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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 21:02

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Le personnage de Romulus : aspects historiques et politiques.

 

Nous avons donc pu par extraordinaire finir d’examiner la geste de Romulus plus tôt que les années précédentes, malgré les problèmes de calendrier et de TER rencontrés. Ceci nous permettra d’étudier rapidement les rois latino-sabins et de rappeler les principes de Dumézil, puis de passer dès décembre à l’urbanisation et aux règnes étrusques. Le 22 novembre j’envisage de vous présenter quelques aspects visuels du villanovien, et sans doute le 3 janvier pourrons-nous en faire autant pour l’orientalisant et les débuts de la période urbaine ; le polycopié n° 3 sera donc utile pour le partiel qui, je le rappelle, est programmé pour le 10 janvier. Cela laisse le temps d’organiser une épreuve complémentaire d’une heure, comme prévu dans la charte, par exemple le 13 décembre. Dites-moi ce que vous en pensez.

L’examen des textes 8-14 et 17-18 permet donc d’aborder une troisième ou quatrième couche de la geste de Romulus.

Pour mémoire, la strate ancienne est composée de mythes indo-européens, datant donc du néolithique[1], comme l’enfant-roi, la gémellité, la mère nourricière animale, etc.

Une strate plus récente est clairement datée du milieu du IVe siècle av. l’ère courante : il s’agit des légendes, fabriquées par des écrivains grecs cités par Plutarque, qui relient au monde mythologique grec des cités qui, d’une manière ou d’une autre, interviennent dans les relations commerciales et diplomatiques de la Méditerranée : cités étrusques, tyrannies siciliennes, villes latines. Pour ceux que ce moment intéresse, je recommande les travaux de Dominique Briquel. Le miroir fabriqué à Préneste et trouvé, peut-être, à Volsinii, dernière ville étrusque conquise par Rome, qui figure sur la couverture du premier fascicule, est certainement le témoin d’une propagande pro-romaine en Étrurie méridionale à cette période, puisqu’il est indiscutable que c’est un objet authentique et qu’il date des années 350/340.

Une troisième strate, la moins saisissable sans doute, est reliée à des travaux érudits menés en partie à l’époque de César par l’érudit Varron ; il ne faut pas tout attribuer à Varron, dont l’œuvre ne survit qu’en très petite partie, mais certains éléments comme la manie d’attribuer aux Sabins l’étymologie du peuplement de Rome, d’expliquer par les Sabins des noms qui n’ont rien à voir (ex. les fameux Quiritesne peuvent tirer leur nom de la ville sabine de Cures, qui ne risquait pas d’exister autour de 750, puisqu’il n’y avait pas de ville en Italie centrale ; et le terme, qui vient du latin *co-uir-it-, désigne les citoyens assemblés et ne peut en aucun cas dériver de Cures). Je soupçonne que le personnage de Remus s’est introduit entre le IVe et le Ier siècle, car les sources grecques n’en parlent pas.

L’interprétation latino-sabine des noms des tribus romuléennes, Tities, Ramnes, Luceres, trois noms étrusques selon la majorité des linguistes, est probablement due à Varron.

Les explications embrouillées sur les licteurs et leurs insignes, le bâton de commandement, la toge pourpre et la chaise curule, le tout d’origine assurément étrusque, résultent peut-être d’une concurrence entre deux amis de Cicéron, Varron et Nigidius Figulus, un prêtre et érudit étrusque. Denys d’Halicarnasse, écrivain grec contemporain d’Auguste, relate à ce propos une histoire discutable : les douze cités étrusques soumises par Tarquin l’Ancien lui auraient offert ces insignes du pouvoir. Bien qu’il soit totalement impossible que Rome ait soumis les douze cités étrusques au VIe siècle, nous avons assez de documents graphiques pour démontrer que ces symboles ont été imposés à Rome par les Étrusques, et pas au VIIIe siècle, mais au début du VIe (cours de lundi prochain).

Dans la troisième strate, je mettrai également des influences littéraires totalement étrangères à l’histoire telle que nous la concevons : des mécanismes narratifs issus du roman, de la comédie, de la tragédie grecs et latins. Ainsi la reconnaissance des jumeaux par Numitor et Faustulus, l’épisode de Tarpeia, l’intervention des Sabines pour réconcilier Romulus et Tatius, plus tard le combat des Horaces et des Curiaces, la mort de Lucrèce, celle de Virginie, sont des apports de la littérature de quai de gare de l’époque. On en reparlera au second semestre.

Et voici la quatrième strate : le présent immédiat des auteurs.

Tite-Live, l’a-t-on assez répété ? écrit au moment où Octavien, fils adoptif de César, après avoir expédié son ancien complice Marc Antoine au bout d’une guerre civile de 13 ans, inaugure une monarchie qui ne veut pas dire son nom : il se proclame non pas roi, mais prince, princeps, ou plutôt selon ses propres mots : primus inter pares, le premier au milieu de ses égaux, c’est-à-dire celui des sénateurs qui prend la parole le premier (mais dont l’avis l’emporte toujours puisque le premier à parler est censé exprimer l’avis des dieux).

Notez, pour ceux qui seraient pointilleux sur la chronologie : j’ai dit treize ans de guerre civile en comptant la période militaire 44-31 ; après la bataille d’Actium et la mort de Cléopatre[2], Octavien, redevenu Octave, ne reçut un assortiment de pleins pouvoirs et le surnom d’Augustus qu’en janvier 27. On pense depuis Jean Bayet que Tite-Live, ami du prince, écrivit son premier livre autour de 30, et le réédita en 27, dans une sorte de complicité avec le prince, augmenté des livres II-V qui écrivent la première « grande année » de Rome, les 365 ±2 ans qui vont de 753 à 390. Et qui sont précisément l’objet de nos deux semestres.

Octavien, à 18 ans, a recruté une légion à ses frais pour venger le meurtre de son père adoptif (et oncle pour l’état-civil). Il a ensuite éliminé son complice Marcus Antonius, héritier politique normal (il était consul et maître de cavalerie de César, dictateur en 44), et mis sur la touche Lépide, nommé Grand Pontife. Les détails de la guerre civile n’ont aucun intérêt pour nous.

Mais la monarchie de fait, qui se dissimulait sous des titres encore républicains (il fut consul plusieurs fois, grand pontife après la mort de Lépide, tribun de la plèbe avec les privilèges, mais sans la fonction[3], imperator, c’est-à-dire général d’armée, tout en laissant combattre son gendre Agrippa, etc.) devait se parer d’un cognomen (nom ajouté, ou surnom) exceptionnel. Serait-il le troisième fondateur ? Le troisième Romulus ? Tite-Live lui déconseille d’adopter ce surnom, qui sent un peu le souffre. Pourquoi et comment ?

Répondons d’abord au comment ?Dans le livre V, Camille est présenté comme le nouveau fondateur et père de Rome parce qu’il empêche les plébéiens d’aller s’installer à Véies, ville conquise et intacte, alors que les Gaulois sénons de Brennos ont incendié presque toute la Ville. Or, Camille a triomphé des Véiens sur un char tiré par quatre chevaux blancs, et ses soldats l’ont à ce moment acclamé comme un nouveau Romulus : cet excès de prétention, s’égaler à Jupiter, lui vaut l’exil, qui signifie la mort civique. Tite-Live est clair dans son expression latine : Camille est alter Romulus, non secundus Romulus, ce qui signifie le second et dernier (le français est trompeur, puisque c’est « deuxième » qui correspond à secundus).

Et César ? Si seulement on pouvait savoir ce que Tite-Live en a dit, cela nous épargnerait bien des discussions ; mais les livres qui en parlaient ne sont plus connus que par des résumés. On a en revanche Plutarque et Suétone, qui en ont composé des biographies un siècle et demi après sa mort. Il a commencé une carrière conforme à la succession normale des magistratures, pour finir consul à l’âge habituel de 42 ans, puis a passé huit ans à soumettre militairement la Gaule (qui, hélas, avait déjà été conquise par les négociants italiens), et, après quatre ans de guerre civile, devenir monarque avec, lui aussi, le titre républicain de dictateur ; si ce n’est qu’il fut élu dictateur par l’assemblée du peuple, sur proposition d’un tribun (c’est ce qu’on appelle un plébiscite, terme utilisé n’importe comment aujourd’hui) et reconduit pour dix ans, puis à vie, alors que la magistrature ne durait en principe que le temps d’une campagne militaire, soit six mois. Il avait un précurseur : Sulla, son adversaire et persécuteur, le premier dictateur sans limite de temps, en 82.

Je n’aime pas César, mais il faut reconnaître qu’il avait un certain talent. C’est quand même à lui qu’on doit le résumé en latin de toutes les connaissances grecques (par Varron), la création de bibliothèques publiques, le calendrier toujours en vigueur, et même notre paysage et nos grandes routes (œuvre continuée par Agrippa, le gendre d’Auguste ; l’ex-Nationale 6, qui mène de Paris à la Maurienne, reprend le tracé d’une route qui reliait le Saint-Bernard à Aime, Moûtiers, Chambéry, Lyon, Mâcon, Auxerre, Troyes, Reims, Arras, avec des embranchements par Sens et Lutèce, la Normandie, etc.).

Mais, quand il célébra en 45 ses triomphes sur la Gaule, l’Égypte, la Grèce, l’Afrique et les concitoyens romains vaincus pendant la guerre civile, il le fit sur un char tiré par des chevaux blancs. Nul doute que le récit mythique sur Camille ne s’inspire largement de César. Or celui-ci fut tué, historiquement, devant le sénat réuni dans le temple du théâtre de Pompée, par des sénateurs, des amis personnels, qu’il avait même pourvus de postes rémunérateurs dans les provinces. Pourquoi ? Tout le monde savait qu’il était un monarque, mais le bruit courait qu’il aurait voulu se parer du titre de roi. Peut-être voulait-il simplement usurper ce titre pour les provinces orientales et en particulier l’Égypte, où le titre ne gênait personne. Mais à Rome, impossible : le simple mot rexétait détesté.

Il se monta donc une espèce de complot dont Marcus Brutus finit par prendre la tête, influencé par une légende selon laquelle un de ses ancêtres aurait chassé les rois étrusques et fondé la république, en 509. C’est un mythe, on en reparlera le moment venu[4].

Donc, Brutus et quelques autres finissent par assassiner César. Psychodrame ! Je renvoie au petit bouquin de Paul M. Martin, si vous pouvez encore le trouver : il était facile de se faire passer pour dieu, impossible de prétendre au titre de roi. D’ailleurs César était trop habile pour s’y risquer, et c’est sûrement un mauvais tour d’Antoine qui lui a valu ce sort.

Mais un roi, un tyran (c’est à peu près la même chose) est quelqu’un qui s’appuie sur le peuple, sur l’armée, au mépris du sénat ; de ce point de vue, César a mérité son sort.

Plutarque, qui écrit 150 ans après, n’éprouve aucun scrupule à prendre comme hypothèse de base que Romulus, lui aussi, avait eu un comportement tyrannique, trop populaire et anti-sénatorial, et avait donc bien été assassiné par les Pères.

Tite-Live est en apparence plus prudent, mais en fait, si on lit entre les lignes, il délivre le même message : Romulus, en fin de carrière, s’entourait d’une escorte personnelle et favorisait l’armée et le menu peuple. La version officielle, que les dieux l’aient rappelé à eux, vient des sénateurs qui l’imposent à un peuple terrorisé, un témoin le confirme, un nommé Iulius Proculus, mais devant le sénat, ce qui est suspect.

Je n’ai pas repris la bibliographie sur ce Iulius Proculus, mais Plutarque en fait un ami de Romulus, et le nom même indique que ce personnage mythique était conçu comme un proche parent : Romulus est descendant du fils d’Énée, Iule.

Rappelons que les Jules (Iulii) sont censés descendre d’une famille, divine donc d’origine, qui s’était installée dans les monts albains, et que c’est Tullus Hostilius qui les aurait faits citoyens romains et immédiatement patriciens. Un fait historique est que les Iulii Caesares, la famille de César, entretenaient un culte latial sur les monts albains.

Les influences de l’histoire contemporaine sont donc assez claires sur le récit de Tite-Live et sur celui de Plutarque : Plutarque n’avait aucun problème à publier un complot sénatorial, puisque Caligula, Tibère, Claude, Néron, et même Auguste, avaient déjà échappé ou succombé à de tels complots. Tite-Live, écrivant au début du règne du successeur de César, devait être prudent.

Cicéron apporte le point de vue du philosophe. Il est républicain en ce qu’il maintient la prépondérance du sénat, tout en comprenant bien que ce troupeau de propriétaires fonciers d’Italie centrale est incapable de gérer, et même de comprendre, un empire méditerranéen ; il faut des grands hommes, comme Alexandre, et justement César a inclus dans sa propagande des thèmes alexandrins : il a passé des fleuves, des mers que personne avant lui n’avait affrontés (le Rhin, la Manche)… mais Alexandre n’avait pas passé ces frontières, et les exploits de 56/54 évoquent plutôt Héraklès, le conquérant de l’Occident ; Pompée, qui a pénétré loin en Orient, serait un meilleur second Alexandre, mais Crassus aussi qui combat contre les Parthes. En cette fin des années 50, la monarchie est tellement inévitable qu’il vaut mieux aller à sa rencontre, quel que soit celui des triumvirs qui l’emportera. C’est pourquoi Cicéron écrit cette sorte de testament philosophique emprunté à Platon : la monarchie est finalement le meilleur des régimes, mais à condition qu’elle soit tempérée par un conseil des sages, les plus anciens et… les plus fortunés !

[Ne croyez pas que ces idées soient obsolètes : elles ont régi la vie politique française pendant une bonne partie du XIXe siècle ! Pensez au fameux « enrichissez-vous par le travail et par l’épargne » de Guizot, sous la Monarchie de Juillet, qui incitait les citoyens à atteindre le seuil de richesse en-deçà duquel on n’avait pas le droit de vote[5]. Encore, à cette époque, privilégiait-on les « normalement » riches et pas seulement les hyper-friqués.]

L’idéal de Cicéron en fin de carrière et de vie, ce sera une république dirigée par un pilote, gubernator ou rector, qui s’appuie à la fois sur la force et sur la sagesse. Beaucoup suggèrent que Cicéron se serait vu, après la mort de César, consul avec Octave : le couple d’un jeune triomphateur fougueux et d’un vieux sage… Sénèque, précepteur de Néron, a théorisé cette idée.

Mais en attendant, Cicéron doit bien, du vivant de César, adapter les théories stoïciennes du roi idéal à la vie politique contemporaine. Interprétant Platon et un traité qui ne nous est parvenu que très fragmentairement (le bon roi selon Homère de Philodème de Gadara), il reprend l’idée d’un fondateur à la fois puissant, sage et providentiel, donc de nature quasi divine.
Ici, le message devient difficile à faire passer : Romulus va passer pour un fondateur inspiré, et donc le concepteur, comme Lycurgue à Sparte, d’une constitution aussitôt adulte que née. Cependant la cité romaine s’est constituée dans sa perfection (du milieu du IIe siècle av. J.-C., n’oublions pas que Cicéron fait parler Laelius, politique et philosophe du siècle d’avant lui) par tâtonnement empirique à la recherche du meilleur équilibre possible : impossible, donc, de prétendre qu’elle serait sortie toute faite du cerveau de Romulus ! la logorrhée de Cicéron est contradictoire, mais il ne fait rien pour surmonter cette contradiction, se contentant de dire que, grosso modo
, Romulus à lui tout seul a fabriqué cette ville tout de suite adulte, mais qui pouvait encore s’améliorer…

Se greffe là-dessus une rhétorique du divin : le stoïcisme en général n’accepte pas les dieux, mais l’esprit divin ou rationnel qui mène le monde (le νος ou le λόγος suivant les écoles) ; un homme peut être assez génial pour paraître divinement inspiré, et le vulgaire peut dès lors le croire dieu, descendant de dieu… Or à l’époque où Cicéron écrit le de re publica, César a depuis longtemps fait admettre aux plus crédules son origine divine, et la propagande de ses campagnes en Gaule accrédite l’idée qu’il est surhumain. Le calcul de Cicéron consiste à dire que ce qui est divin, ce n’est pas être d’origine divine ni de génie divin, mais de créer, et de s’adapter à, des institutions qui garantissent la grandeur de l’État qu’on dirige. Au fond, Tite-Live ne dit rien d’autre, mais il tient forcément compte du fait que César est mort de n’avoir pas respecté les convenances. Dieu ou inspiré par les dieux, d’accord, monarque bien sûr, mais surtout qu’on évite le mot abhorré : roi.

 

Le texte de Cicéron va inspirer Tite-Live, mais pas pour le récit de la fondation : c’est seulement à la fin du livre V, quand il attribue à Camille un très long discours sur la patrie et le sol, qu’il reprend les aperçus géo-climatiques bien maladroits de son prédécesseur. Comme ce discours est dans le troisième fascicule, je n’en parlerai pour le moment que de manière résumée.

Camille, dans un grand mouvement patriotique, déclare que son exil (sa mort civique) lui a fait regretter les collines si salubres, le site à la fois proche de la mer pour en tirer profit et assez éloigné pour ne pas être victime des périls venus d’elle, etc. Et d’affirmer que Rome est une entité ancrée dans un sol précis, où sont les premiers temples, le Lupercal, le temple de Vesta et la regia, bref que les citoyens romains sont attachés au sol de Rome et que s’installer à Véies reviendrait à offenser les dieux. Le discours est horriblement bavard, mais nous incitera peut-être, le moment venu, à une réflexion sur la construction de la pentade : il semble qu’en rejetant à l’époque du second fondateur cet éloge du sol de la patrie Tite-Live ait voulu signifier que Romulus est l’emblème de toute une période de 365 ans (une grande année donc) qui fonde vraiment la Ville. Donc Romulus ne serait que le héros mythologique d’une fondation qui s’étale sur une très longue période.

On en déduit que Tite-Live n’était pas dupe de la légende romuléenne, mais qu’il a voulu occulter au passage la vraie fondation par les Étrusques au début du VIe siècle. Mais aussi, peut-être, qu’il considérait la Ville comme fondée définitivement à partir de 390, sous forme républicaine, manière d’exclure en fait un retour à la monarchie.

C’est une première piste de recherche, historique, politique, mais surtout littéraire.

Une autre piste qui se dégage de Cicéron et de Tite-Live V est celle de la géographie historique : ces deux écrivains sont bien conscients que l’essor de Rome est dû à une situation géographique privilégiée, qui n’a rien à voir avec la salubrité du site (il est marécageux et exposé à la malaria) ni avec ses fortifications naturelles (Tarquinia, Caere sont mieux protégées), mais au carrefour de deux voies terrestres qui font transiter, du littoral à l’intérieur, le sel (via Salaria), et entre l’Étrurie et la Campanie les denrées de luxe, mais aussi les céréales, l’huile, le vin, les esclaves… 

L’histoire romaine résulte de cette position privilégiée, mais qui n’est pas monopolistique puisque les marchandises peuvent aussi transiter par la mer ou par des voies plus intérieures, qui traversent le Tibre au gué de Fidènes ; le long conflit (en très grande partie mythique) entre Rome et Véies s’explique par cette concurrence. Telles seront les orientations des cours à venir, qui déborderont sur le second semestre.



[1]. L’opinion dominante actuellement est que les coutumes et les langues indo-européennes se soient répandues au néolithique à partir des environs de la Mer Noire, ou de l’Asie centrale, et aient gagné d’un côté l’Iran et l’Inde, de l’autre l’Europe occidentale et septentrionale. La question est toujours en débat, et je refuse d’y intervenir à cause des connotations raciales, voire racistes, qui s’y sont immiscées. L’idée même d’une langue indo-européenne unique est maintenant discutée alors qu’elle semblait inévitable voici quarante ans. De toute façon, il faut tenir compte de ce qu’une langue n’est connue directement que par ceux qui l’écrivent, une infime minorité, et par les phénomènes linguistiques communs qu’on constate entre des langues dérivées écrites depuis guère plus de trois mille ans. Or l’indo-européen remonterait à cinq mille ans au moins. Quant aux « ethnies » ou « races » qui l’auraient représentée, rappelons simplement que sur les soixante millions de gens qui parlent, écrivent ou lisent le français dans les 550.000 km2 du « territoire national », cinquante ont des ancêtres à une, deux ou trois générations qui en parlaient une autre…

[2]. Pour les ignares, qui sont la majorité, Violaine Vanoyeke, Max Gallo et même Alain Rey (je viens de vérifier dans le dictionnaire Hachette et, hélas, dans le Grand Robert), il ne faut pas imposer d’accent circonflexe à ces pauvres Cléopatre(s), qui furent 7, car leur nom grec signifie « gloire du père » et n’a rien à voir avec le latin pastor, le berger.

[3]. On pense en général que ce privilège – ius en latin – est le principal fondement de son pouvoir : il lui conférait l’inviolabilité (sacrosanctitas) qui rendait sacer (maudit) quiconque l’agressait. Admettons provisoirement cet aspect symbolique : en fait, depuis 133, bien des tribuns de la plèbe, inviolables en théorie, avaient été assassinés par leurs collègues de la noblesse.

[4] . En gros : les Iunii Bruti accèdent au consulat au IIIe siècle ; mais le sobriquet Brutus n’est pas reluisant, aussi inventent-ils, au fil des oraisons funèbres, une légende audacieuse : le Brutus d’origine n’était pas du tout, comme son surnom l’indique, un imbécile, mais un révolutionnaire très intelligent qui se faisait passer pour un débile afin de mieux tromper les tyrans étrusques. Envoyé en mission à Delphes avec les fils de Tarquin le tyran, il interprète mieux qu’eux l’oracle d’Apollon et finit par prendre le pouvoir. L’intelligence cachée de Brutus est symbolisée par le bâton d’or qu’il avait dissimulé dans une simple canne en cornouiller…

[5]. C’était le suffrage censitaire… une notion issue directement de la république romaine.

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Published by - dans LC04
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