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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 18:34

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Danila Comastri Montanari

 

Issue du milieu universitaire de Bologne (comme Umberto Eco), ma consœur, parfaitement avertie de tout ce qui concerne l’histoire romaine, met en scène la vie quotidienne et la vie mondaine de l’époque de Claude, vues par un personnage de rang sénatorial et de grande famille, Publius Aurelius Statius, secondé par son affranchi Castor, un fieffé coquin.

Fieffé est le mot, puisque Castor, esclave grec au départ, exige tellement de pourboires de son maître, extorque tant de faveurs et de numéraire aux commanditaires des enquêtes, qu’il passe pour être plus riche que Publius… qui possède pourtant des domaines en Campanie, dont il ignore le nombre et la vie des esclaves.

Puisque, dans les années 40 de l’ère vulgaire, un philosophe stoïcien nommé Sénèque commence à faire allusion à la vie pénible des esclaves et à l’égalité entre les hommes, Aurelius Statius compose un personnage quelque peu « social », intermédiaire entre les couches de la société qui étaient, en fait, très solidement séparées. Ainsi, son Castor peut se faire l’intermédiaire entre les classes, se déguiser de toutes sortes de façons, jouer des rôles de marchand, d’ambassadeur aussi bien que de noble ; tandis que les comparses indispensables, le glouton Servilius, peu soucieux de sa ligne mais toujours prêt à déguster les meilleures huîtres, la frivole Pomponia son épouse, friande de ragots et soucieuse d’être toujours coiffée comme l’impératrice, tournent autour de la cour impériale.

Par ailleurs Aurelius, dans sa jeunesse, a connu un érudit boiteux, rejeté par la famille impériale : Claude, devenu empereur par un hasard malencontreux après l’assassinat de Caligula, qui était un érudit, un historien, le seul à connaître encore la langue étrusque… et la première enquête du jeune Aurelius, qui sert de prologue aux quatorze romans, repose justement sur le déchiffrement d’une inscription étrusque que tout le monde comprend de travers, la lisant en latin et dans le mauvais sens ; le jeune prodige, grâce à son vieux maître, comprend qu’il faut lire non pas NASEO, mais Θesan, la déesse de l’aurore. D’autres exploits intellectuels suivront, faisant du héros une variante antique d’Hercule Poirot ; et d’ailleurs chaque roman est précédé d’une liste des personnages, les intrigues se déroulent souvent dans des milieux aisés et clos, ce qui rappelle Agatha Christie… sauf que le héros se met en danger, par exemple en saluant par son nom une mystérieuse danseuse masquée qui vient le soir faire un strip-tease dans un bordel de luxe, avant de consommer nombre d’amants occasionnels.

Cette danseuse, c’est Valeria Messalina, la propre épouse de l’empereur… dont les faits d’armes (d’armes rouges) sont commémorés par Juvénal : et lassata viris sed non satiata recessit…

Bien sûr, on côtoie le jeune Néron, imberbe mais prometteur, Pétrone et Lucain, le fabuliste Phèdre, et Sénèque passe déjà pour un raseur hypocrite, ce que confirment les étudiants de lettres classiques. Tout cela est assez drôle, les intrigues fort bien menées, et donc, à la manière des grands auteurs de polars anglais, le coupable n’est dévoilé qu’à la dernière minute. La rencontre du Palatin et de Subure, l’interpénétration de la société mondaine, des quartiers interlopes et de la foule des esclaves – autant de meurtriers potentiels dans l’intimité des maîtres – fort bien rendue. Un glossaire complète utilement chaque volume (sans vouloir faire de publicité, c’est la collection Grands Détectives de Zylberstein, chez 1018, environ 7 € le volume), et bien que j’aie détecté quelques erreurs minimes, les romans de Danila, comme ceux de Maddox Roberts et de Steven Saylor, sont aussi un très efficace outil pédagogique. Ajoutons que si vous prolongez votre parcours universitaire vers l’enseignement, tous ces romans (et le Neropolis de Monteilhet, et bien sûr les aventures d’Astérix et même, avec précaution, d’Alix et de Murena), ainsi que les excellentes BD de mon ami Luccisano, sont des outils pédagogiques efficaces. C’est d’ailleurs ce dont j’essaie aussi de convaincre mes étudiants de master et CAPES.

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Published by - dans LC02
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