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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 19:44

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Histoire des amphores.

 

Arte, émission du 28 janvier 2012.

 

Je vous ai souvent signalé les documentaires archéo-historiques de cette chaîne, mais jamais il ne m’était arrivé de prendre des notes sur l’un d’entre eux.

 

Le thème était l’expansion commerciale romaine en Méditerranée. Les intervenants (Luc Long et Fabienne Holmer) ont noté un premier point, à partir des épaves du Grand Congloué au large de Marseille : le passage d’une production civique à une industrie autour de 100 av. J.-C. Jusque-là, chaque cité possède sa forme d’amphore, avec un contenu (l’amphore est à la fois un type de vase et une unité de mesure) variable dans la fourchette des 25/35 litres, et on peut distinguer facilement les rhodiennes, les puniques, les gréco-italiques et les hispaniques pour ne citer que les plus représen­tées ; mais la production, liée à chaque cité ou confédération, se tient dans l’ordre 103.

Le site du Grand Congloué a d’abord été fouillé par Cousteau, qui imaginait un navire à deux ponts ; il apparut dans les années 70 qu’il y avait en fait deux épaves superposées, l’une du deuxième siècle, l’autre du premier. La plus récente était chargée d’amphores du type Dressel I, qui permet de les stocker de manière très serrée.

Ainsi dénommée d’après le savant allemand qui a étudié en stratigraphie la fameuse colline romaine entièrement constituée d’amphores mises au rebut, le monte Testaccio, proche des greniers de Marcellus, l’amphore Dressel I (formes A, B, C, D) est cylindrique, d’un volume constant, avec une longue queue massive qui permet de les stocker de manière jointive, optimisant le transport. Une Dressel I pèse 25 kg à vide, 50 kg à plein, et ne sert pratiquement qu’au vin.

Au passage, on estime que la colline du Testaccio est formée de 4.500 000 amphores montées à dos d’âne : le récipient n’était pas consigné. De mémoire, la colline fait 50 m de haut sur 250 de long et 200 de large.

Avec la mainmise des familles sénatoriales romaines sur l’économie italienne, d’une part les terres sont vouées à une agriculture spécialisée vigne/olivier/élevage extensif, ce qui provoque la désertifi­cation constatée par Tiberius Gracchus en 133. D’autre part l’arrivée massive d’esclaves (la valeur d’un esclave était égale à celle d’une amphore de vin !) permet une production à l’échelle 106. On parle de millions et non plus de milliers.

La villa de Settefinestre, en Étrurie, possède des cuves pour plusieurs centaines d’hectolitres, ainsi qu’une unité de production d’huile.

Il fallait évidemment des débouchés pour diffuser ces millions de récipients, et la Gaule était idéale : du port de Cosa à Marseille, il suffisait de trois jours, et à partir de Marseille on diffusait par le Rhône et la Saône vers toute la Gaule du nord-est, de Narbonne quand elle fut fondée (115 ?) vers Toulouse, par voie terrestre, puis vers l’Atlantique, mais aussi le Massif Central : à Corent près de Gergovie, une villa a livré 40 tonnes d’amphores stockées, soit 1.600 individus, tandis que du côté de Toulouse une villa, des routes, ont été pavées avec des amphores dans les mêmes quantités (1.600 et non pas 16.000 comme l’a dit le commentateur).

Louis Bonnamour, conservateur du Musée Denon, et Gérard Monthel, archéologue municipal, me disaient naguère qu’on pouvait envisager plusieurs dizaines de milliers d’amphores jetées dans la Saône au long du port de Chalon, qui s’étend sur 8 km. Luc Long, qui mène maintenant les fouilles d’Arles où vient d’être découverte une déjà célèbre statue de César, a montré un dépotoir suffisam­ment massif pour détourner le cours du Rhône. Fabienne Holmer estime que les Éduens ont pu consommer un million d’amphores, mais là je doute un peu : même si l’on retrouve des exemplaires au Beuvray ou sur Château, oppidum antérieur à Sens, à l’échelle 102 ou 103, et des tessons un peu partout dans des sols ou des murs, l’estimation paraît un peu exagérée, d’autant plus que très tôt, à partir de ports de débarquement comme Chalon ou Mâcon, Seurre, Verdun-sur-le-Doubs, on a versé le contenu des amphores dans des tonneaux de bois cerclé, plus aptes au transport terrestre.

Ces constatations archéologiques ont un grand intérêt historique : elles prouvent que la Gaule était déjà romaine bien avant César, comme le confirme d’ailleurs Cicéron dans le Pro Sestio en 70, disant que la Gaule est pleine de negotiatores romains, et comme l’indique aussi le livre VII du Bellum Gallicum qui relate le massacre de ces negotiatoresà Orléans, à Bourges, à Gien…

Le revers des statères d’or de Vercingétorix (les authentiques, puisqu’il en circule de faux) com­porte une amphore sous un cheval.

Malheureusement, l’émission a esquivé le problème de la chronologie précise : les Dressel I, si reconnaissables, apparaissent-elles en Gaule dès 125, 80 ou 40 ? Voici une génération, leur présence sur un site continental comme Melun ou Paris était considérée comme augustéenne et tibérienne (20 av. J.-C. et au-delà) ; on y liait des formes indigènes comme la marmite ou olla de type Besançon, un gros vase sphérique prévu pour être suspendu au-dessus d’un foyer. Certains pensent que la chrono­logie a été remontée artificiellement pour dater d’avant la guerre de César certains sites gallo-romains, comme Alise Sainte-Reine.

Il manque encore de grandes synthèses comme celle de Fanette Laubenheimer (sur les amphores gauloises, qui ont un fond plat ou annelé) sur les amphores méditerranéennes en Gaule. Comme on peut savoir, avec une loupe binoculaire, où les amphores ont été fabriquées (exemple facile : des inclusions de mica violet du Vésuve indiquent une fabrication pompéienne, et forcément antérieure à 70 ap. J.-C.), il est envisageable de créer une banque de métadonnées à partir des publications et d’enquêtes ciblées dans les dépôts de fouilles.

 

Après César, il y eut plusieurs changements : d’abord Arles remplaça Marseille, qui était restée dans le parti républicain en 49 et qu’il fallut assiéger pendant un an. Et on se mit à fabriquer, surtout à Minturnes, des dolia embarqués de 30 hectolitres, connus au Cap Corse ; ces énormes récipients, qui devaient être mis en place par une grue, étaient complétés d’amphores de Tarraconnaise sur quelques épaves. Le problème était que si un dolium de soixante tonnes se brisait, au mieux il gîtait, au pis il coulait. Ce système, qui n’aurait pas dépassé l’époque flavienne, manifestait une inversion des cou­rants de distribution : l’origine des produits n’était plus l’Italie, mais l’Espagne.

Il est bon de rappeler à ce sujet que les amphores ne servaient pas à transporter que le vin, mais aussi le garumou saumure de poisson, indispensable pour aromatiser et surtout conserver certains mets, les anchois et sardines, l’huile et même les pâtes d’aromates à l’huile et au vinaigre, comme le pesto.

Le tonneau de bois s’impose lentement, et on utilise encore des amphores fabriquées en Syrie-Palestine au viie siècle ap. J.-C.

 

L’émission n’étant pas assez structurée, j’ai gardé pour la fin quelques données sur le capitalisme de l’époque.

On a vu que les terres italiennes avaient été accaparées par les familles sénatoriales, après la guerre d’Hannibal, dans un contexte que je pourrai vous rappeler à la demande (mais voir tout simplement les travaux de Moses J. Finley, publiés en français). Une lex Claudia, dès 218 av. J.-C., avait interdit aux sénateurs de posséder en propre des navires de plus de 30 amphores…  ce qui n’avait rien de comparable avec les cargaisons du Grand Congloué et tant d’autres ; mais il y avait des sous-traitants. Ainsi un nommé SESTIUS appose sa marque sur la plupart des amphores de Corent et du Grand Congloué 2 ;  il semble avoir été à la fois patron de l’officine céramique et exploitant des vignes, du côté de Pompei. Ce Sestius était-il apparenté à la famille sénatoriale des Sextii, l’émission semblait le laisser entendre.

L’estampille d’un nommé PIRANVS (ou PIRANI au génitif) caractérise les dolia de Tarracon­naise. Un nommé Q. IVLIVS PRIMVS fabriqua du faux vin espagnol à Aspiran dans l’Hérault, et pour l’exporter débaucha un potier espagnol nommé LAETVS et un autre, italien, VERECVNDVS, pour fabriquer des amphores d’aspect espagnol grâce à des terres locales de même aspect.

Ce qui prouve que le principe capitaliste, avec toutes ses dérives, n’a pas attendu Karl Marx. Pour vous en convaincre dans le domaine de la vaisselle de luxe, voyez donc Marcus Aper chez les Rutènesd’Anne de Léseleuc, chez 10/18.

 

L’émission est peut-être téléchargeable ? De toute façon, elle sera rediffusée dans l’année.

 

 

 

 

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