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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 19:31

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Vercingétorix (suite) – Georges Bordonove

 

Un sous-titre révélateur pour cet ouvrage de 1978 : « avec lui commence véritablement l’histoire de la France » ;  et à la fin, p. 214, une longue tirade d’où ressort que,  précédant Jeanne d’Arc, et « nos combattants de l’ombre des années 1940-1944 », V. « fut, chronologiquement, le premier des résistants de France. » Dans cette perspective ouvertement gaulliste, l’unité, à laquelle nul n’avait pensé avant, fut réalisée dans la seule année – 52, alors que l’entité Gallia, englobant la Belgique et l’Aquitaine, avec Reims et Toulouse comme villes capitales, subordonnées à Lyon, dans des frontières que regagna Napoléon Ier du côté de la mer du Nord, fut forgée par Auguste sur les bases posées par César en – 51.

Le style n’est pas sans rappeler celui des écrivains provincialistes, Claude Michelet ou Jean Anglade, et d’ailleurs Bordonove (= la borde ou ferme neuve) est précisément une graphie du sud de l’Auvergne. Donc, autour de Gergovie, « Un vent furieux descendait du mont Dôme, avec des hurlements de meute, des sanglots de bête aux abois. Par moments, sa plainte aiguë, son martèlement de sabots cessaient, alors son haleine glacée venait à travers le torchis des murs toucher le cœur anxieux des vieillards et l’on entendait les bœufs meugler dans leur étable, les chevaux hennir et secouer leurs chaînes, les chiens appeler la lune. » Il y a du Goethe là-dedans, et du Victor Hugo, c’est dire que l’histoire réelle sert de fond à une œuvre romanesque et romantique.

Nous étions d’ailleurs prévenus à la page d’avant : « du moins, faute de documents, imagine-t-on que <les choses> se passèrent de la sorte… » Du reste, le sec et trompeur récit de César est trois fois moins épais que ce roman.

Dans cette perspective, est-il bien utile de poser un glossaire ? Surtout pour exposer qu’une maceria est un rempart extérieur et surajouté, alors que le terme désigne simplement un rempart non maçonné ni poutré (Avaricum : un murus gallicus comme au Beuvray ; Alésia : un mur, effectivement, construit en hâte pour étendre la superficie de la ville). Ou parler d’ »Éduidie » quand on dit, au mieux, Éduie pour un territoire éduen défini comme un Morvan très débordant, oublier une syllabe dans Vellaunodunum et l’appeler †Vellauro- sur la carte, etc. Il n’y a pas trop de ces menues erreurs, mais un peu est toujours trop.

Il en est de bien plus graves : affirmer (p. 64) que les Cimbres, dans leur élan (des années 100), se sont portés en Italie, en Grèce, en Orient… alors qu’il s’agit des Celtes qui prirent Delphes en 279 ! Les Cimbres ont été arrêtés à Aix et à Vercelli, qui est certes en Italie, mais à l’époque appartenait à la Gaule Cisalpine. Intervertir la chronologie en faisant agresser la Province, du côté aquitain, par Lucter, avant que le signal de l’insurrection ne fût donné à Genabum. Trouver des motifs économiques (alors qu’on ne parle pas ailleurs de la réduction  de la Gaule centrale à l’empire romain par le commerce, deux à trois générations plus tôt) pour César de passer en Allemagne et en Grande-Bretagne, alors qu’il s’agissait surtout d’ajouter des traits hérakléens et alexandrins à sa légende. Ou encore, César (en 52) a attaqué Arioviste à l’appel des Éduens, au lieu des Séquanes.

Et bien sûr, les problèmes géographiques : apparemment l’auteur est d’avis de faire descendre le territoire sénon assez loin au sud (jusqu’à la Puisaye, voire Cosne-sur-Loire, et j’en suis d’accord, c’est d’ailleurs ce que je vais publier après trente ans d’étude) ; mais c’est pour prétendre qu’en remontant de Gergovie par l’Allier, César se trouve en pays sénon sitôt qu’il a trouvé un gué pour passer la Loire gonflée par l’hiver (p. 151). Dans cette perspective, il longerait le fleuve avec ses six légions, sans vivres (rappelons que ses bagages avaient été détruits quelque part entre Nevers et Diou). « On avait suivi le fleuve, cherché un gué, on l’avait trouvé. Ce soir, contre toute attente, on foulerait le territoire sénon. » Ainsi César aurait descendu la Loire, face aux Boïens, et l’aurait traversée très en aval, là où les bancs de sable noient quelques baigneurs tous les ans, et de la Puisaye à Joigny, il aurait pu rejoindre Labiénus sur l’Armançon comme le pense le dogme universitaire. Mais dans ce cas-là, pas question de s’arrêter à Bibracte ! Ou bien il remonte la Loire vers le Velay, mais cela fait faire énormément plus de chemin à Labiénus. Le texte suggère cette solution : mais alors, la rencontre ne peut avoir lieu si en aval de l’Armançon, et il faut que Labiénus (qui vient de Melun et de Sens, rappelons-le) remonte non l’Armançon, mais la Seine (confluent avec l’Yonne : Montereau ; de l’Yonne et de l’Armançon, pour mémoire : Migennes, 12 km en amont de Joigny) jusqu’à Châtillon-sur-Seine et au col de Beneuvre pour redescendre sur le bassin de la Saône, dans la plaine des Tilles. Le chemin inverse du vase de Vix, en somme : ces routes-ci étaient frayées depuis cinq siècles au moins, on n’en dirait pas autant de l’axe A6 et TGV Tonnerre-Montbard. Mais alors, Alésia ne peut pas être à Alise Sainte Reine !

Voici encore un auteur qui se débat dans l’aporie créée par cette volonté assidue de placer l’oppidum final à côté de Montbard et non de l’autre côté de la Saône, comme le dit… César en personne. Voici trois siècles qu’on déploie des trésors d’érudition, ou plus généralement de fidéisme dogmatique quand ce n’est pas d’ignorance crasse, pour rendre compte d’une impossibilité.

J’ai noté quelques notations idéologiques bien vieillottes : le pouvoir des druides ; l’incapacité politique à s’unir (« Mais nous avons connu des complications semblables et n’avions point l’excuse d’appartenir à un peuple encore dans son enfance. » (p. 126). De tels grands enfants, c’est sûr, avaient besoin d’un chef à poigne, et V. ne se montra guère moins cruel que César. De là à imaginer que V. a séjourné à Rome, qu’il y a vu les camps de gladiateurs qui sont presque tous gaulois… fertile imagination, et les gladiateurs, comme les esclaves domestiques, venaient des pays conquis, et il y en avait suffisamment.

À ce point, j’estime vraisemblable qu’Astérix et Obélix soient allés à Rome  pour reprendre le barde Assurancetourix, offert à César par le légat de Rennes, se soient laissé recruter par un horrible laniste (ça, c’est plausible), et qu’ils aient appris aux brutes de leur casernement à jouer aux charades… au moins, Goscinny ne se prenait pas pour un historien ! Accessoirement, Goscinny était un génie.

 

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Published by - dans LC02
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commentaires

Yannick Jaouen 11/10/2013 15:33


Le génie de Gosciny dépassait même l'accessoire... il n'est qu'à voir le fossé qualitatif qui sépare ses Astérix de ceux édités après sa mort... de plus, grâce à lui, le monde entier sait que la
localisation d'Alésia ne fait pas consensus !