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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 17:53

C'était prévisible, la sortie monumentale du nouvel Astérix, dont je vous ai dit l'intérêt limité, s'accompagne d'autres campagne commerciales. Deux sont intéressantes à divers titres.

 

1. Anecdotique mais utile en ces temps où l'on ignore la chronologie, une "édition collector" (ah, ce sabir franglais !) de Télé 7 jours, pour moins de 7 €, une petite centaine de pages grand format bourrée d'illustrations. Les albums sont classés par année, et l'on se rappelle (ou l'on apprend) le contexte dans lequel ils sont parus : il n'est certes pas fondamental de savoir que Karine Viard, David Halliday et José Garcia sont nés en 66, si ce n'est pour constater l'efficacité de la chirurgie esthétique, mais les influences culturelles de l'époque… enfin, les séries TV et quelques films remarquables. On trouve aussi la photo de la plupart des acteurs qui ont été caricaturés, dont certains ne sont pas évidents à reconnaître, mais il y a des oublis notables : en 69, quand Goscinny fait figurer Don Quichotte et Sancho Pança dans un album, il y a aussi le génial Brel qui joue L'Homme de la Mancha aux Champs-Élysées ; enfin, exactement, fin 68, puisque, rappelons-le, les scenarii sont écrits un an avant parution.

 

2. Plus sérieux, un "numéro exceptionnel !" de GéoHistoire, 120 pages et pour le même prix. Remarquables photos de Bibracte ou de l'oppidum de Lostmarc'h, des objets d'art plus ou moins connus, un quiz de quelques pages pour vérifier si la BD est conforme à l'histoire. Mais aussi un choix d'articles de fond, sur les druides, la guerre, César, etc. ; une longue interview de Jean-Louis Brunaux en conclusion d'un bon article sur l'utilisation idéologique des Gaulois de Napoléon Ier à Pétain et De Gaulle, et une bonne présentation des auteurs dans leur époque. Il y a bien sûr quelques approximations, et je suis quelque peu fâché de ne pas retrouver les deux jours de travail que j'avais consacrés à l'une des journalistes qui m'interrogeait sur l'honesta missio.

À noter quand même que dans les deux articles de tête, les journalistes auraient bien fait de se documenter auprès de spécialistes. Car si César utilise le terme civitas pour désigner les peuplades, il tire évidemment le terme du lexique géopolitique romain, qui l'utilise non pour les cités grecques, mais pour les confédérations postérieures à Alexandre, Étolie, Achaïe, Eubée, Laconie. C'est là que l'unité réalisée en 53-52 prend tout son sens : il n'y a pas un ensemble de petites nations qui se laisseraient diriger à tour de rôle par les Bituriges, les Éduens ou les Arvernes, mais des fédérations de villes et de territoires ruraux (par exemple chez les Bituriges, Bourges, Dun-sur-Auron, Levroux…), avec possibilité pour telle ou telle fraction de passer d'un peuple à l'autre (ainsi Troyes, peut-être Auxerre, et le problème crucial en 52 des "clients" de Vercingétorix en amont de la Loire). Le "sentiment national" n'est pas plus spontané chez les Gaulois que chez les Grecs, et il se développe toujours dans une situation défensive. De ce point de vue, le héros auquel Vercingétorix se comparerait le mieux est Léonidas.

Argument en ce sens, il y a très peu de monnaies nominales, et tardivement (Togirix, Dumnorix), mais des émissions de villes ou peuplades, comme en Grèce ou en Étrurie. Partant, il n'y a pas d'organisation politique pyramidale comme en Italie, et l'alternance monarchie/oligarchie/tyrannie n'est pas si simple. Un auteur cité dit très bien que si Napoléon III a récupéré idéologiquement l'idée de nation gauloise, c'était pour l'enterrer en tant que telle et la ressusciter en tant qu'État centralisé, industrialisé, donc à la romaine, vision typique de la révolution industrielle de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Ces deux revues ne seront plus en kiosque quand débutera l'enseignement de 02, mais je passe un mot à mon remplaçant pour qu'il en parle dès maintenant.

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Published by - dans LC02
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commentaires

Yannick Jaouen 05/11/2013 20:39


Parallèle très intéressant: On comprends mieux qu'aient pu apparaitre au livre VII du BG, des Mandubiens dont nul autre auteur antique ne parle.