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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 19:39

Quelques précisions sur ce que je vous ai dit ce midi, et sur ce que j'ai oublié…

L'idée de Raymond Bloch est claire, les Étrusques ne se sont repliés hors du Latium qu'à la suite de la crise économique, vers 480-475, mais les institutions "républicaines" existaient déjà depuis (environ) 509.

La crise économique, c'est à peu près sûr, est liée aux attaques de Hiéron II de Syracuse contre la thalassocartie étrusco-carthaginoise dans la Tyrrhénienne. Mais aussi à une perte de contrôle du Latium et donc sur les voies de circulation terrestres entre Étrurie et Campanie. Cela est lié à des problèmes économiques qui couvrent toute la Méditerranée, de la Phénicie à la Tyrrhénie en passant par la Grèce. Voyez sur ce point le portail "Grèce antique" de Wikipédia.

Alors, que s'est-il passé dans la toute petite région du Latium pendant ce quart de siècle ?

Une certitude, Rome s'est érigée au VIe siècle en centre de pouvoir économique, elle le doit à la confluence de la voie du sel qui mène du littoral vers l'intérieur, et de l'une des voies Étrurie-Campanie qui traverse le Tibre au site de premier pont. La coupure, par les Syracusains, des routes maritimes, a un premier effet sur l'Étrurie maritime, Tarquinia, Vulci et Caere : leurs aristocraties sont coupées des contacts avec la Grèce.

Mais les Étrusques (de Caere ou de Tarquinia avec la dynastie des Tarquins, au début et à la fin du siècle selon la tradition ; de Vulci, vers le milieu du siècle, avec le personnage de Mastarna/Servius Tullius ; de Veii, en fin de période, d'après l'empreinte artistique de cette ville sur tout le Latium) ne partent pas en 509, c'est un roman fabriqué pour éviter d'avouer que le temple capitolin a été non seulement construit, mais inauguré par des Étrusques. Comme la falsification de l'année 509 est au programme de la semaine prochaine, je ne dévoile rien ce soir.

Si, à l'évidence, des Étrusques sont encore dans l'aristocratie dirigeante de Rome jusqu'en 480, il reste trois  hypothèses : 1. La Grande Roma dei Tarquini est assez indépendante pour commencer à soumettre le Latium. 2. Elle le fait au profit de Veii et non plus de Tarquinia ou de Caere. 3. Elle passe un moment sous le pouvoir de Porsenna, donc de Clusium, bien loin au nord. L'Étrurie intérieure, toujours en retard (voir les diapos du premier semestre), non seulement n'a pas souffert des Syracusains, mais a pu accueillir le commerce attique qui passait par l'Adriatique, et Clusium a créé fin VIe des colonies sur le Reno, Bologne, Casalecchio, Marzabotto, et dans le golfe de Venise, Adria et Spina.  Ces deux villes ont une population en grande partie grecque.

Donc, selon une analyse vraisemblable, Rome aurait continué son expansion vers le Latium, mais sous autorité véienne, puis clusienne. Les historiens romains ont déguisé cette nouvelle domination par deux artifices : 1. L'idée d'une guerre continue de Rome contre Veii depuis Romulus ; 2. Un roman mythologique bâti pour expulser Porsenna de l'histoire (épisodes Cocles, Scaevola, Clelia).

Voyons maintenant l'idée générale sur la création du "consulat' vers 509. Il est certain que le terme consules (= "assis côte à côte") n'est pas si vieille. Une quasiu certitude est que les rois dynastiques ont été remplacés, je dirais peu après l'épisode Porsenna, par des potentats issus des familles plus riches. Certaines étaient étrusques comme les Larcii qui auraient des "consuls" de 504 à 485, les Herminii probablement, mais les Fabii se targuent d'avoir à peu près un consul sur deux chaque année pendant cette période. La gens Fabia, qui prétendait descendre d'Hercule, un héros très populaire en Étrurie, envoyait ses enfants faire leurs études là-bas plutôt qu'en Grèce, et l'on connaît des couples de consuls historiques qui allient un Fabius à un Étrusque, un Ogulnius par exemple en 296. Cet indice, que Raymond Bloch n'avait pas vu, confirme très bien son hypothèse.

Voici donc cce que j'ai oublié de rappeler, après en avoir parlé à propos de Servius Tullius : pour certains (Momigliano, Lejeune), selon des inscriptions anciennes, on aurait eu d'abord un collège de praetores = chefs qui marchent devant l'armée ; d'autres, selon les institutions indo-européennes encore détectables en osco-ombrien, pensent que les premiers magistrats collégiaux auraient été des iudices ou juges, meddices en osco-ombrien. Mon hypothèse, défendue par des collègues italiens et anglais, est plutôt que l'essor de l'infanterie au VIe siècle aurait conduit à mettre sur un pied d'égalité le magister de la cavalerie et le magister de l'infanterie, jusqu'à ce que celui-ci, dans des circonstances exceptionnelles, devienne le dictateur, maître des fantassins dorénavant définis comme ceux qui gagnent les batailles.

Donc les premiers magistrats issus de l'oligarchie des familles riches, cavaliers et fantassins lourds des premières centuries serviennes, auraient été au départ le "plus grand" (c'est le sens de magister) de l'infanterie et celui de la cavalerie. Le terme de consules est en tout état de cause plus tardif et n'apparaît peut-être qu'en même temps que les tribuns du populus, au milieu du Ve siècle.

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