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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 20:42

Mon jeune confrère (il doit être de la promo 85 de l'ENS Lyon) a la sagesse d'enseigner en lycée et de consacrer son temps libre à écrire des thrillers d'excellente facture – en plus d'autres ouvrages.

Dans L'assassin et le prophète, c'est le futur historien Philon, juif d'Alexandrie, qui se trouve mêlé à une série de meurtres, en apparence rituels, en fait politiques, et découvre petit à petit, non sans y risquer ses os à maintes reprises, les relations complexes entre les sadducéens, les zélotes, les pharisiens et les esséniens. L'action se déroule encore sous Auguste, qui vaut largement Tibère dans les persécutions fiscales contre les juifs, et Yessouah ben Youssef n'est qu'un gamin, mais qui parle déjà avec assurance. L'enfant Jésus et son père (non putatif) Joseph participent avec des milliers d'autres à la grande Pessah de Jérusalem, an 6 de l'ère courante, autour d'un Temple tout fraîchement reconstruit et croulant sous un amas d'or et de bronze bien incompatible avec l'enseignement de la Torah, mais tout autant avec les divinités anthropomorphes que veut imposer Rome. Grande tension, tableaux d'un réalisme pointilleux, et intrigue hyper-pointue, vraisemblable… si l'on veut bien accepter les règles du thriller. Excellent et d'autant plus aisé à lire qu'il ne mesure que 300 pages et n'est pas déformé par quelque traducteur.

Dans Les sept crimes de Rome, on touche au symbolisme chrétien dans un contexte habilement dédoublé, le christianisme primitif, celui des catacombes, et la dégénérescence de la papauté du XVe siècle finissant, celle qui distribue les indulgences à tour de bras pour financer le luxe de ses palais et châteaux… plus que de ses églises. C'est en même temps l'époque où, en utilisant les monuments historiques comme carrières de pierre, l'église de Pierre… révèle les beautés glacées ou brûlantes (celles-ci, évidemment, inavouables, même si Jules II eut autant de maîtresses que de mignons, par centaines) de la Rome antique. C'est le Rinascimento qui commence. L'enquêteur est un jeune médecin, pas trop expérimenté, comme Philon dans le volume commenté précédemment ; il a l'appui de Leonardo, "le" Vinci (un italianisme dont la récurrence peut agacer, mais l'article ille est un signifiant d'admiration ; dans nos milieux, quand une collègue atteint une notoriété suffisante, on ne dit plus la professoressa Manzini, mais la Manzini, comme la Castafiore…). Leonardo, à la fois pourchassé par les envieux et expulsé par Léon X, mais c'est pour de faux, puisqu'en fait le maître de la police à Rome, c'est le pape. Il y a bien sept meurtres, mais tous différents, dont certains découverts après coup grâce à une grille de déchiffrement qui n'est autre qu'une copie partielle du Jardin des délices de Hieronymus Boschius, un peintre flamand sulfureux… ce qui tombe opportunément puisque les meurtres sont proprement diaboliques. Mais aussi, une fois déchiffrés, politiques.

On l'oublie à cause du succès commercial de Dan Brown, qui n'arrive pas à la cheville de Guillaume Prévost, le thriller basé sur le déchiffrement d'une grille (d'une seule ici, ce qui laisse du naturel à l'intrigue) n'est pas d'origine américaine mais française, et le trop vendu Da Vinci Code a été publié après qu'eurent été écrits le présent volume, ainsi que les premiers volumes du Triangle secret de Convar ; depuis, n'importe qui s'y est mis, jusqu'à ce que le public s'en lasse, mais les auteurs, que j'aurai la pudeur de ne pas nommer, s'en seront mis plein les poches, et leurs éditeurs encore bien plus.

L'histoire se termine en 1555, juste avant que Léonard, lassé de Rome et de toutes ses traîtrises, n'aille finir sa vie en Touraine auprès de François Ier.

 

Guillaume Prévost, comme beaucoup des romans que je préconise, est publié dans la collection Grands détectives (qu'on devrait baptiser Détectives inattendus) par Jean-Claude Zylberstein, en 10/18. Excellent et bon marché, ce qui ne gâte rien.

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Published by - dans LC02
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