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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 20:19

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L'Égypte ancienne dans la littérature populaire.


Le sujet est tellement vaste qu'il faut d'abord le scinder. L'Égypte pharaonique ne se
termine pas vraiment autour de 320 avant l'ère courante, quand la contrée, avec ses fabuleuses
richesses, tombe dans l'escarcelle de l'un des généraux-héritiers (diadoques) d'Alexandre :
Ptolémée Ier Lagôs, "le lièvre", dont les successeurs, les Lagides, porteront tous le même nom,
enrichi d'épithètes royales : Philadelphe, Philomêtor, Philopator (= "qui aime son frère/sa
soeur, sa mère, son père" ; surnoms qui ne les empêcheront pas d'assassiner les membres bienaimés
de leurs familles, d'ailleurs). Mais ces rois, non contents de se comporter en souverains
hellénistiques ou βασιλεῖς, reprennent aussi les attributs des pharaons, dont l'immortalité et
l'habitude de contracter le mariage sacré avec… leur soeur. En fin de période, les reines, qui se
nomment soit Cléopatre soit Bérénice – des noms parfaitement grecs – se disputent à leur tour
la monarchie, et Cléopatre (N.B. : pas d'accent circonflexe, son nom vient de gr. πάτηρ et pas
de lat. pastor), la septième du nom, sera "pharaone" de 48 à 30 avant l'ère courante, après
avoir été associée au règne de son frère Ptolémée XIII "Aulète" (le joueur de flûte).
Pour plus de détails sur les généalogies, on verra tout simplement le portail Wikipédia
"Égypte antique". Duquel je tire le cartouche ptwlmys qui désigne les Ptolémées :
Le bonheur de cette période dans la littérature populaire, c'est que l'Égypte, en décadence
politique et économique depuis le IIe siècle, finit par être la proie des imperatores romains,
qui y voyaient le dernier grenier à blé possible après la Campanie, la Sicile et l'Espagne : les
fellahs, convaincus de travailler pour un dieu, étaient bien plus serviles que les esclaves de ces
régions… et n'étaient pas des prisonniers de guerre tombés en esclavage, mais le subissaient
depuis l'innombrables générations. De plus, l'Égypte, vu son climat, procurait deux récoltes
par an. Donc Sulla, Pompée, César, puis Antoine et Octave, disputèrent à l'autorité légale du
sénat le pouvoir sur cette province. Qui n'en était pas une, puisqu'elle restait théoriquement
indépendante, mais l'emprise romaine était telle que Ptolémée XIII dut acheter son royaume à
César et Pompée, moyennant une somme coquette dont le sénat romain ne vit pas le moindre
sesterce.
La fameuse Cléopatre VII est une héroïne de roman : elle se fit authentiquement livrer à
César en 48, enveloppée dans un tapis, alors que César était en grande difficulté ; puis elle eut
une liaison diplomatique (probablement plus que diplomatique) avec Octave, et une liaison
passionnée avec Marc Antoine. Les deux amants disparaissant à la fin, il y avait matière à
romans et films : ce dont Hollywood profita largement, quitte à falsifier l'histoire.
Un second point d'intérêt, pour les romanciers, c'est l'extrême antiquité d'une civilisation
monumentale et écrivante. Scientifiquement, ce n'est qu'une culture de l'Âge du Bronze de
type urbain, comme Ur et la Mésopotamie, dont l'outillage reste très tard fondé sur le silex
taillé/poli et le cuivre martelé, et ne connaît pour ainsi dire jamais le bronze, et le fer guère
avant qu'il ne paraisse en Europe (Xe siècle). Un dernier point d'intérêt est que l'historien
Manéthon, au IVe siècle, ait rédigé une chronologie des fameuses dynasties.
Ne nous faisons aucune illusion sur la validité de Manéthon : comme l'annalistique
romaine a imaginé un Romulus pour fonder la ville de Rome en 753 alors qu'on n'a
d'évidences d'une ville que vers 600, la chronologie de l'Égypte thinnite est contestée et le
siècle d'origine, le XXXIVe, ramené au XXXIe par la Cambridge Ancient History. Les
habitants du Delta n'étaient pas les seuls à écrire, et c'était pour compter les impôts, comme à
Assur avec l'écriture proto-cunéiforme. Les méthodes modernes comme le 14C corrigent ces
datations, mais peu importe : la civilisation égyptienne est antérieure au Déluge de la Bible,
et cela fait rêver les romanciers. Vers 1800 la XIIIe dynastie passe des monuments funéraires
de brique crue aux monuments de pierre, exploitant des carrières de basalte autour de Thèbes
sur le Nil moyen, et donc des milliers d'esclaves.
Dès la XVIIe dynastie, historiquement, les pharaons de Thèbes, sur le Nil moyen,
affrontent les Hyksôs d'Asie mineure, mais c'est surtout la XIXe qui inspire les romanciers
avec Ramsès II, qui régna de 1279 à 1213 et developpa l'art monumental dans la Vallée des
Rois, créa le Ramesseum, Thèbes, Louksor, etc. Il affronta les Hittites et les Assyriens. Son
successeur Merneptah eut affaire, lui, aux Achéens.
Il est donc facile d'imaginer que Ramsès II ait connu à la fois l'expansionnisme hittite et la
guerre de Troie… laquelle dériverait des migrations des Peuples de la Mer, dont les Achéens,
mais aussi les Étrusques… ou encore que Ramsès II aurait connu Homère. Précisément, une
stèle de ce pharaon indique l'invasion de ces Peuples de la Mer, qui venaient en fait d'Asie
mineure, et l'écriture hiéroglypique à base syllabique laisse penser que parmi ceux-ci
figureraient les Philistins, les Turșwan (qu'on interprétait autrefois comme lesTyrrhéniens ou
Étrusques), les Sardes. C'est le Bronze final, où le Moyen-Orient subit des crises économiques
suivies de migrations massives dont l'archéologie ne rend pas encore compte. Une légende
s'est créée à partir de ces migrations et d'autres textes, dont une partie du Pentateuque : Moïse
aurait été recueilli par la nourrice de Pharaon et en serait donc le frère de lait… les sept plaies
d'Égypte, l'Exode, la traversée de la Mer Rouge (ou mer des Roseaux), la fondation d'Israël,
tout cela se passerait dans l'entourage de Ramsès II, dont, de fait, la longévité laisse place à de
nombreux mythes.
Le gros problème est qu'on confond alors Ramsès II et Ramsès III, la XIXe dynastie avec
la XXe, et les environs de 1180 sont mieux attestés historiquement pour les migrations, la
guerre de Troie et l'existence, éventuelle, d'un groupe d'aèdes qu'on regroupera par la suite
(sous Solon d'Athènes) sous le nom unique d'Homère.
Un autre problème chronologique est que les romanciers mélangent volontiers la période
ramesside avec celle d'Amenhotep IV Akhênaton et de Toutankhâton/Toutânkhamon, soit la
fin de la XVIIIe dynastie, où certains souverains semblent avoir tenté de remplacer le
polythéisme archaïque par un monothéisme dont le dieu suprême était le soleil. Les prêtres,
forcément conservateurs, auraient alors vraisemblablement ourdi de tortueux complots contre
les pharaons "révolutionnaires'". Mais là, malgré l'imprécision des dates historiques, on
remonte au XIVe siècle !
Je suis incompétent pour critiquer les romanciers et scénaristes qui confondent les
dynasties antérieures à l'an mil. Et loin de moi l'idée d'imprimer et d'afficher les listes
dynastiques que propose Wikipédia pour chicaner tel ou tel sur une succession improbable ou
une chronologie arrangée. Non plus de relire les milliers de pages de Christian Jacq, lequel,
égyptologue professionnel au départ, doit savoir de quoi il parle. Je m'arrête, pour le moment,
aux aspects littéraires des différentes interprétations. Je serai sans doute plus sévère pour les
ouvrages qui se prétendent historiques pour la fin de la république romaine et donc les
rapports entre Rome et Ptolémée Aulète et Cléopatre.
La liste est longue, et le principe du blog oblige à supprimer les fichiers anciens pour les
republier une fois actualisés. IL y aura donc, forcément, des additifs.

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Published by - dans LC02
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