Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 22:13

Version:1.0 StartHTML:0000000208 EndHTML:0000023130 StartFragment:0000002701 EndFragment:0000023094 SourceURL:file://localhost/Users/richard/Desktop/blog%20en%20cours/CR%20partiel%2005:11%20LC%2002.doc

LC 02. Compte-rendu du partiel du 23 mai.

 

Ne dites pas que vous n’étiez pas prévenus du domaine concerné par les sujets, c’était assez clair avec ce qu’a traité Jean-Baptiste Guillaumin et ce que je vous ai projeté le 16.

Ce n’est certainement pas d’excellente méthode d’annoncer aussi ouvertement un sujet, mais comment voulez-vous faire quand on ne dispose que de onze semaines et qu’on n’est jamais sûr que le système de projection fonctionnera ?

Évidemment, on repère ceux qui ont fait du tourisme sur le blog ou occasionnellement dans les couloirs de la fac, et ceux qui écoutent les cours sans dormir ni bavarder. Nul besoin d’anonymat, puisque je n’enregistre pas vos noms ni votre physionymie, souffrant d’un épouvantable manque de mémoire des personnes (c’est pour cela que je ne suis pas député, étant incapable d’appeler les électeurs par leur nom sur le marché du samedi).

À partir de vos copies, voici quelques observations de méthodologie et quelques détails.

 

1. Méthodologie : l’exercice n’est pas un commentaire composé, puisque vous n’êtes plus formés à cet exercice en terminale, ni une étude littéraire image par image, mais le commentaire cohérent de quelques éléments saillants du corpus de textes ou d’images fourni. Je vous avais indiqué un plan possible en trois points, certains l’ont traité dans un ordre différent, d’autres ont déjà utilisé une demi-page à le répéter, ce qui n’était pas franchement utile ; quelques-uns, assez nombreux, ont compris que parmi les aspects littéraires je comprenais les techniques cinématographiques, et d’autres, malheureusement, ont entassé des observations disparates sans faire de plan, sans se tenir au sujet (on parlait d’Astérix gladiateur, pas de Cléopatre ni des Belges, et Alix ne servait que de point de comparaison ; il ne fallait donc surtout pas disserter sur Alix, son pseudo-patriciat et la loi, totalement imaginaire, qui l’aurait autorisé en tant que patricien à combattre dans l’arène sans entraînement ni affichage préalable. Ceux qui ont signalé l’invraisemblance totale du récit de Jacques Martin ont raison, mais… ils sont hors sujet).

Reprécisons d’ailleurs ce point, puisqu’en postant le dernier article concernant les jeux sur le blog, j’avais un peu oublié le texte de Suétone que mon collègue vous a proposé : c’est bien Caligula qui a obligé des sénateurs à se prostituer dans l’arène, sans entraînement spécial (ni mise à mort, en principe), mais pour les humilier ; et si Suétone mentionne que César dictateur a laissé combattre des hommes libres, il s’agissait de centurions volontaires, assez entraînés au combat sans avoir besoin de passer par une école de gladiature. Mais il le mentionne parce que c’est nouveau, et chacun sait que toute innovation (res noua, chose inouïe, qu’on traduit à tort par « révolution ») est scandaleuse pour les Romains, hyper-conservateurs.

Le propriétaire d’un ludus ou centre de formation de gladiateurs, le fameux lanista, était aussi mal considéré que les bouchers par les aristocrates romains, d’autant qu’il s’agissait presque toujours d’Italiens d’origine grecque. Mais ils étaient indispensables pour fournir des combattants lors des spectacles, et on leur louait les gladiateurs ; le système était un peu différent pour les courses, puisque les auriges, les chars et les chevaux pouuvaient appartenir à des sénateurs.

On arrive à la notion de munus. Combien de fautes de latin j’ai vu ! †numera, †nummus, par exemple. Au-delà de ces âneries, qui entraînent évidemment une note néfaste, il faut se rappeler que si munus désigne sous le principat un combat de gladiateurs, le sens général d’origine est n’importe quel spectacle offert au peuple par un magistrat, un « don » (on dit edere ludos, « donner des jeux ») et en même temps une charge honorifique ; les venationes, les courses et les combats sont des munera (pluriel de munus), ainsi que les intermèdes théâtraux, les défilés et musiciens, et les naumachies, qui sont exceptionnelles et dont, pour cette raison, je n’ai pas parlé sur mon blog.

Réparons l’omission volontaire : les naumachies étaient des combats navals simulés, avec beaucoup d’esclaves pour figurer les rameurs et les combattants ; il s’agissait en fait de combats d’infanterie sur l’eau, avec des abordages. Mais cela ne date que d’Auguste, qui fit creuser (vers 25 ?) un bassin entre le Tibre et le Janicule ; c’est actuelleemnt un quartier populaire, où l’on trouve, je ne sais pourquoi, d’innombrables garages qui réparent voitures et vélos. Sous Trajan, le Colisée pouvait être inondé grâce à l’aqueduc claudien qui passait à côté, et quelques naumachies y eurent lieu, mais de manière exceptionnelle parce que la chose exigeait des moyens techniques et financiers pointus. Suétone mentionne une partie fine où un banquet raffiné fut organisé sur l’eau par Néron, mais sans préciser où cela se passait. Quant à Hadrien, l’empereur-philosophe qui ne valait guère mieux que ses prédécesseurs, il fit construire un théâtre d’eau dans sa villa de Tibur ; c’est un bassin assez long conçu comme un cirque, où des embarcations légères pouvaient faire la course. Allez le voir si vous passez par là : Villa Adriana à Tivoli, service d’autocars (aléatoire) à partir de la gare Roma-Termini. Si je me souviens bien, quelques trattorie médiocres, comme toujours dans le Latium.

Quant au Colisée, plusieurs ont bien noté qu’aussi bien Goscinny que Martin en font le décor architectural de jeux censés se dérouler sous la monarchie de César, autour de – 50, alors qu’il ne fut achevé par Titus qu’en + 80. À mon avis, c’est une erreur consciente de la part de Goscinny (Martin, qui a réussi à présenter une vue cavalière de l’Acropole d’Athènes où figure le musée construit en 1951, ne tenait aucun compte de la moindre chronologie). Il faut bien voir que Goscinny ne représente pas la réalité historique, mais retranscrit l’interprétation des peplums amerlauds ; l’un d’entre vous a cité l’évocation explicite du film Anthony and Cleopatra de Mankiewicz, ce qui était d’ailleurs hors sujet. Mais Goscinny, le scénariste, ne prend de l’Antiquité qu’un arrière-plan sans la moindre prétention à l’exactitude historique, qui n’a aucun intérêt pour lui ! La BD, dont les techniques sont si voisines de celles du cinéma, va travailler sur les images élaborées par celui-ci.

Historiquement, il n’y avait pas de théâtre en pierre susceptible d’accueillir 100.000 spectateurs (le théâtre de Pompée, le premier bâti en pierre en 55, était bien plus modeste avec 15.000 places ; on peut en visiter les vomitoria où s’est installé le restaurant La Pollarola, entre la place Farnese et le Campo de’ Fiori). Mais on n’allait pas situer l’intrigue dans un théâtre provisoire en bois !

Il faut d’ailleurs distinguer le cirque, construit en longueur sur 500 m environ (la piazza Navona recouvre exactement le cirque d’Antonin), l’odéon qui est un théâtre en demi-cercle, et l’amphithéâtre qui a un plan circulaire. Précisons qu’en Gaule intérieure on a en général des théâtres-amphithéâtres, dont le plan est en demi-cercle outrepassé jusqu’à 120° (Orange, fidèlement utilisé dans Le Chaudron, mais aussi Autun, Entrains, Jublains, Senan, Argenton-sur-Creuse… et tous ces lieux accueillaient des spectacles de gladiateurs offerts par les magistrats municipaux du coin).

Comme certains l’ont rappelé, les courses de chars avaient lieu dans les cirques, et les combats dans les amphithéâtres ; piste longue contre piste ronde. L’ambiguïté date des Romains, qui appelaient circus une piste en longueur, simplement parce qu’on y effectuait des circuitus ou courses revenant au point de départ, tandis que nos cirques modernes travaillent sur des pistes rondes (voyez le Cirque d’Hiver, à la station Filles-du-Calvaire).

Donc, la confusion entre les trois types d’épreuves est simplement un lieu commun de la littérature moderne. Goscinny, suivant en cela Sinkiewicz et le cinéma américain, imagine gratuitement que les cirques accueillent aussi les jeux de l’amphithéâtre.
Pour les différentes épreuves de l’amphithéâtre, c’est assez simple : les venationes avaient lieu le matin et opposaient des animaux exotiques entre eux, les esclaves fugitifs étaient crucifiés et non donnés comme petit déjeuner à des lions ; cela a pu arriver (sous Dioclétien par exemple), mais c’est la propagande paléochrétienne qui a inventé le supplice de Blandine. Ensuite on avait, normalement, des intermèdes musicaux et théâtraux, et les combats de gladiateurs venaient après. C’étaient des rounds de trois à cinq minutes, et le vaincu était épargné s’il avait bien combattu : la populace demandait à l’organisateur des jeux d’épargner ou de laisser égorger le vaincu, et c’était celui-ci (l’éditeur) qui décidait ,  comme il payait la location des combattants, la mise à mort était loin d’être systématique : les gladiateurs valaient des sommes considérables.

En ce qui concerne les courses de chars, il est certain que beaucoup d’auriges mouraient suite aux naufragia, quand ils étaient désarçonnés dans les virages à 180° de la meta. Les images violentes de Martin, p. 4 du sujet, sont pourtant largement exagérées : le gros risque était d’être traîné par les chevaux, et c’est pour cela que les auriges avaient un poignard affûté, qui ne leur servait pas à attaquer les rivaux (impossible, de toute façon, à pareille vitesse), mais à se dégager des cordes qui les liaient à l’attelage.

Il était de toute façon hors sujet de commenter les images d’Alix. En revanche, j’aurais bien aimé trouver une copie qui évoque la manière dont Obélix arrête le char adverse… mais il aurait fallu suivre mon cours du 16 mai.

Désolé, pour des raisons de ©, je ne peux pas coller d’images sur le blog… à vous d’assister aux cours ou d’emprunter les œuvres dans quelque médiathèque d’arrondissement.

Revenons au sujet. Une seule candidate a noté qu’à la fois la concomitance des courses, de la gladiature et des intermèdes était invraisemblable, et la présence d’une cohorte armée encore davantage. Bravo.

Je termine sur des points de détail, mais importants.

César n’est pas rentré à Rome entre 58 et 50. Quand il a voulu réunir ses complices en hiver 53, il les a convoqués à Lucques, en rive droite de l’Arno, qui constituait la limite de la Gaule du côté tyrrhénien ; du côté adriatique, c’était le fameux Rubicon. En franchissant ces petits fleuves, il devait déposer les armes et abandonner son imperium, ce qui le rendait susceptible de comparaître devant des tribunaux tenus par les sénateurs conservateurs.

Ne pouvant rentrer à  Rome, même pendant les guerres civiles, il a reporté tous ses triomphes à 45. Même si, comme le prétend Suétone, il a obtenu le privilège de garder sa couronne de laurier pour dissimuler sa calvitie, ce ne peut être qu’à partir de 45.

La dictature est une magistrature républicaine parfaitement régulière, mais on n’y recourait que dans des circonstances exceptionnelles, quand les magistratsélus annuellement étaient incapables de conclure une guerre, et la dictature était limitée à six mois, le temps d’une campagne militaire d’été pas très loin de Rome. Quand les conquêtes débordent largement l’Italie, après la guerre d’Hannibal (200 av. J.-C.), la dictature n’a plus de raison d’être. Sulla la rétablit pour maîtriser des conflits internes à la classe politique romaine, en 88, et supprimela limite de six mois ; César se fait nommer dictateur pour six mois, puis dix ans, puis à vie, par l’assemblée du peuple, mais seulement en 46.

Il ne faut donc pas confondre dictateur, empereur et prince.

La dictature est une magistrature exceptionnelle, donc, de nature militaire ; le terme imperatordésigne simplement le magistrat régulier, consul ou préteur, qui commande deux légions ou plus . Auguste créera en 27 le terme de princeps, qui désignait auparavant le sénateur qui prenait la parole en premier. Ses successeurs, adoubés par le sénat, resteront simplement principes, mais inscriront sur leurs monnaies le titre d’Imperator parce que leurs armées les auront salués de ce titre qui signifie « général en chef ». À partir de la succession de Néron en 69, ce sont les légions qui commandent, et le titre imperator (complété par Caesar Augustus en général) désigne le chef de l’État, d’où la confusion entre empereur, prince et César (Kaiser, tsar en plus moderne). Charlemagne était empereur d’Occident.

Il ne faut donc pas confondre : César était IMPERATOR parce qu’il avait mené ses légions à la victoire, DICTATOR en tant qu’il l’emportait sur les autres magistrats élus, mais seulement à partir de 46. Il était aussi PONT MAX, Grand Pontife, donc chef de la religion Il fut assassiné parce que certains sénateurs conservateurs le soupçonnaient de vouloir devenir REX, soit à `Rome, soit à Alexandrie. Marc Antoine, qui lui aussi a connu bibliquement Ckéipatre, est très probablement à l’origine de  cette supposée volonté de devenir roi, qui mena à l’assassinat des Ides de mars 44.

iBrutus, pour terminer, donne lieu à un running-gag qui n’a pas été utilisé plus de trois fois : on sait que ce personnage, sénateur, préteur l’année 44, était un stoïcien particulièrement conservateur et convaincu que son ancêtre imaginaire avait fondé la république en 509. Les vrais comploteurs, les Cassius, Caesius et autres, tous magistrats à qui César avait déjà attribué des provinces qui les auraient enrichis, eurent beaucoup de mal à enrôler ce symbiole vivant dans le complot, et il ne se laissa embarquer que parce que tous les matins, étant préteur, il trouvait à son tribunal des inscriptions : « Brutus, rappelle-toi ton ancêtre ».

Au prétexte que César aurait, peut-être, couché avec sa mère Servilia, certains ont imaginé que Brutus était fils naturel du dictateur ; César aurait été précoce : il était né en 101 et Brutus autour de 85 .

Suétone raconte que quand Brutus, finalement convaincu de participer au complot, porta le dernier coup à César, celui-ci lui cria tu quoque mi fili. « Toi aussi, mon fils ! » Certains supposent qu’il aurait dit en grec καί σύ παῖ, « même toi, gamin » ; autre version, καί σύ τέκνον, qui pourrait signifier « fils » (naturel ou non). On ne connaît en fait qu’un fils à César, un fils adoptif qui était aussi son petit-neveu, C. Octavius devenu (suite à l’adoption) C. Iulius Caesar Octavianus, donc Octavien, qu’on appela ensuite Octave, puis Auguste à partir du 17 janvier 27, le premier monarque de cette époque qu’on appelle le Pcincipat ou, à tort, l’Empire.

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires