Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 19:15

Version:1.0 StartHTML:0000000183 EndHTML:0000047771 StartFragment:0000002862 EndFragment:0000047735 SourceURL:file://localhost/Users/richard/Desktop/Le%20bouclier%20arverne.doc

Le bouclier arverne. Décomposition du scenario.

 

1. On notera que la composition de cette œuvre et sa publication en feuilleton datent de 1967-68. Mais la synopsis était rédigée et finalisée à l’avance, de sorte qu’on n’aura aucun écho des événements contemporains.

Selon une habitude du cinéma américain, le premier écran est l’habituelle carte de Gaule, avec l’aigle romaine plantée en territoire arverne, et une loupe qui offre un gros plan sur le village et les quatre garnisons romaines, au bord de la Manche. Puis présentation (toujours la même) des cinq personnages essentiels : Astérix et Obélix, le barde, le druide et le chef.

 

Le premier plan est en flash-back : on voit Vercingétorix de trois-quarts arrière lancer ses armes sur les pieds de César, puis celui-ci qui « s’en va vers d’autres conquêtes » en se tenant le pied, avec en arrière-plan le Gaulois, bras croisés, dans une attitude de vainqueur. (p. 5, deux cases).

Scène à contrejour au soleil couchant : la chaise curule vide, le casque ailé, le bouclier et le glaive en premier plan. Un archer romain s’empare du bouclier, le perd aussitôt au jeu (diem perdidi ! — Tu l’as dit bouffi) – nuit américaine –, puis un centurion ivre le confisque (quo vadis, mon gaillard ?) ; le légionnaire, de dos, part vers la lune (o tempora ! o mores !). Suite des tribulations du bouclier, sur fond de lune, réduction progressive du cadre.

La mise en scène : il s’agit de résumer en 2 + 9 cases toute l’histoire antérieure au film et d’en présenter les thèmes : on parle beaucoup latin (y compris jouer au XXX et XL), pour entre autres souligner l’oppression dans laquelle sont tenus les Gaulois, et le vin joue un rôle presque central, ce qui renvoie aux pp. 43 et 47.

 

P. 6. Plein jour, demi-page, pano plongeant : la maison du chef assiégée par les guerriers et les femmes ; hurlements du chef malade. Bande 2, cases larges : le ciel lui tombe sur la tête… non, sur le foie où Panoramix enfonce deux doigts. Bande 3, sketch : Panoramix diagnostique que le chef a trop bu et trop mangé, Obélix se penche, perplexe : « je ne savais pas qu’on pouvait trop manger. »

 

P. 7, 4 bandes, 12 cases, gag récurrent : Arès Panoramix, Bonemine, puis Obélix, Astérix et enfin Idefix font bondir le chef qui hurle à chaque fois, en lui passant sur le foie.

 

P. 8 : avant de partir en cure, le chef propose un dernier festin qui provoque l’ire de Bonemine et fait fuir le chef plus sûrement que sa maladie. Cinq images pour terminer la page : le forgeron monte voir le barde pour lui annoncer l’événement, et comme celui-ci prétend chanter une… (ode de départ), il l’assomme (running-gag : tellement récurrent qu’on ne le mentionne plus, mais il sert ici de bouche-trou puisqu’on n’aurait pas pu terminer la page avec Bonemine).

 

P. 9. « Road-movie » : plans serrés sur le chemin et sur les arrêts dans les auberges où le chef se sert largement en citant des proverbes d’époque (« quand l’appétit va, tout va »…). Puis (bande 4, trois cases : sieste du chef, qui saute en hurlant quand une feuille morte lui effleure le foie) fin du plan sur un… rebondissement.

 

P. 10. Vicby, petit temple rond et thermes en arrière-plan (assez conformes au Vichy actuel). Première image, sur 2/3 de bande : porté par Astérix et Obélix, entrée du chef ¾ AR. Un malade, portant une petite amphore, leur indique le chemin et précise qu’il doit « remonter aux sources ». Consultation du druide-chef, un costaud : le chef hurle rien qu’à la pensée qu’on lui touche le foie, et s’évanouit quand le druide balance un grand coup de poing dans la panse d’Obélix, qui ne bronche pas.

 

P. 11. Aperçu animé de la vie thermale au quotidien : source thermale, douche au jet, repas de régime (une bande). Mais comme les accompagnateurs ont droit au sanglier, scènes d’hystérie : un patient veut voler l’os d’Idéfix. Obélix plonge dans la piscine et la vide d’un coup (gag repris d’A. gladiateur). P. 12. Le druide convainc le chef d’envoyer ses accompagnateurs faire du tourisme en Auvergne… à Gergovie, lieu de notre grande victoire… et Alésia ? demande Astérix : colère du chef, « personne ne sait où se trouve Alésia ! » P. 13 : trois bandes pour clore les scènes violentes, Obélix énumère les spécialités arvernes, le chef lui hurle de filer, et finalement le cuisinier se retrouve dans son chaudron (gag repris d’A. légionnaire).

 

Les cures thermales étaient très pratiquées dans les années 60, et sans doute encore moins drôles que maintenant. Mais elles sont d’origine gauloise et romaine : les Gaulois offraient des ex-voto en bois aux divinités guérisseuses comme Borvo (d’où les divers Bourbon, Bourbonne), et les Romains bâtirent des villes autour des sources médicinales (d’Aix-en-Provence à Dax : on les repère aux dérivés du latin aquas, mais aussi de balneum : Bath, Baden-Baden, Bagni di Cere…).

 

P. 13, bande inférieure : A. et O. marchent sur fond de montagnes, quand une voix off annonce Tullius Fanfrelus, « envoyé spécial de Jules César ».

 

P. 14-15. Bande du haut : O. de dos, A. de profil prenant la potion, à droite ; tout le reste de la bande est occupé par l’escorte de Fanfrelus : décurion à cheval, légionnaires, porteurs nubiens à très grosses lèvres (ce trait resservira p. 20-21). Puis gros plan sur A. nimbé par la potion, sur fond blanc, et face-à-face sur deux cases : les `Gaulois qui se frottent les mains, et la voix de Fanfrelus qui sort de la chaise à porteurs. Deux bandes suivantes : attaque des légionnaires. Haut de la p. 15 : les légionnaires sont dispersés au sol, A. et O. montent vers la chaise à porteurs. Fanfrelus (gros blond mou) sort de ses rideaux en brandissant un petit couteau et en criant en latin. O. le secoue un peu pluis le balance derrière lui. Il atterrit aux pieds d’un petit Arverne moustachu : « tiens, Fanfreluche ! ». La page se termine sur un avertissement où l’on a pris soin de mettre beaucoup de -ch-.

 

P. 16-17 (haut) : à Gergovie. Toutes les maisons portent une plaque « vins et charbons », tous les Arvernes sont de petits bruns à moustache à la prononciation spéciale, d’où des jeux de mots entre « sous » et « choux ». Scènes de repas, statiques, avec tonneaux et tas de charbon (de bois) à l’arrière-plan.

 

Entre les deux guerres, beaucoup d’Auvergnats vinrent à Paris où ils ouvrirent des bistrots autour de la gare de Lyon, puis un peu partout ; on les appelait des « bougnats » et ils avaient souvent, en plus, une voiture à cheval pour distribuer du charbon. L’accent chuintant vient de la caricature populaire, car au moins les Auvergnats d’aujourd’hui ne l’ont pas. Les Aveyronnais, au sud, ont même déjà un accent chantant puisqu’ils appartiennent à la zone occitane. La plaisanterie de la p. 19 (« Lug , ch’est notre dieu à nous, cha » fait allusion à la supposée rapacité des « bougnats ».

 

P. 17 (bas). Scène dramatique : Fanfrelus arrive à Rome sur un bige dont le cocher fouette les chevaux, présentés de ¾ AR en virage sur fond de temples. Immédiatement il est reçu par César (vu de dos sur un siège curule en marbre, puis en contreplongée). Les deux Romains jurent par leurs dieux (Jupiter, Minerve, Saturne et Vulcain, ce qui crée une accumulation comique). P. 18, haut : César, toujours en contreplongée, se lève et décrète qu’il va aller triompher à la gauloise sur le bouclier arverne. Troisième bande pleine largeur : F. se dirige vers une porte en bronze et cherche dans l’entrepôt « où est entassé le butin de toutes les campagnes du patron » (sphinx, pyramide, Horus, amphores diverses, et en premier plan un gros coquillage « souvenir de Bretagne » et un casque à cornes). Il revient déconfit en annonçant que « nous n’avons pas de souvenirs de la guerre des Gaules », à quoi César répond, furieux : « sans commentaires ». P. 19, bande supérieure : César, contreplongée, index menaçant, couronne de lauriers, renvoie Fanfrelus chercher le bouclier arverne.

 

Ces cinq bandes sont d’une fantaisie amusante (il y a une statue de citharède dansant en jupette, totalement impossible), et historiquement il ne faut surtout y chercher aucune espèce de vraisemblance. Le but est d’arriver au « sans commentaires », sachant que le titre complet des livres de César sur la guerre des Gaules est commentarii de bello Gallico, c’est-à-dire « notes prises au jour le jour… ». Goscinny a parsemé son œuvre d’allusions à ces commentaires et aux phrases célèbres attribuées au général : veni, vidi… Si l’action est censée se dérouler en 50, il ne peut y avoir le moindre butin d’Égypte puisque César n’y est arrivé qu’au début de la guerre civile, après Pharsale, en 49. Le gag du butin sera repris dans A. chez les Helvètes.

 

P. 19. Le retour en Arvernie commence par une image de nuit, A., O. et I. derrière Alambix qui de son bâton leur désigne la chaîne des Puys, en silhouette noire. Poursuite de la visite, à la suite de quoi Astérix redemande où est Alésia, ce qui rend Alambix furieux : il s’en va en agitant son bâton et en hurlant « nous ne chavons pas où ch’est, Alégia ».

 

P. 20. Retour sur les calmes chemins de montagne, à la recherche de changliers dont O. se demande s’ils sont bons en potée, mais une voix off annonce Fanfrelus. Changement de plan, une seule bande large : Fanfrelus est au sol, ses légionnaires éparpillés, et les Nubiens rigolent de toutes leurs dents. Changement de plan, A. et O. porteurs de sangliers arrivent chez Alambix. Intérieur : à table, Alambix dit son inquiétude au retour de F. P. 21 : zoom avant sur A. qui annonce que César a envoyé F. pour faire de la répression. Autre plan large : la femme d’Alambix et Obélix autour d’une marmite, A. et Alambix dans l’autre pièce, obscure.

 

P. 21, bandes 2-4 : arrivée de Fanfrelus au palais du préfet, porté par les quatre Nubiens toujours hilares et suivi de légionnaires abîmés. Fanfrelus annonce les perquisitions. Sur deux images, Joligibus, l’air totalement abruti, avachi sur sa lance, est de garde.

 

Note : Joligibus (qui reprend un personnage du tout premier album, Caligula minus, le débile envoyé en espionnage – ce qui renvoie à certains romans américains et français où figurent des espions et contre-espions débiles – et le charbon, en plus du vin déjà introduit dans la trame narrative, vont jouer les rôles importants de cette deuxième moitié de l’album, qui est construit avec la rigueur d’une pièce de Courteline.

 

P. 22. Scène dramatique, déjà utilisée dans Astérix chez les Bretons et même La serpe d’or : les Gaulois mangent tranquillement quand la patrouille frappe brutalement. Alambix l’envoie dans la cave, et la patrouille ressort toute noire, sauf Joligibus.

 

P. 23. Rigolade des Gaulois (« ils sont sombres »), Joligibus et Fanfrelus sont les seuls propres (donc Joligibus se révèle comme un tire-au-flanc). Jeu de mots du centurion, « nous avons fait chou blanc » (allusion subtile à la potée au sanglier, évoquée précédemment par Obélix).

 

P. 24, moitié supérieure : champs/contrechamps successifs entre Fanfrelus et ses subordonnés, dont le centurion charbonneux, pour souligner l’intensité de la réflexion des Romains (ce qu’on appellerait brain-storming, ou pour parler le français de Victor Hugo, « une tempête sous un crâne »).Il en ressort qu’on ne peut pas tromper César avec un faux bouclier, et qu’il convient d’envoyer un espions chez les Arvernes.

P. 24, moitié inférieure : Joligibus est de corvée de balayage (avachi sur le balai comme précédemment sur la lance, il se repose entre deux demi-dalles).

 

P. 25. Joligibus au rapport avec son balai, se met vaguement au garde-à-vous en exécutant le « zéro de crosse » cher aux sous-officiers… mais qui ne marche qu’avec un fusil Lebel. Le même, vêtu en Gaulois avec une fausse moustache (gag déjà utilisé dans Astérix le Gaulois), passe devant une auberge qui est celle d’Alambix ; voix off d’Obélix : « je prendrais encore un peu de vin. »

 

P. 26. Même cadrage que p. 22 : l’intérieur de l’auberge Alambix, entrée de Joligibus qui, déjà alcoolisé sans doute, prononce à l’auvergnate. Il révèle qu’il était à Alégia, d’où soupçons d’Astérix et décision (p. 27) de trouver le bouclier et de célébrer le triomphe à la place de César. Joligibus rentre à la caserne (« chalut la compagnie », son refrain, quatre fois en deux pages), sans sa moustache bien sûr. Le tout en demi-nuit.

 

P. 28-29. Plein jour, Nemessos. A. et O. arrivent devant l’entreprise de Coquelus, dont on vient d’apprendre qu’il sait des choses sur le bouclier. Plans larges sur la ville et sur l’entreprise. Hôtesse blonde qui prévient le maître : le système de communication consiste en petits esclaves nubiens qui sortent de sous le bureau pour porter le message en courant. Plan large sur une salle où des rangées de dactylos gravent des marbres tandis que des petits nègres courent dans l’allée centrale. Obélix rêve (images mentales dans des bulles) à créer une entreprise exportatrice… idée que Goscinny développera dans Obélix & C°.

 

P. 30. Astérix, malgré la mégère qui protège le patron, a forcé la porte du bureau. Coquelus somnole derrière un immense bureau de marbre, sans un seul dossier, mais avec une roue et une pancarte « soyez bref, carpe diem » ; Obélix se voit en rêve dans la même situation, avec un menhir. Coquelus appelle la garde : Obélix intercepte la communication, c’est-à-dire qu’il soulève le négrillon par la ceinture (gag : en bas de page suivante, il aura assommé un peloton de gardes sans les mains, puisqu’il porte Idéfix sous un bras et le négrillon sous l’autre).

 

P. 31. Le PDG déclare que son or est planqué en Helvétie (l’allusion reviendra évidemment dans A. chez les Helvètes). Flash-back sur deux bandes qui reprennent la p. 5.Coquelus passe à table (c’est le cas de le dire8- et renvoie nos héros à un nommé Perclus, garçon de bains à la Bourboule. Plan de coupe sur la garnison anéantie par Astérix et la mégère tout aussi anéantie.

 

L’allusion à la famille Michelin, industriels spécialisés dans le pneu et employeurs de presque tout Clermont-Ferrand dans les années 50-70 , est évidente. C’est une occasion de caricaturer le capitalisme paternaliste de l’époque, caricature qui atteindra son point culminant dans Obélix & C°.Goscinny était très critique sur son propre devenir de patron de Pilote, puis des Studios Idéfix quand les albums évoluèrent en dessins animés et que les albums eux-mêmes, encore gérés par Dargaud avec lequel Uderzo et Goscinny finiront par se brouiller peu avant la mort de Goscinny, finirent par être traduits en une quarantaine de langues. Cosmopolite lui-même, Goscinny se voyait certes plus comme Juif errant que comme entrepreneur multinational.

 

P. 32. Plan large puis plan serré sur A. et O., ce dernier furieux de se voir imposer une cure. Plan serré puis large sur Coquelus et Cornelia, plan serré sur Coquelus qui fait rédiger une note sans copies (un « blanc », en jargon du monde des affaires) pour faire poursuivre A. et O. Plans divers sur ceux-ci qui arrivent à Borvo : Ohélix doit faire semblant d’être malade.

 

P. 33. Reprise des scènes de la p. 10 : le druide examine Obélix qui fait « aïe » sans conviction, jusqu’au moment où on lui annonce une diète sévère.Douche au jet, sauna, baignoire, massage et assiette vide… Obélix contemple avec mélancolie l’os d’Idéfix (cf. p. 11).

 

P. 34. Désespoir bruyant d’Obélix contre le grain de raisin qui lui sert de repas, quand le serviteur arverne annonce que le masseur Perrus, qu’ils cherchaient, a ouvert une auberge sous le titre « la changlier au vin ». Départ d’Obélix furieux, en contreplongée.

P. 34 bas et 35 : A. et O., fâchés, marchent chacun sur un bas-côté d’une voie romaine, Idéfix, interrogateur, au milieu.Puis A. saute dans les bras d’O. tandis qu’I. fait un geste non équivoque : ils sont fous, ces Gaulois.

 

P. 36. Intérieur jour, l’auberge de Perrus. Arrivée de la patrouille (scène répétitive). « Dommage, c’était une belle auberge. » La bataille est vue de l’extérieur (contrairement à celle du cabaret montmartrois dans La serpe d’or) : beau bâtiment périgourdin avec tour et grande cheminée, couple de dos dont la femme dit « j’ai l’impression que c’est plein à craquer », et de fait un centurion vole à travers la porte.

 

P. 37. Pano : A et O. à table, Perrus apportant les sangliers au milieu de débris de tables, colonnes et centurions (images voisines ailleurs). Bande 3 : flashback, reprise de la fin de celui de la p. 5. Perrus renvoie au centurion qui a emporté le bouclier et qui est resté dans la légion : : l’ivrogne Ballondebaudrus.

 

P. 38. 1. Retour à Gergovie. 2. Nuit américaine et intérieur : Alambix a été fait prisonnier. Sa femme cache les héros sous le charbon.

 

P. 39. Coq matutinal. A., O. et I. sortent du charbon. Toilette (qui fait protester Idéfix). Mais pour enquêter dans le palais, il faut se cacher dans une charrette de charbon…

 

P. 40.Le prétoire de Clermont, livraison du charbon (qui fait « kaïïï »). Plan large : Franfelus face à Ballondebaudrus, le nez rouge, qui avoue avoir laissé le bouclier à un marchand de vin (fin du flashback de la p. 5), mais dont il a oublié le nom. Coup de théâtre en case finale : entrée aérienne d’un soldat qui porte une trace de charbon à cinq doigts sur la joue…

 

P. 41. Bande 1 : entrée d’A , O. et I., noirs de charbon, dans le bureau de Franfrelus. Ils viennent cherchez Alambix.

Bande 2 : Ballondebaudrus se souvient d’un coup que c’est à Alambix qu’il a laissé le bouclier. Plan large : tout le monde hurle pour avoir Alambix.

Bande 3 : Fanfrelus identifie A. et O. Obélix l’assomme.

Bande 4 : En l’absence de supérieur valide, Ballondebaudrus prend le commandement.

 

P. 42. Scènes de ballet : B. met un peloton au garde-à-vous et l’interroge en langage militaire sur ce que sont devenus « deux individus et un animal de race canine ». Réponse unanime du peloton qui désigne la gauche. À noter qu’un grand légionnaire au dernier rang tape sur la nuque celui qui est devant lui à chaque gestefaisant sauter son casque. Arrivée de  Fanfrelus.

 

P. 43. Sortie du peloton au pas gymnastique. Ballondebaudrus retrouve Joligibus sur son balai, et tous deux en dernière case sont dans Gergovie, enlacés, dans l’état qu’on imagine, pour contempler le peloton et Fanfrelus sortant de chez Alambix couverts de charbon.

 

P. 44. Sortis de l’autre cave, les héros se lavent et Alambix avoue (flash-back) qu’il a revendu le bouclier à un guerrier d’une autre région. Il n’a pas retenu le nom, mais, dernière image, en gros plan, « ch’est lui !!!! »

 

P. 45. C’est Abraracourcix, tout maigre, qui entre dans l’auberge. Reconnaissance. Le bouclier arverne est dans le sac du chef : c’est son pavois habitudl.

 

P. 46. Astérix décide d’organiser le triomphe arverne sans attendre. Une troupe de Romains furieux (et tous noirs de charbon) monte vers Gergovie. Asétrix, en contre-plongée, les attend à la porte. Ordonnant l’attaque, Fanfrelus est arrêté par un cavalier en manteau pourpre, grimpé sur un rocher. Champ-contrechamp : c’est César.

 

P. 47. Demi-page supérieure : César, en vignette de gauche, apparaît en contreplongée sur son cheval harnaché, avec son paludamentum et sa couronne ; en-dessous, la tête d’Astérix, en gros plan, appelle les courageux habitants de Gergovie à assiser au triomphe… grande image de droite… au triomphe d’Abraracourcix, notre chef, et du bouclier arverne ! ». César, vu cette fois en plongée, le chef porté par Obélix au centre, derrière une foule débraillée d’Arvernes, à droite six légionnaires couverts de charbon, et Fanfrelus trébuchant devant.

Moitié inférieure : une case verticale à gauche, César de nouveau en contreplongée dominant Fanfrelus et deux légionnaires. Cases de droite, César aperçoit « enfin » deux légionnaires propres, ce sont les deux poivrots titubants, qu’il élève aux dignités de chef de garnison et de centurion ; ils promettent d’entretenir les meilleurs rapports avec les marchands de vin…

 

Tout est extrêmement fantaisiste dans cette mise en scène : César n’avait rien à faire en pays arverne, et il ne pouvait pas porter la couronne de laurier en 50 puisqu’il ne célébrera ses triomphes, groupés, qu’en 46, pour des raisons de politique intérieure. Un triomphe est, à Rome, une cérémonie très formelle, avec un long défilé au cours duquel, certes, les troupes ont l’occasion de lancer quelques lazzi à l’égard du général (c’est là, dit Suétone, qu’on le traita d’ « homme de toutes les femmes et femme de tous les hommes » et autres amabilités). Et le pavois, autant qu’on sache, est une coutume franque et non gauloise.

 

P. 48. Clôture habituelle : les Armoricains prennent congé et arrivent au village où est servi le banquet, sur demi-page médiane. Le barde se gave de sanglier : c’est le chef qui est privé de banquet, séquestré par Bonemine qui menace de lui taper dessus avec le bouclier.

 

Quelques aperçus :

1. Les scenari de Goscinny sont construits plan par plan, image par image, avec une rigueur cinématographique. Il est donc indispensable de les examiner de ce point de vue, et de remarquer que pendant ses années de collaboration avec Marcel Gotlib (qui dessinait pour le noir et blanc) ses techniques cinématographiques sont devenues de plus en plus audacieuses, avec parfois des contreplongées et des zooms arrière spectaculaires (Obélix et le sphinx, par exemple, dans Astérix et Cléopatre, rappellent le mont Rushmore dans La mort aux trousses d’Hitchcock).

2. Les éléments narratifs et ornementaux tirés du monde antique fonctionnent un peu comme les barres de ressources sous Photoshop : un dolmen symbolise la Bretagne, alors qu’il y en a tout autant en Poitou ou au Portugal, et qu’ils ont été élevés au moins deux millénaires avant Agecanonix ; même remarque quand un personnage dit qu’il va faire installer les menhirs offerts par Obélix dans un « champ qu’il vient d’avoir en héritage là-bas, du côté de Carnac. Un temple rond et une construction manifestement gréco-romaine coiffent la colline de Fourvière, dans une ville de Lyon qui n’existe pas avant — 12. En revanche le palais « de César » est reproduit à l’identique dans deux volumes différents, et de manière assez vraisemblable, à ceci près que c’est celui d’Auguste sur le Palatin, puisque César, grand pontife, habitait la regia sur le forum, à côté du temple de Vesta.

L’institution militaire est l’occasion de critiques ironiques de la part d’auteurs qui ont subi l’armée de conscription, deux ans à ne rien faire d’utile et à subir les avanies de supérieurs vétilleux.Ne cherchons pas de vraisemblance dans la hiérarchie des régiments (légion, manipule, cohorte, centurie) puisque l’élément tactique de base, dans le format de la BD, est le peloton de dix hommes, commandés par un décurion ou caporal (optione) ; l’impression de masse, où les légionnaires n’ont évidemment pas de traits personnels, est occasionnée par les manœuvres d’un manipule (200 hommes). La cavalerie n’intervient qu’après les batailles, pour massacrer l’ennemi en fuite. Les fautifs ne sont pas condamnés aux galères (les rameurs étaient des affranchis, puis des esclaves) ni aux lions, puisqu’à l’époque seuls les prisonniers de guerre étaient offerts aux spectacles du cirque, et en particulier pouvaient être achetés par un laniste pour être entraînés comme gladiateurs. Ce n’est qu’à partir de Caligula, Claude et Néron qu’on verra parfois dans l’arène des hommes libres. Item, l’expression morituri te salutant ne fut prononcée qu’une fois, devant Caligula qui avait décidé de ne laisser aucun survivant d’une journée de combats : normalement, les combats et les courses laissaient quelques survivants, et l’on connaît un aurige qui survécut à 1.200 courses dont 900 victoires, et plusieurs gladiateurs qui vécurent assez vieux pour obtenir la rudis, la retraite.

À l’inverse, le commerce phénicien (Epidemais) tout comme la construction de pyramides sont depuis longtemps éteints.

Donc les référents antiques doivent être recherchés dans une vaste période du passé, pour l’essentiel dans une Italie et une Gaule romanisée entre le début et les années 40 de l’ère vulgaire.

3. Les référents modernes offrent au lecteur des niveaux de connivence plus ou moins évidents :

a) les allusions à la Résistance sont constantes dans les premiers volumes, puisqu’aussi bien, même dans les années 60, les films où les Résistants ridiculisaient les Allemands étaient nombreux. Ce thème sous-tend une bonne partie de l’œuvre, jusques et y compris L’Odyssée d’Astérix, dont Goscinny n’avait pas terminé la synopsis, où l’on voit des Juifs résistant à l’impérialisme – et aucun collabo, contrairement aux Gaulois.

b) des événements populaires comme le tour de France, la foire du Trône, et des réalités quotidiennes comme les embouteillages ou la pollution, les congés payés et la migration annuelle de caravaniers vers l’Espagne, donnent lieu à des scènes amusantes qui n’ont évidemment rien à voir avec l’Antiquité. Des inconvénients de la vie quotidienne comme les exactions des impôts[1]

c) une troisième connivence, perceptible aux seuls initiés, complète ce que j’ai dit en 1 : on voit apparaître progressivement des personnages qui sont des caricatures d’amis d’Uderzo et Goscinny, qui sont des acteurs (Jean Gabin, Bernard Blier, Lino Ventura…), des scènes célèbres du cinéma populaire (la partie de cartes dans César de Pagnol, et Raimu apparaît à maintes reprises, à Massilia ou même à Lutèce, dès La serpe d’or) ; César, dès sa première apparition, a la tête d’Yves Montand, et il arrive que le barde ressemble à Claude François ou à Johnny Halliday, et Falbala à Dalida, en mieux.

Dans Astérix chez les Belges, sans qu’on sache si c’était prévu dans la synopsis de Goscinny disparu pendant la mise en pages, on voit les Dupondt annoncer l’arrivée de « Çules Jésar » ; un petit garçon (un manneken) et une longue citation de Victor Hugo ; dans A. légionnaire, l’engagé belge a la mèche de Tintin, un Tintin qui aurait usé et abusé de la cervoise ; à deux ou trois reprises, les chants du barde font fuir les animaux de la forêt, allusion claire à une scène de Tintin au Congo. Bien sûr, les pirates sont repris d’une BD antérieure, et l’on voit même une fois parmi eux un personnage à la tête verdâtre et couturée, Hulk (sauf erreur).

Mais c’est une facilité dont Goscinny n’abuse pas, contrairement à Jacques Martin qui pique carrément des images à Hergé ou à Edgar P. Jacobs : les emprunts étaient fréquents dans l’atelier Hergé où les scénaristes pouvaient tout aussi bien être dessinateurs pour un autre auteur.

 

Pour conclure cette analyse, puisqu’il vous est impossible de lire les 24 albums d’Astérix et toute la série des Alix, n’oubliez pas de consulter régulièrement ce blog, je vous y posterai une autre analyse détaillée (Les Belges probablement) et un résumé des 24 albums avec étude des thèmes antiques, modernes, des running-gags et toutes les remarques que je jugerai utiles. Mais patience, c’est très long (huit heures pour ce fichier-ci).

 

 

 

 

 

 



[1]. Vous noterez que le terme exaxtion, du latin, désigne exactement la perception des impôts et nullement les abus de la soldatesque de tel ou tel dictateur, comme se complaisent à employe le terme des journalistes ignares. De même, il serait bon de retenir que il serait bon de retenir que synopsis est un mot féminin en grec (équivalent de l’italien panorama), et qu’il est inepte de l’employer au masculin en français (de même qu’alvéole est masculin en français comme en latin). Enfin, pour dégorger ma bile sur l’imbécillité (avec deux -l-) contemporaine, Cléopatre est « de père glorieux », grec pater, avec -a- bref, et n’a rien à voir avec le pâtre, du latin pastor, le berger, où la disparition du -s- justifie l’accent circonflexe.

Partager cet article

Repost 0
Published by - dans LC02
commenter cet article

commentaires