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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 20:31

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Anne de Léseleuc

 

 

Ma consœur, sous pseudonyme, fait partie des premiers auteurs choisis par Jean-Claude Zylberstein pour sa collection « Grands détectives », aux éditions 10/18. Elle est titulaire d’un doctorat, a publié un essai sur Le chien compagnon des dieux gallo-romains et deux autres romans en plus des cinq épisodes de la vie imaginaire de Marcus Aper. Actuellement, d’après de rares nouvelles, elle se consacre au théâtre.

Marcus Aper est un personnage réel : c’est un avocat d’origine gauloise, dont Tacite relate la discussion sur le style oratoire avec Messalla et Maternus, auquel il a participé dans sa jeunesse : c’est le Dialogue sur les orateurs, un travail précieux qui oppose la rhétorique d’école et l’efficacité pragmatique du plaidoyer. Anne de Léseleuc a un peu forcé le trait (comme Goscinny dans Les lauriers de César) en caricaturant les plaidoyers verbeux des amis et adversaires d’Aper, qui glane ses arguments non dans les traités de rhétorique et les citations poétiques, mais dans des enquêtes aventureuses, toujours aidé de son affranchi et complice Nestor, un gamin débrouillard qu’il a acheté comme esclave au cours d’une affaire en Bretagne.

La paire joue le partage classique des rôles (Holmes-Watson, Maigret-Janvier, Astérix-Obélix, etc.). Les deux personnages sont caractérisés par un courage physique à toute épreuve, un goût commun pour les bonnes choses de la vie, la bonne chère, les femmes, et la cervoise qu’ils préfèrent au vin au scandale de leurs relations italiennes. Ce qui confère au récit des accents picaresques et une aimable rapidité : les cinq romans qui les mettent en scène ne dépassent guère les 150 pages, et font voyager le lecteur un peu partout dans l’ouest de l’Empire de Vespasien et Titus : Angleterre, Gaule du Sud, Afrique.

Ceci dans une vraisemblance presque totale, contrairement aux aventures d’Alix, par exemple, qui promènent les héros dans des contrées que les Romains n’avaient jamais abordées à l’époque de César, Afrique centrale, Afghanistan ou Chine !

Un rappel chronologique important : Marcus Aper vit ses aventures 120 ans après celles d’Alix, mais les Romains de l’époque de Titus (autour de 70 ap. J.-C.) n’avaient pas tellement agrandi leur pespective géographique.

Ne nions pas que l’auteur n’ait usé de quelques facilités : dans Les calendes de septembre, n° 2606, elle invente que Messalla, faussement accusé de meurtre, s’évade et se réfugie auprès de C. Plinius Secundus, c’est-à-dire Pline l’Ancien, amiral de la flotte de Misène, au moment précis de l’éruption du Vésuve de 79. On assiste ainsi presque en direct à la mort de Pline l’Ancien, ce qui permet de citer de larges extraits d’une célèbre lettre de Pline le Jeune. Ailleurs c’est un long extrait de Tacite. Mais tout cela est adroitement inscrit dans le récit, et ne lasse pas le lecteur.

Les aventures des personnages les mettent en contact avec les grands, l’empereur Titus par exemple, ou Agricola, le beau-père de Tacite, un ami d’enfance et compagnon de garnison d’Aper, le fantôme de la reine Boudicca. Mais on croise aussi les magistrats locaux, les édiles, les duumvirs des cités gauloises, si mal connus. Anne de Léseleuc décrit bien les lâchetés, les compromissions de ces pettis fonctionnaires élus, leurs ambitions mesquines et les petits meurtres familiaux, liés à la politique, qui s’ensuivent.

La pègre de l’empire romain est constamment présente : anciens légionnaires dalmates qui pillent Pompéi en cendres, maquerelle gauloise et grand négociant mafieux africain, mendiants, filles prostituées, esclaves soumis mais vindicatifs.

L’intérêt pour les realia, la vie quotidienne, n’est pas moindre : les moyens de se déplacer, avec les divers chars attelés gaulois, des plus légers aux plus lourds ; les relais de poste ou maisons rouges où l’on consomme saucisses et galettes arrosées de cervoise ; les voies romaines plus ou moins dégradées ; le grand commerce de la céramique ornée des Arvernes (Marcus Aper chez les Rutènes, n° 2394) : la documentation archéologique de la Graufesenque, près de Millau, est énorme, et l’auteure l’utilise pour caractériser des personnages qui sont connus par leurs estampilles, le propriétaire de four Floris, le fabricant de poinçons Germanus, qui de fait créa vers 70 une officine à Banassac en soustrayant ses poinçons à Floris. Au passage, bien sûr, on n’échappera pas aux jeux du cirque, munus indispensable pour un magistrat provincial qui veut se faire élire au concile de Lugdunum.

Les romans d’Anne de Léseleuc se lisent donc très facilement et apportent un grand nombre de renseignements sur la période envisagée. En fin de volume, il y a toujours un glossaire, des plans, des résumés sur l’histoire et les realia. Un regret, les réviseurs n’étaient pas aussi efficaces dans les années 90 (on composait encore au plomb) que maintenant, et nombre de mots latins au pluriel sont écrits au singulier, l’Anio, affluent du Tibre, devient Ariene, et nul ne s’est aperçu que la notion de « jeudi » est anachronique, puisque sous les Flaviens le rythme calendaire était encore celui des nundinae, intervalles de 9 jours entre les marchés. Il serait opportun, dans la perspective de rééditions avec les moyens informatiques actuels, d’effectuer une sérieuse relecture.

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Published by - dans LC02
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