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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 19:50

Version:1.0 StartHTML:0000000187 EndHTML:0000020981 StartFragment:0000002919 EndFragment:0000020945 SourceURL:file://localhost/Users/richard/Desktop/VERCINGETORIX%20ET%20ALESIA.doc

VERCINGETORIX ET ALESIA

 

L’opus est au format carré qu’affectionne la RMN, bien épais et bien lourd, près de 400 pages et plus de deux kilos de science… pesante, comme il se doit. C’est le catalogue de L’expo qui occupa les galeries du MAN pendant quatre mois en 94.

Il se trouve que je suis passé au MAN l’année précédente pour examiner quelques importations italiques avec Alain Duval, le conservateur de la partie historique de l’époque. On voyait partout de grandes affiches portant le fameux statère d’or, et pourtant (si j’ai bonne mémoire), ce n’est pas cette maquette qui a été finalement retenue, mais la statue monumentale de Napoléon III par Aimé Millet. Alain Duval m’avait dit cette fois-là, sous le sceau de la confidence, que cette affiche l’ennuyait beaucoup parce que le statère était bidon… tout le monde le sait maintenant, il provient d’Auvergne, Pionsat ou Corent, et a été acheté à Drouot par les féaux de l’Empereur pour lui complaire avec un lieu de découverte controuvé. Aïe !

La table des matières du catalogue est assez éloquente : on attend la page 238 pour évoquer Alise Sainte Reine ! Tout ce qui précède est heureusement passionnant, car on met pour la première fois en synopsis des découvertes anciennes et récentes concernant la Tène finale et le gallo-romain ancien.

La série d’illustrations couleurs qui précède le catalogue est assez révélatrice : bijoux en verre de Mandeure (Franche-Comté, iie siècle B.C.) ; atelier d’émailleur du Beuvray ;  statères d’or éduens ; dieu d’Euffigneix (52), indata-ble ; torque d’or de Tayac (33), trésor de Saint-Louis (68), qu’on datera chari-tablement des années précédant la conquête ; argenterie du trésor de Saint Germain-du-Plain (71), d’époque augusto-tibérienne selon des études plus récentes… de casques du musée de Berlin, indatables ; et finalement le statère du Petit-Palais et le canthare d’argent d’Alise, prudemment daté entre 75 avant et 40 après, mais manifestement contemporain de Saint Germain-du-Plain (certains l’ont d’ailleurs jugé encore plus tardif : époque de Néron).

Le catalogue s’intéresse d’abord aux Gaulois d’avant la conquête, en particulier de la noblesse : Châtillon-sur-Indre, sépulture de guerrier qui serait plutôt du iie siècle que du premier ; tombe de Nospelt au Luxembourg avec amphores Dressel IB, plus vraisemblablement d’époque romaine ; épées à manche anthropoïde, en principe antérieures à la conquête, et de loin. Suit la céramique locale de qualité, qu’on ne peut guère dater ; les formes balustres dérivent du style marnien du ive siècle ! Les vases balustres peints de Clermont et de Feurs relèvent de cette tradition, voire (n° 16, coupe à pied) d’antécédents gréco-étrusques du vie. Le chapitre suivant décrit des lingots de bronze, bitronconiques de St Jean-Tronoën (29), faisceaux de broches de Chalon-sur-Saône, que j’ai jadis étudiés sur place, concluant d’après l’échantillonnage des amphores retrouvées au long du port qu’on pouvait les situer hypothétiquement des alentours de –100.

Les chapitres suivants s’intéressent à la région de Gergovie, à Chalon et au Beuvray : dans tous les cas, le mobilier, quand il est hors contexte, présente des incertitudes de datation d’une ou deux générations.

Précisons que lorsque le Président Mitterrand a ouvert, le 21 septembre 1984 (j’y étais aussi) le grand chantier du Mont Beuvray, dans l’esprit des collègues invités à la table présidentielle, il s’agissait de donner de l’ancienneté au site. Ç’aurait été possible sans corriger (falsifier ?) la chronologie traditionnelle d’artefacts comme les ollae de type Besançon, réputées jusque-là augusto-tibériennes, et qui se sont trouvées ramenées à la date des plus anciennes Dressel IA, soit 120-80 B.C., dans le catalogue 30 ans d’archéologie dans la Nièvre. Je ne veux pas polémiquer avec les collègues qui étaient et/ou sont toujours sur le chantier de Bibracte, puisque je travaille 100 km plus au nord et sur une période de quatre siècles antérieure. Mais la méthode de présentation demeure gênante : au lieu d’une sériation d’ensembles cohérents dans un espace précis, fondée sur des fouilles contrôlées, on accumule des objets ± isolés, provenant des six coins de la France, et surtout de découvertes antérieures à 1900, avec toute la perte d’informations due aux publications de l’époque et à la conservation en musée.

On passe ensuite à la Gaule romanisée de manière administrative, en oubliant de rappeler ce qu’on vient de dire : si chevelue qu’elle fût, la Gaule était italianisée dès lors qu’elle importait ces centaines de milliers d’amphores vinaires qu’on a calculées pour le long port de Chalon, et qu’on transportait telles, malgré le risque de casse, au-delà des ports fluviaux jusqu’au Beuvray. À l’époque, on n’avait pas encore découvert celles de Château, l’ancien oppidum de Sens et Villeneuve-sur-Yonne, et il faudrait en raison de ces découvertes récentes refaire les cartes de circulation : l’Yonne moyenne, l’Arroux, la Cure, le Cousin, ont à coup sûr véhiculé ces récipients qui par la route risquaient de se perdre. On pourrait maintenant, à partir des fichiers informatiques des directions des Antiquités régionales, cartographier les tessons d’amphores Dressel A1/A2/B/C et dresser des arborescences à projeter sur les cartes d’interfluves, de reliefs et de bassins versants.

Alain Duval rédige une courte page sur les Allobroges (p. 159). Clairement, ce peuple celtique (je dirais celto-ligure, mais ce n’est pas l’essentiel) n’a jamais été vraiment sûr du point de vue de l’impérialisme romain : sous contrat avec Rome deuis 122, ils n’en ont pas moins laissé passer les Cimbres et les Teutons, et entre 80 et 60 ils étaient nettement hostiles aux Éduens et à Rome. On connaît le procès qu’ils intentèrent en 69 contre le propréteur Fonteius et la défense de Cicéron, ainsi que leur ambassade de 63 dont profita l’orateur pour fabriquer une accusation contre Catilina. Quel regret qu’Alain Duval se soit arrêté à deux pages sur Vienne, ne montrant que les rares objets de Sainte Blandine antérieurs à 80, sans mentionner les centuriations bien visibles à l’est de la ville qui sont, au plus tôt, agrippéennes ou tibériennes (excellent mémoire d’Adeline Rivoire que je peux mettre en ligne si vous le demandez). C’est évident, je vous ai dit plus haut qu’Alain Duval n’était pas partisan du dogme alisien pur et dur : ce qui est clair, c’est que prendre les Allobroges de Vienne pour des alliés fiables quand César ne savait plus où aller dans sa fuite relève de l’acte de foi, pour ne pas dire du dogme : il lui fallait viser plus à l’est pour traverser des zones allobroges moins militarisées… la région de l’Île Crémieu par exemple, comme je le montrerai plus tard.

Sur les Volques Arécomiques et Tolosates, même problématique : on tourne autour des années 50 avec des objets largement antérieurs ou très largement plus tardifs.

Il faut donc attendre la p. 180, soit le milieu du catalogue, pour en venir au sujet : César en Gaule, ses légionnaires, le déroulement des campagnes jusqu’en 53 (noter p. 185 une carte qui embrouille tout). Et p. 198, enfin, celui qu’on attendait ! « L’homme, le peu qu’on en sait » par Alain Duval, très critique à l’égard de Jullian, ne peut que rencontrer mon approbation. Nettement moins sérieux, Yves Roman entame son article en rappelant que les taxis parisiens connaissent bien la rue Vercin… puis dénonce, p. 203, les deux erreurs opposées de Montaigne et de Carcopino : pour l’ancien, V. avait calculé son enfermement dans Alésia, pour l’autre, c’est une « ruse » de César. Je veux bien que les supérieurs de Bigeard aient organisé l’enfermement fatal dans la cuvette de Dien Bien-Phû, mais ni l’un ni l’autre ne pouvaient le savoir ; en revanche la boucherie du front lorrain (Chemin des Dames, Verdun) montre assez l’incompétence des galonnés, et je signalerai en passant, parce que j’y ai été associé en tant que Gaston Lagaffe à la DPMAT pendant dix mois et regardé avec des officiers d’artillerie leurs sujets d’examens, qu’un plan stratégique est toujours calculé avec une part d’incertitude (ou de hasard) croissante à mesure que l’affaire avance. Si Alésia était vraiment à Alise, et si les Mandubiens étaient des Séquanes égarés du mauvais côté de la Saône, le normalien Carcopino a bien élaboré ce que les Normaliens savaient faire à son époque : un subtil canular.

Suit l’un des arguments tirés du monnayage : on connaît (en Auvergne) beaucoup trop de coins de Vercingétorix pour le très faible nombre de monnaies répertoriées ; encore s’agit-il d’or à 14% ou de bronze frappé des mêmes coins, ce qui donne lieu à l’hypothèse de Colbert de Beaulieu sur la monnaie obsidionale, ou d’urgence, mais surtout à un énorme soupçon de fraude à l’époque de Napoléon III (p. 207).

Le trésor de Pionsat a été décrit dès 1852 ; Lenormand, Ferdinand de Saulcy, le collectionneur Mioche, Muret et Chabouillet (catalogue du fonds de la Bibliothèque nationale), donnent des renseignements contradictoires sur le nombre de monnaies de Pionsat : plusieurs dizaines ? Il y a eu des pertes et sans nul doute de fausses attributions. La légende -TORIXIS du n° 189 est suspecte : pourquoi ce génitif pseudo-latin ? Malgré les efforts de Colbert de Beaulieu pour remettre ces monnaies à leur place, rien n’est clair à ce jour, et toutes les falsifications envisageables.Les 608 monnaies découvertes par Napoléon III au pied du mont Réa, sur le couloir qu’aurait suivi l’armée de secours en descendant des défilés de Ménétreux-le-Pitois (qui n’existent pas, je l’ai vérifié la semaine dernière), posent un autre problème : elles reflètent à peu près les peuples nommés par César pour cette armée de secours, mais pourquoi tant, et à cet endroit ? Un dépôt votif sélectionné ? Ce n’est pas impossible, j’ai trouvé sur l’oppidum de Clamecy un dépôt de fondation à la base du rempart : avec des espacements d’un mètre (la largeur de travail d’un maçon en équipe), on avait déposé une fibule, un anneau, un bracelet et une perle, tous usagés ; mais c’était en 480 avant l’ère courante, et les mentalités n’étaient sûrement pas les mêmes. En revanche, je me demande maintenant si l’hypothèse de l’abbé Guy Villette, avec qui j’ai échangé une longue correspondance voici trente ans (elle est aujourd’hui déposée au SRA de Dijon) et si farfelue que je l’avais toujours jugée.

Le savant abbé, qui était un homme honnête, lui, imaginait qu’Auguste, au moment de la pax Romana, aurait organisé une « petite Alésia commémorative » sur un site homonyme de la vraie (pour lui, Chaux-des-Crotenay), creusé de pseudo-fossés, monté des camps, et enfoui des monnaies représentatives, gauloises et romaines antérieures à 52. Pourquoi pas ? Ce qui est sûr est que les fouilles napoléoniennes sont antérieures au travail de De La Tour qui identifia les monnaies aux peuplades, en 1899 ; même si l’on avait eu quelques hypothèses solides dans les années 1860, aurait-il été possible de collationner des monnaies pictones, atrébates, leuques, carnutes, lémovices… ? Mais dans ces années-là de Saulcy a bien montré à quel point on manipulait les découvertes monétaires. Donc ces monnaies ne sont pas aussi probantes que l’assènent les partisans d’Alise, et leur accumulation en un seul endroit les rend même d’autant plus suspectes.

Et si le soupçon porte sur les monnaies, à plus forte raison doit-on l’étendre aux armes prétendument trouvées dans les fossés : d’une part les armes de fer ne changent guère du Hallstatt au moyen-âge, d’autre part la concentration sous la provenance Flavigny (sur Ozerain) des vitrines du vieux musée Alésia est aussi suspecte que celle des monnaies de l’autre côté du site. Enfin Suzanne Sievers de la GRM de Mayence avoue (p. 258) que les structures fossoyées qu’on commençait à redécouvrir à l’époque ne correspondent guère au texte de César… c’est donc César qui a systématisé dans son récit l’organisation du siège, et il ne faut pas le suivre à la lettre : il ne pouvait pas, le pauvre, savoir que ses légionnaires avaient réduit la profondeur ou l’écartement des fossés, il ne pouvait pas être partout.

Justement, ce type d’argument est à double tranchant : les uns répétant que si l’on ne trouve pas le calque du texte césarien autour du site choisi par Napoléon III, c’est que César est imprécis… et les autres dressant des listes impressionnantes de contradictions entre le texte et le terrain, mais n’ayant, ni à Salins ni à Syam, encore moins à Guillon, pas le moindre fossé à présenter… et pour cause, aucun site n’a jamais disposé de moyens financiers et humains comparables à ce qui fut investi à Alise !

Le catalogue se termine sur Alésia gallo-romaine et la légende de Vercingétorix, où l’on retrouve davantage d’illustrations que Christian Goudineau n’en a conservé dans l’ouvrage précédemment chroniqué. Le même Goudineau qui, dans ses trois pages de préface, est curieusement sur la défensive : certes, Héric d’Auxerre avait dès le ixe siècle établi « une sereine certitude », mais quelle aberration que ces historiens modernes qui refusent le dogme du bon moine (qui d’ailleurs n’affirme rien quant à César) osent trouver le site trop petit, mal placé, les découvertes non probantes parce que César dit autre chose qu’Alise ! Quant aux auteurs postérieurs, ils ont tout simplement inventé des péripéties romanesques (la reddition de Vercingétorix, entre autres).

Mais Plutarque et Dion Cassius avaient-ils besoin de dire que dès la bataille de cavalerie on était chez les Séquanes ? Si les partisans d’Alise étaient honnêtes, ils avoueraient que cum in Sequanos… iter faceret est l’exact équivalent du ἐν Σηκούανοις γενόμενος de Plutarque ?

Il est assez amusant de voir les tenants du dogme s’enferrer dans des doutes semi-avoués à chaque fois qu’ils croient asséner le coup mortel à ceux qui lisent César, connaissent la stratégie et la tactique, et la géographie… ils sont un peu comme ces témoins de Jéhovah qui balbutient dès qu’on leur montre, Bible de Chouraqui ou de Jérusalem en main, que la leur est falsifiée.

 

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commentaires

Thierry Teinturier 25/01/2015 12:44


UN STATERE EN OR ?


A ma connaissance, un statère en or à l'éffigie (héllénisée) de Vercingétorix, avec l'inscription VERCINGETORIX gravée autour de la tête au cheveux bouclés, fut retrouvé, paraît-il, à sept
kilomètres de la colline du Montfault - Mtgne de Verre, c'est à dire du site de Guillon. Cette trouvaille aurait été faite en 1890, où vers cette année là, par un ouvrier travaillant à
l'aménagement d'un gué. Cette petite route vicinale, aujourd'hui goudronnée, relie Vieux Château à Guillon.  J eme souviens très bien de cette information, trouvée dans l'un des documents
édités par M. Fèvre au fil des années 84 à 98. M. Fèvre précisait que l'info provenait d'un colonel à la retraite, M. Lelu.


Si cela est exact, il faudrait savoir ce qu'est devenue cette monnaie, et si il y a des traces enregistrées de cette découverte. 


Pour l'instant, on ne peut que dire, au conditionnel, que Guillon serait ainsi la seule hypothèse d'Alésia à avoir un argument numismatique. Un argument de poids !!

Yannick Jaouen 19/12/2013 18:48


Voilà qui mériterait une publication