise, les Bretons et surtout les Parthes, entre Syrie et Arménie, mais peu importe : on a décrété la pax Augusta ou « paix ennoblie par les Dieux », et en même temps la concorde définitive entre citoyens.

À l’intérieur, les campagnes sont désertées, suite à la surexploitation des terres dans une perspective de rapport immédiat : vigne, oliveraies, voire élevages d’huîtres et poissons de luxe, au bénéfice des grandes familles sénatoriales qui possèdent des dizaines de milliers d’hectares, avec des milliers d’esclaves. En ville, des citoyens réfugiés des campagnes, sans doute un million rien qu’à Rome, sans ressources à 95% , mais Quirites et donc pourvus du droit de vote…

3. Comme les populations pauvres (mais pas totalement indigentes, puisque la clientèle et les aides publiques les empêchent de tomber dans la déchéance absolue, comme on le verra dans le module 02) sont perméables à toute propagande, le régime augustéen va répandre toute une mythologie de l’Âge d’Or à l’usage des dominants, des sous-verges et en fin de course du public illettré qui, faute de télévision, sera abreuvé de fables.

 

Hormis les graffites de Pompei et de rares inscriptions populaires (généralement chrétiennes, donc pas antérieures au IIe siècle de l’ère courante, l’enseignement universitaire ne peut travailler que sur un épiphénomène qui est la littérature de cour, sans doute, toutefois, un peu diffusée dans la bourgeoisie municipale par des lectures publiques.

 

Conservatrice, tardigrade et physiologiquement inapte à toute novation, incapable par ailleurs à faire la part des faits sociaux quand ils ne manifestent pas dans l’écrit officiel, l’Université me contraint à quelques simples remarques utiles pour comprendre Tite-Live.

 

Vous aurez bien compris que celui-ci est le meilleur intellectuel de son époque, ce qui ne signifie pas qu’on puisse le considérer comme un historien exigeant. Il semble avoir échappé aux « cercles »’ littéraires de l’époque et avoir été à la fois ami, conseiller et (très mollement) critique de la monarchie augustéenne . La première page du polycopié rouge vous suffira de ce point de vue.

Je renvoie pour la suite à l’excellente Littérature latine I d’Hubert Zehnacker et J.-C. Fredouille, aux PUF, 1993.

Les dates essentielles du règne d’Auguste, pour ce qui concerne la littérature, sont : en –27, collation du titre Augustus et dédicace du Panthéon d’Agrippa, temple fédérateur.  En –20, la restitution des enseignes romaines prises par les Parthes en 52 : trimphe de la diplomatie sur la guerre ; dans la même ligne, en –10 la dédicace de l’autel des Gaules à Lyon, et en –9 de l’ara Pacis augustae. En –17 les Jeux Séculaires (long poème d’Horace) rappellent l’antiquité de Rome. En –12, à la mort du titulaire Lépide, Auguste devient Grand Pontife, chef suprême de la religion d’État.

Les écrivains augustéens sont en général des écrivains de cour : protégés et inspirés directement par le prince (Horace, dont le livre IV des Odes et le Carmen saeculare ressemblent à des commandes, ainsi que le livre IV de Properce et l’Énéide). Auguste lui-même a laissé quelques écrits dont ne subsistent que les Res gestae, une autobiographie politique. – ou par Mécène, épicurien, très riche, écrivain précieux – Asinius Pollino, ancien légat de César qui se retira de la politique et intervient pour préserver le domaine de Virgile, menacé par les lotissements aux vétérans – enfin M. Valerius Messala Corvinus, protecteur de Tibulle et d’autres élégiaques.

Les écrivains eux-mêmes sont presque tous des provinciaux, chevaliers ou fils d’affranchi (Horace), relativement aisés, propriétaires terriens, qui savent gré au nouveau régime de protéger leurs biens.

Virgile, de Mantoue, commence sa carrière en adaptant le sicilien Théocrite dans les Bucoliques, chants de bergers fictifs qui peuvent évoquer la mièvrerie d’Honoré d’Urfé ou de Mme de Scudéry ; mais dès le début du recueil publié il donne le thème idéologique : deus nobis haec otia fecit, c’est à un dieu que nous devons cette paix. Les Géorgiques, dédiées à Mécène, ne sont pas un traité sur l’aagriculture et l’élevage mis en vers (celui de Varron date de 37), mais un appel à la sagesse, au respect des dieux à qui l’on doit la fécondité, et dont on ne doit pas gaspiller les bienfaits dans de vaines querelles : comprenons la politique des derniers républicains. L’ouvrage était terminé en 29, avant donc qu’Auguste ne reçoive les pleins pouvoirs.

L’Énéide, rédigée de 29 à 19, est une longue épopée de quelque  10 000 versqui raconte comment Énée, échappé de Troie, surmonte tous les obstacles (amour de Didon, colères de Junon et de Poséidon qui ne cesse de lui susciter des tempêtes, folie des femmes troyennes qui brûlent la flotte, mort de ses proches…) pour fonder une ville nouvelle dans le Latium, Lavinium, du nom de la princesse locale qu’il prend comme deuxième épouse. Malgré une imitation (obligée) d’Homère, Virgile créée une épopée nationale assez originale dont le succès fut immédiat : on l’apprenait dans les écoles, et les premiers vers (arma uirumque cano…) ont même été graffités sur un mur de Pompéi.

 

Horace était fils d’un fonctionnaire public, esclave affranchi non sans fortune ni ambition : études à Athènes, tribun militaire qui finit à la tête d’une légion dans l’armée des tyrannicides. Amnistié, il rentra en grâce auprès de Mécène. Ses satires et épodes sont de ton épicurien, puis vers 25 il oriente ses poèmes vers le problème du bonheur dans la cité. Son idéal est l’aurea mediocritas, jouir en paix d’une relative aisance à la campagne (dans un domaine de Campanie offert par Auguste). Le Chant séulaire, œuvre de commande pour les cérémonies de 17, célèbre les dieux chers à Auguste, en premier lieu Apollon, et non la vieille triade Jupiter-Junon-Minerve, allégorie du régime républicain.

Dans la première génération des écrivains augustéens, ceux qui ont commencé leur œuvre avant 30, on compte aussi des techniciens : Agrippa, gendre du prince, géographe ; ANtistiiue Labeo et Ateius Capito, juristes ; Vitruve, architecte et tacticien, ancien officier de César ; Verrius Flaccus, astronome ; Hygin, cosmographe, bibliothécaire du prince.

C. Cornelius Gallus, mort en 26, ami personnel d’Auguste, importa le genre élégiaque grecc ; il s’agit de poésie amoureuse, dont les auteurs se font volontiers passer pour des émules de François Villon, mais, comme l’a montré Paul Veyne, appartiennent en fait aux classes aisées ; Tibulle, Lygdamus (panégyrique de Messala, son protecteur, pour son consulat de 31), Properce et Ovide parlent surtout de galanterie, mais utilisent aussi une érudition mythologique assez pesante pour les lecteurs modernes. Ovide, dont l’Ars amatoria est un traité de la séduction (ainsi que d’autres œuvres), a bâti les Métamorphoses sur des légendes grecques et les Héroïdes sont des lettres fictives entre héros mythologiques  les Fastes veulent expliciter, selon le calendrier, les innombrables fêtes archaïques. Exilé en +8 en Dacie, il érivit encore plusieurs livres pour se plaindre de son sort, qui ne sont nullement comparables à l’œuvre de Victor Hugo !

Le traité d’astronomie de Manlius évoque, en vers, l’équilibre du monde, de même sans doute que la traduction latine des Phénomènes d’Aratos, autre traité d’astronomie, mais dû à un membre de la famille impériale, fils de Tibère et époux d’Agrippine, petite-fille d’Auguste, célèbre pour ses campagnes en Germanie.

Il faut mentionner enfin Sénèque le Père (dit autrefois le Rhéteur), qui composa sous Caligula un centon d’exercices entendus dans les écoles de rhétorique. Ces écrits, bavards et artificiels, mériteraient d’être étudiés de près car les écoles de rhétorique furent le repaire favori des derniers républicains.

On voit donc que ce qui nous est parvenu de la littérature de l’époque augustéenne n’est jamais indépendant du pouvoir politique, même si une grande partie de la poésie élégiaque se présente comme personnelle et quasi romantique. Même Asinius Pollion, très critique de César après avoir été l’un de ses fidèles lieutenants, servait la propagande d’Auguste, qui prenait soigneusement ses distances par rapport au père adoptif du prince.

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Published by - dans LC04
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