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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 18:03

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Alix Senator, tome I : « les aigles de sang », par Valérie Mangin et Thierry Demarez, Casterman, 2012, 48 pages, 12 € environ.

 

Comme toutes les séries à grand tirage (un nouveau tome de Blake et Mortimer, assez peu intéressant, vient de sortir et bénéficie d’une couverture médiatique intense), Alix revit cinq après la disparition de son auteur Jacques Martin.

Au cours de la trentaine d’albums signés par Martin, Alix, jeune prince gaulois adopté par un sénateur romain et affublé du surnom de Gracchus, invraisemblable puisqu’il ne s’agit pas du nom gentilice de son protecteur, avait connu des aventures invraisemblables qui le menaient en Égypte, en Afrique et même en Chine, sans se déparair de ses éternels 16 ou 17 ans, qui ne l’empêchaient pas de mener une légion, de triompher dans l’arène et dans les courses de chars, d’être l’ami de César peu après 52 et celui d’Auguste du côté de 30 av. J.-C.. Comme Tintin, modèle inévitable de l’école d’Hergé et du scoutisme belge, il ne vieillissait pas, restait accompagné depuis le deuxième épisode de son cadet, le jeune égyptien Enak, lui aussi d’origine noble, rencontrait parfois des filles quelque peu nymphomanes mais restait in extremis puceau, et se promenait dans des architectures fantasmées, d’Athènes à Carthage en passant par Alexandrie, Babylone et l’Afrique subsaharienne. Il croisait en Gaule cisalpine un Vercingétorix réchappé du triomphe de César ou le fils supposé de Spartacus.

La scénariste a choisi de lui fixer enfin une chronologie : il a « plus de 50 ans » en 12 av. J.-C., est toujours ami d’Auguste , monarque depuis 27, et le voilà sénateur (ce qui impliquait en fait un âge minimal de 43 ans). Enak a disparu , on ne sait dans quelles circonstances, mais enfin cela élimine l’amitié homosexuelle qui unissait les deux garçons ; en revanche il laisse un fils, Khephren, dont les rapports avec celui d’Alix, Titus, sont plus discrets. Les deux s’invitent d’ailleurs à la fête, moyennement orgiaque, donnée par une nommée Claudia Pulchra (homonyme donc de la sœur de Clodius, notoirement débauchée… mais dans les années 55) avec Julia, fille d’Auguste et fraîchement veuve de Marcus Vipsanius Agrippa

À partir de ces prémices, l’aventure repose sur la mort du Grand Pontife Lépide et sur celle d’Agrippa : tous deux sont tués par des aigles dressés, équipés de serres en or, et les héros vont rechercher dans Subure le dresseur égyptien, sans quoi l’on admettrait que c’est Jupiter qui a tué les deux dignitaires, furieux que depuis César l’on n’ait pas renouvelé son flamine. Tel est du moins le délire de l’augure aveugle qui vaticine devant Auguste.

Il est vrai qu’Auguste n’a pas revêtu le Grand Pontificat avant la mort de Lépide, qui avait reçu ce poste en 43 lors de la constitution du triumvirat avec Antoine et Octave (pas encore surnommé Auguste). Sauf que Lépide est mort en 17, de vieillesse, et Agrippa en 12, de maladie : on compresse donc cinq ans d’histoire, on oublie qu’il y avait un collège d’augures de quinze à vingt membres, et qu’il est tout simplement impossible de désigner à un épervier une cible humaine précise, et de dresser un aigle (encore faut-il en attraper un !). Donc, invraisemblances plus limitées que dans les anciens albums, mais persistantes.

On appréciera que les bulles soient infiniment moins bavardes et plus lisibles que dans les premiers albums, et que, délivrés du principe du feuilleton (qui oblige à trouver une chute et un suspense à chaque fin de page ou de double page), les auteurs ne nous fassent plus subir ces rebondissements à base de silhouettes furtives et de points d’exclamation.

Il y a beaucoup de vues cavalières, sans doute trop, mais il faut voir Rome du point de vue des aigles… n’empêche, le procédé (utilisé avec discrétion par Luccisano, par exemple) finit par lasser. Les monuments sont plutôt bien repris de la Forma Vrbis et des plans pour le Haut-Empire, si ce n’est que le pont Sublicius semble p. 9 déboucher en plein mur de scène du théâtre de Pompée, et qu’Auguste parle politique dans le théâtre plutôt qu’au Palatin ou sur le forum. Le Palatin est correct et débouche bien sur le Circus Maximus et non sur le Colisée, qui n’existera qu’un siècle plus tard. En revanche, je ne suis pas sûr que le forum julien soit bien circonscrit : il y a tellement d’édifices enchevêtrés qu’au sol on n’y comprend rien.

La scénographie n’abuse pas du champ-contrechamp mais dose habilement les plans larges, les gros plans, quelques contreplongées, des zooms, mais selon un rythme heurté qui nuit à la compréhension de la synopsis. Disons pour conclure qu’à beaucoup d’erreurs près, ce seul album vaut largement l’intégralité des précédents pour qui voudrait se documenter sur la période augustéenne à partir de la fiction graphique.

 

 

 

 

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Published by - dans LC02
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