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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:53

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Les aventures d’Astérix : évolution des thèmes et des gags.

 

Les 24 albums écrits par Goscinny ont été produits sur un peu moins de quinze ans, 1961-1976 : de la prise de pouvoir par Charles de Gaulle aux suites des événements de 68. Les auteurs réagissaient avec les délais nécessités par la réalisation des albums aux événements contemporains, tout en ajoutant des personnages, des caricatures de quelques personnes connues, et les fameux running-gags, ou plaisanteries récurrentes, qui sont nécessaires pour créer la connivence avec le lecteur.

Parmi les running-gags, la mise à l’écart du barde (qui finit enchaîné, tellement il chante mal, dès le premier album, et le demeure à part deux exceptions), le banquet final (inévitable, plus ou moins développé mais en général sur une demi-page finale), les bagarres entre villageois provoquées par le conflit entre deux personnages, le forgeron (Cetautomatix) et le poissonnier (Ordralfabetix), les patrouilles ou les légions entières massacrées tantôt par Obélix et Astérix seuls, tantôt par tous les mâles du village et occasionnellement par les femmes ; ils donnent lieu à des variantes mineures.

Plus difficiles à exploiter sont les pirates et le pavois. Les pirates apparaissent dès le début ; Goscinny les a empruntés à la BD Barberousse, parue chez Dargaud également. Le pavois est un élément emprunté à des coutumes germaniques et non gauloises, qui donne lieu à de savoureuses variantes : le chef (Abraracourcix) s’y tient souvent, mais il en tombe encore plus souvent, selon des modalités diverses.

On pourrait ajouter les apparitions de César, mais elles sont irrégulières et le présentent le plus souvent en colère, dans un état d’infériorité, à l’inverse de l’image qu’il s’est fabriquée dans ses Commentaires. On ne peut pas les rapporter ici, car il faudrait reproduire des images, ce qui est strictement interdit par le Code de la propriété intellectuelle…

Il aurait été agréable de présenter ces notes sous forme de fiches, mais j’y ai renoncé devant la difficulté à caler des tableaux Word dans un document internet. Dans le descriptif sommaire de chaque volume, on suivra l’ordre suivant : date, titre, argument, allusions à l’Antiquité, allusions contemporaines, running-gags réduits aux deux indiqués ci-dessus, et caricatures de personnages connus.

 

1. Astérix le Gaulois, 1961. Après avoir déguisé un légionnaire débile en Gaulois, le chef de la garnison voisine enlève le druide ; prisonnier, celui-ci fait enrager les Romains en exigeant des fraises pour leur préparer de la potion. Après un épisode où A. et O. profitent de la bêtise d’un marchand pour entrer dans le camp, P. sert une potion aux effets bizarres : Caligula minus vole comme un ballon captif, les légionnaires prennent des couleurs curieuses puis voient leurs cheveux et leur barbe pousser de manière incontrôlable. César apparaît et envoie le légat en Mongolie extérieure et libère les Gaulois.

Allusions contemporaines : aucune. Clin d’œil : les métamorphoses des Dupondt dans Objectif Lune et On a marché sur la lune d’Hergé.

 

2. La Serpe d’Or, 1962. Le druide envoie A. et O. chercher une serpe à Lutèce ; ils tombent sur une bande de ruffians dirigés, on l’apprend à la fin, par le préfet romain.

Allusions contemporaines : les embarras de Paris ; les cabarets de Montmartre ; explicitement, le Moulin Rouge. Allusion antique : la corruption des magistrats (mais on peut y voir une allusion contemporaine aussi). Personnages modernes : le restaurateur auvergnat (bougnat, voir Le bouclier arverne) complice de la mafia des serpes, et remplacé par un Marseillais qui ressemble déjà au César de Pagnol.

 

3. Astérix et les Goths, 1963. Panoramix est enlevé par des Goths. A. et O. le récupèrent en Germanie ; en leur distribuant de la potion magique, les Gaulois incitent plusieurs minables à lever des armées pour prendre le pouvoir, de sorte que « les Goths ne sont pas près de nous envahir ». Thèmes modernes : les frontières, le nazisme et les ambitions politiques. Les patrouilles, romaines et germaniques, qui sillonnent les forêts sans réussir à rattraper les Gaulois, sont évidemment une image caricaturale des maquis.

 

4. Astérix gladiateur, 1964. Le chef de la garnison romaine enlève cette fois le barde pour l’offrir en cadeau à César. A. et O. se rendent à Rome et se font engager comme gladiateurs dans le ludus de Caius Obtus, et se produisent dans l’arène en bouleversant les conventions (les gladiateurs jouent aux devinettes au lieu de se battre). César libère les Gaulois, qui lui demandent de leur confier Obtus : celui-ci finit comme rameur dans la galère qui les ramène en Gaule. Thème moderne : la non-violence, mise à la mode par le mouvement hippie et les Beatles à l’époque. Thème antique : les jeux, réduits à la seule gladiature ; le personnage odieux du lanista. Apparition sur une seule case des pirates, « incident » du voyage de retour organisé par le Phénicien Epidemaïs, qu’on retrouvera (les Phéniciens dominaient le commerce maritime, mais cinq siècles plus tôt…)

 

5. Le tour de Gaule d’Astérix, 1965. Le chef de la garnison, cette fois, construit une circonvallation pour empêcher les Gaulois de sortir du village. A. lance le défi de faire le tour de la Gaule et d’en rapporter des spécialités culinaires : bêtises de Cambrai, saucisson de Lyon (qui n’existait pas encore, et il n’y avait évidemment pas de monuments romains sur Fourvière), jambon de Paris, salade niçoise (Nice n’était pas en Gaule chevelue, mais en Province romaine), vin pétillant de Reims, etc. À chaque étape les Romains se font plus pressants, et un Gaulois va même vendre Obélix repu de sangliers aux Romains, mais à mesure qu’ils progressent les Gaulois rencontrent des résistants. Thème moderne : évidemment la Résistance, surtout à Lyon, avec les traboules où l’occupant se perd ; la collaboration, forcément. Support : le tour de France cycliste. Au passage, les héros empruntent une voiture portant l’emblème des postes, télégraphes et téléphones, ex-PTT. À Marseille, on rencontre de nouveau Raimu avec tous les personnages de la partie de cartes, moment culte du film de Pagnol, César. Et en allant de Marseille à Nice, les Gaulois rencontrent de nouveau les pirates…

 

6. Astérix et Cléopatre, 1965. César, très méprisant, parie avec Cléopatre qu’elle n’est pas capable de lui bâtir un palais à Alexandrie. L’architecte Numerobis vient chercher l’aide de Panoramix. Mais son rival Amonbofis tente de ruiner ses efforts, et enfin César vient attaquer avec son artillerie le palais presque achevé, ce qui lui vaut d’être humilié par Cléopatre. Les pirates apparaissent ici deux fois : p. 9, ils préfèrent se saborder, et en fin de volume ils rament dans le bateau d’Epidemaïs (qui les a engagés comme joyeux membres de son club de tourisme…). Album important qui marque la sortie (provisoire) du style BD pour écoliers : dès la couverture on caricature les peplums hollywoodiens avec une présentation grandiloquente, façon Metro Goldwin Mayer, Cléopatre a le maquillage de Liz Taylor et César, qui depuis longtemps ressemblait un peu à Yves Montand, prend des allures de Richard Burton dans le film de Mankiewicz. Les effets de contreplongée sont caricaturaux (les différents chars de Cléopatre, toujours vus du bas, sont des monuments bigarrés, on voit César disparaître en coulisse en ne laissant qu’un bout de son manteau en bord d’image, etc.). Allusions antiques : l’exploitation des fellahs par les pharaons, mais il y lurette qu’on ne construisait plus de pyramides ! L’extraction de la pierre en Haute-Égypte et son transport par le Nil. Caractère labyrinthique des pyramides, construites de manière à ce que les pilleurs ne trouvent pas les sépultures centrales. Allusions modernes : le tourisme, arnaques comprises ; gag exploité : c’est Obélix qui casse le nez du sphinx de Gizeh ; aussitôt, tous les marchands de souvenirs cassent le nez des statuettes produites en série… Noter aussi un thème qui reviendra, une caricature des revendications syndicales (les travailleurs exigent d’être fouettés).

 

7. Le Combat des Chefs, 1966. Un chef collabo est incité par le légat romain à défier Abraracourcix ; or, par maladresse, Obélix envoie un menhir sur le druide, qui perd la raison. Il ne pourra pas préparer de potion magique avant l’extrême fin du combat. Thème moderne et ancien à la fois : la collaboration et la romanisation de l’architecture (Aplusbégalix veut mettre partout des colonnes parce que ça fait gallo-romain, bâtir un aqueduc alors que son village est traversé par une rivière, visite les écoles comme Charlemagne et oblige les enfants à faire le salut nazi…). Allusions modernes : la Foire du Trône, cadre du combat de boxe arrangé entre les chefs, avec stands, grande roue, tir forain, etc. Clin d’œil : le druide et son collègue venu le soigner (une caricature de Freud) rivalisent de potions imaginatives qui les font devenir verts à carreaux rouges ou bleus à pois blancs, nouvelle allusion aux changements de couleur des Dupondt d’Hergé.

 

8. Astérix chez les Bretons, 1966. Un cousin de Bretagne vient demander de l’aide en Armorique. Mésaventures d’un tonneau de potion magique : recherché par les Romains qui confisquent tous les tonneaux de Londres, et que leurs supérieurs obligent à goûter… Obélix goûte aussi, s’endort et est capturé ; A. le délivre de la Tour de Londres ; puis c’est un voleur de charrette qui a trouvé le tonneau, mais il l’a vendu à une équipe de rugby : intervention d’Obélix et des légionnaires dans un match de rugby à rebondissements… le tonneau se retrouve dans la Tamise, où les poissons font plonger les pêcheurs. Mais les Bretons battront les Romains, même sans potion. Allusions antiques : les deux traversées de la Manche par César, en 56 et 55, et la résistance bretonne (mais c’est plutôt celle de l’époque trajane, racontée par Tacite). Allusions modernes : caricature de la langue anglaise, y compris le début de la méthode Assimil ; les pubs ; les banlieues de Londres et leurs cottages tous semblables ; le flegme britannique (un bourgeois anglais lit son journal, gravé sur pierre bien entendu, pendant qu’on fracture sa porte) ; le five o’clock tea… et le rugby. Caricature de la discipline militaire quand les légionnaires ont goûté tous les tonneaux. Gag récurrent : les pirates surpris dès le début par l’armada de César.

 

9. Astérix et les Normands, 1967. Goudurix, neveu du chef, vient passer des vacances vivifiantes au bord de la mer. Trouble la tranquillité du village en important des danses de Lutèce qui ne séduisent que le barde, lequel, vexé, part à pied vers Lutèce avec ses instruments. Pendant ce temps, une harde de Normands débarquent, soucieux d’apprendre la seule chose qu’ils ne connaissent pas, la peur, qui est censée donner des ailes ; ils capturent Goudurix, le somme de leur faire peur et finissent par le balancer du haut d’une falaise… quand A. et O. le délivrent, bien sûr. Assurancetourix a été retrouvé, et A. l’invite à chanter devant des Normands hilares, qui prennent peur et sautent à leur tour de la falaise… ceux-là ne reviendront pas de sitôt, de fait, puisque les Normands historiques, les Vikings, n’arriveront qu’au VIIe siècle. Dans leur chute, ils atterrissent sur le bateau des pirates. Goscinny n’a cherché aucune vraisemblance historique, mais caricaturé les années yé-yé, des expressions attribuées aux Normands modernes (p’têt ben qu’oui…) et aussi des barbares particulièrement stupides.

 

10. Astérix légionnaire, 1967. La jeune Falbala, étudiante à Rennes, vient en vacances. Obélix a le coup de foudre (Uderzo adorait dessiner des jeunes filles glamour), quand le facteur apporte une plaque de marbre : son fiancé est prisonnier de César. Aussitôt A. et O. s’engagent dans la légion, ce qui ne va pas sans problèmes. Arrivés en Afrique, ils finissent par provoquer une bataille dont César, qui n’était pas décidé à combattre, sort vainqueur. Les héros repartent avec le bellâtre Tragicomix délivré. L’arrière-plan historique est celui de la guerre civile dans sa partie africaine, qui date de 47, mais le personnage du général dans sa tente, consultant des cartes, est assez conforme à l’image historique. En revanche, l’armée française est caricaturée avec sa paperasserie (« marbrerie »), ses ordres contradictoires, ses marches forcées et sa très mauvaise cuisine (d’où le gag du cuisinier qu’Obélix envoie dans sa marmite, et qui resservira) ; l’aspect comique est renforcé par des conscrits volontaires de toutes nationalités : un Breton (anglais) qui trouve la nourriture délicieuse, un Grec qui ne pense qu’à faire des paris, un Égyptien qui se croit au Club Med, un Belge truculent qui ressemble à Tintin fortement gonflé… une caricature très, mais vraiment très distanciée de la Légion étrangère, cette image prestigieuse de notre glorieuse armée nationale… rappelons que ce corps accueillait à l’époque (et cela continue, je crois) des hommes quelque peu en délicatesse avec la police et la justice de leurs pays ; et aussi que les citoyens mâles devaient, sauf recommandation spéciale, perdre un an et demi de leur jeunesse dans des casernes.

 

11. Le bouclier arverne, 1968. Le chef souffre du foie et le druide l’envoie en cours. Pour l’analyse détaillée, voir le fichier consacré à ce volume. Thème ancien : la notion de triomphe, très fantaisiste. Thème moderne : les cures thermales, la grosse industrie (Michelin à Clermont). Pas de running-gag sur les pirates ni sur le bouclier, qui est le héros de l’épisode.

 

12. Astérix aux Jeux Olympiques, 1968. Le chef de la garnison voisine entraîne un légionnaire qui doit participer aux JO, mais Obélix le dépasse à la course en cherchant à l’interroger sur ses raisons de courir dans les bois. Désespoir du légionnaire, qui va manier un balai à chaque fois que les Gaulois l’humilient.Ceux-ci, puisqu’ils sont officiellement romains depuis 51, envoient une équipe aussi, mais comme le dopage est interdit, Astérix ne concourra que dans une épreuve de demi-fond réservée aux Romains… dont il sort vainqueur puisque tous les adversaires ont consommé une potion magique spéciale qui leur colore la langue en bleu. Running-gag : les pirates tombent sur les Gaulois à l’aller et au retour. Contexte moderne : le tourisme sexuel (déjà… mais représenté par Agecanonix), le tourisme et les arnaques inhérentes, le chauvinisme des Grecs. Contexte antique : une assez bonne figuration des jeux grecs, à la sauce Foire du Trône et stades de foot. Sauf que les JO n’ont jamais été ouverts aux Romains et qu’Uderzo s’obstine à écrire boulenterion au lieu de bouleuterion. Clin d’œil : Uderzo et Goscinny représentés sur un bas-relief, se traitant réciproquement de tyran et de despote (en grec).

 

13. Astérix et le Chaudron, 1969. Un chef collabo planque l’argent des impôts chez Abraracourcix, sous la garde d’Astérix, mais distrait la garde d’A. et le récupère. A. est donc exilé et tente, avec Obélix, de gagner de quoi remplir le chaudron vide : en vendant des sangliers au marché, en faisant faire des numéros de clown à Idéfix, en s’engageant dans une troupe de théâtre hippie, en cambriolant une banque.  À la fin, l’odeur de soupe à l’oignon dévoile la supercherie du chef collabo. Gags : le chef sort sur son pavois en pyjama ; les pirates passent sous la falaise quand le chaudron dégringole. Allusions modernes : nombreuses, le théâtre d’avant-garde, les paris aux courses et la Foire du Trône. Gag inédit : le percepteur romain s’exprime sous la forme de formulaires officiels.

 

14. Astérix en Hispanie, 1969. César a pris un otage en Espagne, un gamin insupportable, fils de chef. Astérix décide de le ramener à son père, suivi de près par le centurion chargé de le garder. Au bout de nombreux quiproquos, César doit reconnaître la supériorité des Gaulois et des Celtibères. Allusions contemporaines aux congés payés, aux passeurs de la deuxième guerre, à l’oppression catholique (des processions dans chaque ville traversée), à la corrida, à la fierté des Espagnols. Allusion littéraire : Don Quichotte. Running-gags : le chef dérange les porteurs dans leur sieste, mais ils se réveillent quand les Romains attaquent ; puis il leur ordonne de sortir en vitesse pour calmer la bagarre, et ils oublient de se baisser en passant la porte ; puis il est descendu par le poisson envoyé par Cetautomatix, gag qui tient quatre pages ; enfin il sort en pleine nuit, en robe de chambre, toujours sur son pavois. Les pirates, cette fois, ont préparé un festin pour l’anniversaire de Barberousse, mais A. et O. sont affamés… IL n’est pas indifférent que le barde chante du Brel : L’Homme de la Manchase jouait à l’époque au théâtre des Champs-Élysées, et Brel a toujours refusé de chanter en Espagne tant que Franco y régnait.

 

15. La Zizanie, 1970.Un conseiller de César a trouvé la solution pour rompre l’unité de ces rares Gaulois qui ne se disputent (presque) jamais : infiltrer un sale type, Detritus, qui commence par susciter des insultes entre les sénateurs autour de César, jusqu’à provoquer la colère (habituelle) de César lui-même, puis entraîne les pirates à se battre entre eux, enfin offre un cadeau luxueux à Astérix, le plus grand homme du village selon lui. Les disputes commencent par les femmes, puis atteignent les hommes, au point que le druide décide de donner une leçon et de trouver un moyen de rendre Detritus aux Romains. Lesquels sont une nouvelle fois massacrés par les Gaulois réconciliés. Contexte antique : l’accaparement du butin et la rivalité entre les dirigeants. Allusions modernes : un peu de connaissances historiques suffira, 68 a permis à certains hommes politiques de se chamailler à qui déchirera le premier le fantôme du général de Gaulle. La figure de Detritus a peut-être été inspirée par l’acteur de seconds rôles Jean Topart.

 

16. Astérix chez les Helvètes, 1970. Un questeur enquête en Armorique d’où les impôts ne rentrent pas. Le gouverneur Garovirus, qui vit dans un luxe répugnant, détourne en effet les sommes exigées à son profit. Il fait empoisonner le questeur, qui se fait sciemment prendre comme otage par les Gaulois, mais pour le guérir il faut une fleur d’edelweiss. A. et O. partent donc en Suisse et traversent de nombreuses aventures avant de rapporter la fleur, ce qui permet au questeur de punir Garovirus.Gags sur l’idiosyncrasie suisse : la fondue, leur manie de tout nettoyer, les trompettes et le yoddle, le service militaire continu, la Société des Nations, le secret bancaire… Historiquement, rien ne tient puisque Genève est chez les Allobroges, alliés des Romains et inclus dans la Provincia. Clin d’œil évident : le Satiricon de Pétrone et le film Fellini Satiricon.

 

17. Le domaine des dieux, 1971. César a trouvé la bonne idée : englober le village gaulois dans une ville nouvelle, qui sera occupée par des citoyens romains recrutés par tirage au sort. Le maître de cérémonie qui officie dans l’arène, Guilus, fait comprendre au gagnant que s’il n’y va pas, il sera livré aux lions… Sur deux pages, dépliant façon manuel scolaire pour décrire la vie idéale du jeune citoyen romain et de sa matrone (cette double page mérite à elle seule deux heures de commentaire). Il faut déjà abattre la forêt : Obélix et Idéfix s’y opposent, et le druide fait repousser le matin les chênes abattus pendant la nuit. Mais les esclaves se plaignent de ne plus pouvoir travailler pour rien, et les Gaulois acceptent de leur laisser le temps de terminer la clairière…mais pendant ce temps, ils réclament d’être payés, et les légionnaires commencent à se syndiquer. Tables rondes… façon Grenelle, celui de 68.La ville nouvelle enfin construite, les civils s’y installent, et l’économie du village est aussitôt désorganisée : les matrones viennent y acheter des antiquités et des poissons, dont le prix augmente tous les jours jusqu’à ce que tous les villageois deviennent soit poissonniers, soit antiquaires ! Le druide comprend alors qu’il faut intervenir, et Obélix est lancé comme un épouvantail, les civils désertent et les légionnaires s’installent ; mais l’armée aussi a senti le vent de 68, et ils revendiquent des augmentations de solde ! Tables rondes avec le légat, totalement épuisé. Finalement, on envoie le barde louer un appartement déserté par les civils qu’a effrayés Obélix, et ce sont tous les Romains qui fuient, remplacés par les légionnaires qui ont négocié un habitat en dur. Quand Assurancetourix revient, chassé par les Romains qui ne supportent pas sa musique, Astérix soulève les Gaulois et un assaut collectif vient à bout du domaine des Dieux.

Ce volume synthétise une vision caricaturale des négociations qui eurent lieu après les événements de 68, bien sûr, tout en relativisant la romanisation historique, déjà attaquée précédemment. Le fond historique est précis : la Gaule s’italianise rapidement après la prise de pouvoir d’Auguste, dans les années 25-0, mais Goscinny oublie sciemment que la romanisation par le commerce du vin et de l’huile est largement antérieure à César. Le druide le dit à la fin, cet épisode a reculé la romanisation, mais elle est inévitable. Les thèmes contemporains, négociations syndicales, villes nouvelles (Melun-Sénart, Evry-ville nouvelle, datent de ces années) et atteintes massives à l’environnement, sont prépondérants. Le personnage odieux de Guy Lux, parfaitement reconnaissable, fait partie du paysage audiovisuel des années 65-80 ; ce génie de la publicité de très mauvais goût avait, rappelons-le, créé à la télévision cette insulte à l’intelligence qu’il avait appelée Intervilles, et qui, je le crains, doit encore exister.

 

18. Les lauriers de César, 1972. Suite à un pari stupide, A. et O. doivent récupérer la couronne de laurier du dictateur dans son palais de Rome ; ils se vendent comme esclaves, mais finissent dans la maison d’un riche père de famille. Éléments antiques : la ville de Rome et le palais de César (en fait celui d’Auguste), une domus urbana typique, la vie nocturne et les quartiers chauds, les thermopoles ; le triomphe ; la vente aux enchères d’esclaves de luxe. Éléments modernes : les embarras de Lutèce (déjà vus), les parvenus, la servante portugaise ou espagnole…Le plus intéressant est l’utilisation de techniques cinématographiques, non seulement le flash-back (on voit d’abord O. et A. sur un pont de Rome, puis on découvre pourquoi ils y sont et comment Obélix et le chef, ayant trop bu, ont contracté avec le frère de Bonemine le pari), mais le retour sur image (le caillou qu’A. lançait revient trois pages plus loin vers son pied) et les effets spéciaux (personnages qui changent de couleur sur fonds unis contrastants). es pirates figurent dans le triomphe de César. Le dompteur de fauves est Jean Richard, comédien et directeur de cirque, créateur du premier parc d’attractions (Ermenonville).

 

19. Le devin, 1972. Un jour d’orage, tout le village est réfugié dans la hutte du chef. Apparaît une silhouette à contrejour : un charlatan qui se fait passer pour devin ; Astérix le chasse, il part vers la forêt en proférant des menaces. Les femmes d’abord, puis Agecanonix, le forgeron et le poissonnier lui apportent des vivres à profusion pour qu’il leur prédise un avenir glorieux. Pris par les Romains, il avoue être un faux devin, mais tous les légionnaires l’obligent à jeter les dés en pariant sur le résultat : faux ou vrai ? le chef de la garnison, qui rêve de remplacer César, l’oblige à annoncer une catastrophe au village : une pollution malodorante. Le village déserté, le druide de retour joue une farce aux villageois en leur concoctant une pollution à lui. Running-gags : le chef chassé par Bonemine s’enfuit sur son pavois, mais se heurte au linteau de la porte ; les pirates sont « traversés par un banc de Gaulois » quand les villageois rentrent à la nage. Flash-back en début d’album sur le pouvoir des devins dans l’Antiquité.

 

20. Astérix en Corse, 1973. Les Romains ont fait prisonnier un indépendantiste corse, trahi par un autre chef de clan. A. et O. le ramènent, et le préteur Suelburnus est puni de sa cupidité. Aucune vraisemblance pour l’Antiquité : certes, les colonies en Corse n’ont jamais concerné que le littoral, mais il s’agit des Étrusques et des Grecs, et il n’y a jamais eu de colonie romaine, à part Aleria. Lieux communs : la vendetta, le machisme, la sieste, les fromages forts… qui font même exploser le bateau pirate. Un légionnaire enthousiaste s’oppose à son supérieur (qui ressemble à Gainsbourg) qui préfère rédiger des rapports en trois exemplaires. Pierre Tchernia est le chef de la garnison en Armorique, et Raimu trouve un bateau – celui des pirates, qui s’enfuient en reconnaissant leurs passagers – sur le port de Massalia.

 

21. Le cadeau de César, 1974. César distribue des lots de terre à ses vétérans ; l’un d’eux, poivrot invétéré, reçoit un petit village gaulois… qu’il échange contre un pot de vin. L’aubergiste revendique son bien, ce qui fait beaucoup rire les Gaulois, et Bonemine déteste tout de suite la femme de l’aubergiste (bulles en forme de glaçons…). Mais le chef propose à son rival, lui aussi victime des femmes, un accord : il pourra ouvrir une auberge près du poissonnier. D’où bagarres à répétition. Obélix amoureux de la fille de l’aubergiste, Zaza ; Astérix la défend à l’épée en traçant un Z sur la tunique de son adversaire. Puis élections pour élire le chef du village : les villageois préfèrent l’étranger qui a acheté des poissons et des enclumes… pendant le duel « télévisé » dirigé par le barde, pas franchement indépendant, les Romains bombardent le village, provoquant la sortie en masse. L’escrime d’Astérix rappelle évidemment le personnage de Zorro, qui passait à la télévision en ce temps, et la campagne électorale oppose deux personnages qui évoquent Poher et Pompidou en 69.

 

22. La grande traversée, 1975. Chargés de trouver du poisson raisonnablement frais pour la potion magique, A. et O. sont chassés en pleine mer dans un noir… d’encre. Ils débarquent sur une terre qui ne ressemble pas au village, où vivent des glouglous et des guerriers emplumés et peints, qu’Obélix prend pour des Romains déguisés, puis pour des Thraces. Le chef indien veut marier Obélix à sa fille, fuite des héros qui sont recueillis sur un îlot par des navigateurs au langage bizarre (à base de ǿ et de Ǻ). Seuls les chiens, Idéfix et un gigantesque danois, se comprennent. Les Vikings ramènent les Gaulois quelque part dans le nord, où au cours d’un banquet consacré à Odin, un prisonnier gaulois les identifie. Retour à la maison. L’anachronisme, comme pour les Normands, est volontaire. Astérix, pour attirer le drakkar, monte sur un tas de pierres avec une torche et un rouleau enlevé aux Indiens : Walt Whitman aurait rappelé que l’îlot s’appelle Manahatta ; le gag était préparé depuis plusieurs pages, puisqu’il a fallu que les Indiens peignent un rouleau représentant les exploits d’Obélix. Les voyages sur fond uniformément gris ou noir ont déjà été utilisés de préférence à l’extérieur nuit.

 

23. Obélix et Compagnie, 1976. César entouré de ses compagnons d’armes, devenus gras et endormis, quand un jeune prometteur (qui ressemble à Chirac), issu de sa nouvelle école d’affranchis (NEA) lui indique une méthode de conquête basée sur l’inflation. En Armorique, il fait mine de s’intéresser aux menhirs et en achète en augmentant les prix : la moitié du village va fabriquer des menhirs, l’autre chasser le sanglier, et tous les personnages arborent des vêtements aberrants. Le chef de la garnison est de plus en plus perplexe devant les menhirs qui s’empilent dans le camp, tout autant que César dont le trésor est vide : à Rome, on lance des campagnes publicitaires, mais les Italiens se mettent à fabriquer des menhirs, tandis qu’on en importe d’Égypte, en forme d’obélisques. Scènes gag : Lino Ventura, toujours renfrogné, demande à Laurel et Hardy légionnaires de décharger les menhirs d’Agecanonix. Le bateau pirate coule, la cargaison étant trop lourde. Finalement Panoramix annonce dans un grand éclat de rire que le sesterce ne vaut plus rien : les dévaluations massives sont fréquentes dans l’histoire romaine, mais aussi en Europe où Pompidou avait dû dévaluer massivement en 74 face au mark allemand et au dollar.

24. Astérix chez les Belges, 1976. César a dit que de tous les Gaulois ce sont les Belges les plus braves (phrase authentique ; il ajoute, au tout début du Bellum Gallicum, que c’est parce qu’ils sont proches des Germains et que le commerce italien ne les a pas atteints). Le chef décide d’aller voir sur place, et entre deux banquets servis par Nicotineke (Annie Cordy), les trois Gaulois d’un côté, les Belges de l’autre démolissent les camps romains, au point que César vient se rendre compte. Current-gag : en renvoyant un boulet de catapulte, Obélix coule le bateau pirate, dont le chef vient sous la tente de César pour se faire rembourser. On rencontre les Dupondt, le Mannekenpis… et les dernières pages reproduisent la bataille de Waterloo avec en bandeau les célèbres vers de Victor Hugo, quelque peu adaptés.

 

 

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